Haïti : Le monde de l’économie endeuillé par la mort d’Henri Bazin

P-au-P, 5 août 2015 [AlterPresse] --- L’économiste et ancien ministre de l’économie et des finances sous le gouvernement de transition dirigé par Gérard Latortue en 2004, Henri Bazin, est décédé à plus de 80 ans, des suites d’un cancer du côlon, dans la nuit du mardi 4 août 2015, apprend AlterPresse.

« Haïti perd, avec le décès de Henri, un de ses fils les plus qualifiés et les plus intègres. Admirable par son sens de l’humain, il était affable, compréhensif, patient, toujours prêt au dialogue » : tels sont les propos de l’ancien premier ministre, Gérard Latortue qui a dirigé le gouvernement de transition (mars 2004 à juin 2006).

Latortue dit éprouver « une grande tristesse ».

« Il laisse le souvenir d’un ami loyal et sincère, d’un patriote qui aimait profondément son pays. Il portait haut les valeurs traditionnelles de dignité et de rectitude qui caractérisaient les grandes personnalités qui ont marqué notre histoire », considère t-il

« C’était un homme très courtois, intellectuel, sérieux et honnête qui a mis de l’ordre dans les finances publiques », confie le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti, Charles Castel, joint au téléphone par AlterPresse.

Henri Bazin était aussi un modèle de sobriété et d’humilité, ajoute-t-il, encourageant la Nation haïtienne à donner à la jeunesse ce type de modèle à suivre.

« C’était un homme extraordinaire et d’une honnêteté en voie de disparition au sein de l’administration publique haïtienne », exprime, pour sa part, le président de l’Association des économistes haïtiens, Eddy Labossière, fondée par Henri Bazin.

« Nous sommes en deuil en ce moment parce que Henri a été président de cette association pendant deux fois. C’était un très grand président », affirme-t-il.

En 2004, il a dû démissionner de l’association pour devenir ministre de l’économie et des finances pour cause de conflits d’intérêts.

Bazin a dû retourner, de son gré, la moitié d’une somme de per diem pour une visite qu’il effectuait en Afrique pour le compte du ministère, contrairement à d’autres, rapporte Labossière ayant vécu de près ce geste d’honnêteté.

Le pays a perdu un capital humain exceptionnel et un humaniste avec un sens de leadership et de la parole donnée, regrette-t-il.

Sa contribution est aussi énorme à travers des ouvrages écrits et à l’Université où il continuait d’enseigner jusqu’à l’âge de 80 ans, indique-t-il.

Auteur de nombreux ouvrages comme « Le secteur privé haïtien à l’orée du troisième millénaire : défis et nouveaux rôles », publié en 1999, il a aussi rédigé plusieurs manuels de procédures ainsi que des livres liés notamment au domaine du commerce international, de la coopération économique et de l’intégration régionale.

De plus, il encadrait des jeunes économistes au sein de l’association des économistes haïtiens pour leur mémoire, la recherche d’emploi et de bourses pour aller étudier à l’étranger.

Avant de mourir, il faisait partie d’une structure du secteur privé, fait savoir Labossière.

Professeur à l’Université et ayant occupé des postes dans l’administration publique, Henri Bazin est parmi les rares personnes à avoir eu l’occasion de travailler avec, à la fois, les secteurs privé et public.

Le gouvernement Jeunesse d’Haïti dit se courber « devant la mémoire de cet homme intègre, simple, humble et d’une sagesse extraordinaire qui suscite beaucoup de vocation chez la nouvelle génération de jeunes leaders qui émerge dans la société haïtienne ».

Se disant reconnaissant du travail patriotique accompli par Henri Bazin, il en profite pour présenter ses sincères condoléances à sa famille, ses proches, ses amis et ses camarades, et à tous ceux et toutes celles que cette disparition afflige.

Né à Saint-Marc, Henri Bazin a fait des études supérieures à la Faculté de droit et des sciences économiques à Port-au-Prince pour aller les poursuivre en Europe comme boursier de l’État en 1957. [emb kft gp apr 05/08/2015 15 :00]