Société : Plaidoyer pour la construction d’un projet féministe en Haïti

P-au-P, 14 sept. 2015 [AlterPresse] --- Des assisses départementales auront lieu, les vendredi 9 et jeudi 15 octobre 2015, respectivement dans le Sud-Est et la Grande Anse (une partie du Sud-Ouest), afin de permettre à d’autres organisations de femmes de s’approprier les grandes lignes d’un projet féministe pour Haïti, apprend l’agence en ligne AlterPresse.

C’est ce qui ressort des échanges, déroulés le 11 septembre 2015 à Port-au-Prince, entre plusieurs organisations de femmes, sous les auspices de Solidarite fanm ayisyèn (Sofa), dans la perspective d’élaborer un projet féministe.

Ce projet féministe va être présenté aux candidates et candidats aux élections législatives, municipales et présidentielle, afin que ces derniers puissent en tenir compte dans les politiques futures envisagées.

Ki modèl pouvwa ki kadre ak pwojè feminis konsekan (quel modèle d’Etat, pour un projet féministe pertinent ?) a été le thème de discussions à l’atelier de travail du 11 septembre 2015.

Il s’agit d’un plaidoyer devant encourager l’intégration véritable des femmes dans la société, particulièrement dans les espaces politiques, de façon à transformer la politique pour des réponses pertinentes aux revendications des femmes, explique Marie Frantz Joachim, coordonnatrice de Sofa.

Pourquoi un projet féministe ?

Le projet féministe réfère à la manière, dont les femmes et les hommes peuvent utiliser toutes leurs capacités et toutes leurs compétences, pour apporter leur contribution dans le développement et les progrès de la société.

Le projet féministe s’inscrit dans la perspective d’une vision de société, sur la façon dont elle devrait fonctionner pour être équilibrée, avance la sociologue Danièle Magloire.

« Le projet féministe est un projet, qui se propose d’œuvrer à la réappropriation du corps des femmes par elles-mêmes », lit-on dans un document de l’atelier de travail du 11 septembre 2015.

Le mouvement féministe privilégie, entre autres, le principe de la pluralité et du respect du droit humain, et la valeur de l’autonomie pour les femmes, en tant qu’être humain, et pour les organisations, relève Danièle Magloire.

Pour les participantes et participants à l’atelier de travail du 11 septembre 2015, le projet féministe en Haïti doit également remettre en question l’économie capitaliste, qui s’appuie sur une division sexuelle du travail, le travail gratuit des femmes, qui relègue les femmes à des tâches et secteurs les moins valorisés ainsi qu’à des emplois les plus précaires.

Ce n’est pas par hasard que les femmes en Haïti se retrouvent, majoritairement, dans les branches des services et dans l’informel, notamment dans les petits commerces ambulants, déplore Sofa qui réclame la promulgation de la loi sur les travailleuses domestiques, en vue d’octroyer à ces femmes un statut de travailleuses avec tout ce que cela comporte comme avantages sociaux.

Sofa préconise également des alliances avec les mouvements sociaux, pour contrecarrer toutes les tentatives du gouvernement actuel visant à leur liquidation.

« Dans les sénatoriales (« controversées » du dimanche 9 août 2015), une seule femme irait au second tour dans le département des Nippes, tandis qu’à la députation, il y en aurait 5 pour les circonscriptions respectives de Cabaret, Plaine du Nord, Vallières, Camp Perrin/Maniche et Miragoâne », déplore Sofa, se disant préoccupée par rapport au mode de gestion du processus électoral par le Conseil électoral provisoire (Cep).

Ces derniers temps, le Cep est l’objet de vives critiques après l’organisation du scrutin du 9 août 2015, entaché de violences et d’irrégularités.

Instrumentalisation du Mcfdf et recul institutionnel, depuis 2011, vis-à-vis de la problématique des femmes

Un net recul est observé par rapport au mouvement féministe et à la problématique des femmes, depuis l’investiture de Michel Martelly à la présidence en mai 2011, signale un document d’analyse, soumis à l’atelier du 11 septembre 2015 sur le projet féministe en Haïti.

Il y a une instrumentalisation du Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes (Mcfdf) sous l’actuelle administration politique.

Le Mcfdf, « qui s’est écarté de sa véritable mission, semble fonctionner pour faire plaisir à un parti politique. Même des agences internationales veulent se substituer à ce ministère », regrette la militante féministe Marie Frantz Joachim.

L’organisation Sofa déplore, sous l’actuelle administration politique, une banalisation institutionnelle des violences faites aux femmes, qui se traduit notamment par l’impunité en faveur des auteurs de violences sur les femmes, de viols et d’agressions sexuelles.

Le mardi 28 juillet 2015, lors d’un meeting politique à Miragoâne (Nippes, une partie du Sud-Ouest), Martelly a agressé verbalement une femme qui le questionnait sur les réalisations de son gouvernement.

Depuis 4 ans, le mode de gestion des affaires de l’Etat dénote du laxisme, de l’incompétence, de l’arrogance, de la part d’une administration politique qui n’est pas à l’écoute des revendications de différents secteurs de la vie nationale, fustigent les organisations féministes en Haïti. [jep emb rc apr 14/09/2015 1:20]