Haïti-Elections : Des organisations dénoncent l’incapacité de l’État à établir un climat sécuritaire

P-au-P, 14 juillet 2015 [AlterPresse] --- Les dispositions sécuritaires prises au niveau étatique se révèlent, jusqu’à présent, inefficaces pour faire face à la violence à l’approche des élections, estiment la Commission épiscopale Justice et paix (Jilap) de l’église catholique et le Conseil haïtien des acteurs non étatiques (Conhane).

Actuellement, aucune disposition réelle n’est mise en place pour contrer la violence et garantir la justice dans le pays, critique le coordonnateur national de l’observation électorale à Jilap, Rovelson Apollon, lors d’une interview téléphonique accordée à AlterPresse.

« Il y a des mains cachées de politiciens dans la violence qui sévit dans le pays à quelques semaines des élections. Assez souvent, les politiciens utilisent la violence pour se faire élire, c’est quelque chose de très grave », condamne-t-il.

507 victimes dont 445 par balle ont été enregistrées entre janvier et juin 2015, selon un décompte des deux derniers rapports trimestriels de la Jilap.

La campagne électorale a débuté officiellement le jeudi 9 juillet pour les élections législatives fixées au 9 août prochain. Le second tour est prévu pour le 25 octobre, en même temps que les élections locales et le premier tour de la présidentielle.

Un secteur mafieux, très proche des membres du gouvernement, s’investit dans la vente d’armes et de munitions, accuse Apollon, estimant combien ceci constitue une menace grave pour la sécurité nationale.

Les gens sont devenus plus armés en Haïti à cause de l’absence de contrôle de la circulation des armes illégales notamment dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, affirme-t-il. Il fait état de zones rouges où des affrontements entre gangs rivaux et des actes de rançonnements sont légion.

Plusieurs agglomérations de l’aire métropolitaine, comme Carrefour, Delmas, Simon Pelé, Cité Soleil, La saline et le Centre-ville représentent des zones rouges, constate-t-il.

Des cas de violences dans les départements du Sud-Est, de la Grand’Anse et plusieurs autres régions du pays sont actuellement alimentés par des politiciens qui se servent de forces armées illégales, selon Jilap.

Pour sa part, le coordonnateur du Conseil haïtien des acteurs non étatiques (Conhane), Edouard Paultre, dénonce à AlterPresse la peur et l’intimidation utilisées par certains candidats pour, éventuellement, contrôler le vote populaire.

Depuis le saccage du Bureau électoral communal (Bec) de Petit-Goâve (Ouest), le vendredi 15 mai 2015, la justice et la police n’ont rien fait pour punir les responsables de ces actes commis en plein jour et à visage découvert, déplore-t-il.

Cette situation envoie un signal d’impunité aux fauteurs de troubles dans le processus électoral, fustige Édouard Paultre. Il appelle les autorités électorales à prendre également des sanctions contre les candidats qui sont à la base de ces violences.

Même le Conseil électoral est affecté par cette situation, regrette-t-il, en rappelant le cas d’un employé de l’institution, Wilkenson Bazile, tué par balles, le dimanche 5 juillet 2015, à Delmas (périphérie nord). [emb gp apr 14/07/2015 05 : 10]