Haïti-Défense nationale : Le Rnddh dénonce la tentative de Martelly de mettre sur pied une force armée

P-au-P, 23 nov. 2015 [AlterPresse] --- Le Réseau national de défense de droits humains (Rnddh) dénonce la tentative du président Joseph Michel Martelly de mettre sur pied une force armée dans le pays, dans une interview accordée à l’agence en ligne AlterPresse.

Martelly, à lui seul, ne saurait décider de former un nouveau corps de sécurité publique, car « il ne s’agit pas d’une mince affaire, mais d’un sujet qui doit être mis en discussion », estime Pierre Espérance, le directeur exécutif du Rnddh.

« Si le besoin se fait sentir pour la formation d’une nouvelle force de sécurité publique, il faut qu’il y ait des discussions afin de statuer sur son fonctionnement et son rôle au sein de la société », met en garde le Rnddh.

Lors d’une cérémonie de remise de diplômes à une trentaine de jeunes en génie militaire, revenant de l’Équateur, le mardi 17 novembre 2015, Michel Martelly a déclaré qu’il compte former un nouveau corps de défense nationale avec ces jeunes professionnels.

« Le président ne peut pas prendre une telle décision sans le parlement. La Constitution n’a pas prévu qu’il y aurait un exécutif sans parlement », avance le Rnddh, soulignant combien « le moment choisi est tout bonnement inapproprié ».

De plus, une telle décision, qui engage la nation entière, requiert d’abord l’approbation de la population.

Le fait que le parlement soit dysfonctionnel ne pose aucun problème, à mettre sur pied un nouveau corps, puisque la Constitution de 1997 n’a pas été abrogée, selon l’historien Georges Michel, interrogé par AlterPresse.

« Il n’y a aucun problème à ce qu’on remette sur pied l’armée, puisque la police, à elle seule, ne peut pas gérer la population haïtienne », déclare Georges Michel.

« Si la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) se retire du territoire national, on doit s’attendre à des retombées négatives, puisque, qu’on le veuille ou non, cette force aide à dissuader certains actes de violence », argue-t-il.

Le nouveau corps fondé ne sera pas le bien privé du président Martelly, mais l’armée de la République d’Haïti, considère Georges Michel, rappelant que Martelly doit partir dans deux mois.

Le gouvernement en place affiche une forte tendance à mettre sur pied des corps zéro tolérance ces derniers jours, relève le Rnddh, appelant la population à être vigilante pour que le phénomène des attachés et d’autres pratiques de répressions ne refassent plus surface, une fois de plus.

Le Rnddh en profite pour dénoncer, de nouveau, les agissements, auprès de la population, de la Brigade d’opération et d’intervention départementale (Boid), une récente unité au sein de la Police nationale d’Haïti (Pnh).

Une plainte a été déposée contre le directeur de la Police nationale d’Haïti (Pnh), Godson Orelus, et le directeur départemental de l’Ouest, André Jonas Vladimir Paraison, et consorts, suite à l’assassinat d’une quinzaine de personnes par des agents de la Boid à Cité Soleil (banlieue nord), le 16 octobre 2015.

Les Forces armées d’Haïti, principales auteures du sanglant coup d’État de 1991, ont été dissoutes en 1995, quelques mois après le retour d’exil (le 15 octobre 1994) de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide.

En 2012, d’anciens militaires avaient défilé dans les rues et occupé d’anciennes casernes en vue d’exiger leur dédommagement et leur remobilisation.

En septembre 2011, la Plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains (Pohdh) a estimé inquiétante la manière, dont la présidence haïtienne de Joseph Michel Martelly abordait le dossier du rétablissement de l’armée d’Haïti.

Il faut un débat avec les différents secteurs de la vie nationale haïtienne, sur la problématique controversée du rétablissement de l’armée en Haïti, préconisait la Pohdh. [nj emb rc apr 23/11/2015 1:10]