Haïti : Nos vérités face à leurs vérités

Par Junia Barreau*

Soumis à AlterPresse le 21 juin 2015

« Quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai à mon tour la dette que nous avons. » (François Hollande [1], 10 mai 2015, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe).

Cette déclaration faite par le Président français a provoqué stupeur, puis vains espoirs transformés en houleux mécontentement quand la dette française a vite revêtu l’habit symbolique de la moralité. En lieu et place d’une cautérisation, cette déclaration est venue raviver la plaie déjà ruisselante entre la France et Haïti. La vive lumière mise sur un événement déchirant de la mémoire collective partagée entre les deux pays ne s’estompera pas d’elle-même ; l’auvent verdoyant de Dany Laferrière ne suffira pas à en tamiser l’éclairage.

Sans surprise, l’actualité du mois de mai a tourné en boucle autour de ces deux sujets liant la France à Haïti : le remboursement de la rançon de l’indépendance et l’intronisation de Dany Laferrière à l’Académie française. Le linguiste Michel Degraff a inscrit la langue créole au tableau des échanges par courriel à l’aide d’une liste exacte de 449 membres. Créole et rançon de l’indépendance, deux sujets incendiaires pour lesquels l’académicien Dany Laferrière manquerait visiblement d’eau s’il avait l’intention de jouer au pompier gaulois.

« Il n’y a pas de dette de l’indépendance parce que l’indépendance haïtienne a été faite de manière implacable, intraitable. Il y a eu une guerre coloniale et Haïti a chassé l’armée napoléonienne du territoire haïtien [2] » affirmait avec aplomb Dany Laferrière lors d’une entrevue à l’émission Internationales le 24 mai 2015. Nous ne pouvons qu’appuyer une si magistrale correction de l’Histoire. Et quand dans les médias de l’Hexagone, on écrit qu’en 1825 Haïti avait payé 150 millions de francs or afin d’obtenir son indépendance [3], rien n’est plus faux. Les Français refusant d’admettre leur défaite historique face à une armée d’esclaves en guenilles, ont inventé deux décennies plus tard un artifice révisionniste de l’Histoire en accolant l’expression "dette de l’indépendance" à cette ignoble rançon ; ils conçoivent un pansement scriptural à une terrible blessure narcissique mais sans parvenir à effacer la déroute de 1804 face aux Nègres. Pour Haïti, l’expression la plus juste demeure rançon de l’indépendance. Le choix des mots est capital et il faut inverser l’utilisation du mot dette. Chaque fois que la France emploie l’expression "dette de l’indépendance", elle reconnaît détenir une dette envers Haïti, la dette contractée lors du braquage de 1825. S’il y a bien une "dette de l’indépendance d’Haïti", la France en est la débitrice. Et c’est ce que le Président Hollande avait reconnu publiquement sans équivoque le 10 mai 2015 à Pointe-à-Pitre.

En réaction aux échanges autour du remboursement à Haïti par la France de la fameuse rançon de l’indépendance, M. Leslie Péan écrit :

« Je voudrais vous signaler que c’est bien le président Alexandre Pétion qui fit au général français Dauxion-Lavaysse en mission en Haïti, « une proposition généreuse » se traduisant par « des sacrifices pécuniaires ». D’ailleurs, le président Pétion ne l’a pas caché et a publié tous les documents officiels relatifs à cette affaire dans une « Proclamation au peuple et à l’armée » en date du 3 décembre 1814. Tout ce qu’on peut dire, c’est que le président Pétion, en croyant bien faire, s’est royalement trompé. En effet, il a passé une corde autour du cou d’Haïti et ainsi le pays a été étranglé  » (Courriel du 30 mai 2015 ; les commentaires au cours des échanges par courriel sont repris dans un article de Leslie Péan [4]).

Ce qui immédiatement remet en mémoire l’esprit du rapport du Comité indépendant de réflexion et de propositions sur les relations Franco-Haïtiennes [5], communément appelé "rapport Debray" (janvier 2004) :

« Il est certes à nos yeux scandaleux que Haïti ait dû en quelque sorte acheter en francs/or sa reconnaissance internationale après avoir conquis son indépendance au prix du sang, mais faut-il rappeler que le droit à l’autodétermination des peuples n’existait pas en 1838 ? Nous avons proposé à nos interlocuteurs la formation d’une commission mixte d’historiens pour établir l’enchaînement des faits et leurs circonstances exactes, où l’on verrait avec une certaine surprise que l’idée d’une indemnisation des colons français massacrés (15 000) ou en fuite (15 000) est venue des Présidents haïtiens eux-mêmes, Pétion et Boyer. » (p. 13-14)

« Les Haïtiens refusèrent catégoriquement toute sujétion française, même purement nominale, mais proposèrent par la voix de leur président Alexandre Pétion le versement d’une indemnité « raisonnablement calculée » pour indemniser les colons. » (p. 90)

Faisons un moment abstraction du contexte d’hostilités politiques entre la France et Haïti en 2004. L’esprit à l’œuvre renouvelé dans le rapport Debray sous-entend donc une relation de cause à effet entre la « proposition généreuse » de Pétion et les évènements de 1825. Par parenthèse, on s’entend bien qu’en 1838 les grandes puissances occidentales se reconnaissaient mutuellement le droit à l’autodétermination, ce même droit qu’elles refusaient aux autres peuples qu’elles décidaient de coloniser. Afin de justifier un acte d’agression contre un pays indépendant, les défenseurs français n’ont jamais manqué de brandir comme un laissez-passer l’offre de Pétion censée faire plier de honte les fibres patriotiques les plus rigides. Les plus gros mensonges recèlent une part de vérité, dit-on, qui leur rend une certaine vraisemblance. Alors, on voudrait nous faire croire que c’est parce que Pétion avait suggéré une indemnité en faveur de la partie française que Charles X procéda à un acte de guerre en imposant en 1825 à la jeune nation une rançon ignominieuse. En suivant cette hypothèse, doit-on conclure naturellement que si Pétion n’avait pas eu la malencontreuse idée d’évoquer une quelconque indemnité au général commissaire Dauxion-Lavaysse, il n’y aurait pas eu d’agression de la jeune République ? Peut-on faire porter le chapeau de cette attaque française à Pétion, Boyer et consorts, par interposition au peuple haïtien tout entier ?

De quelle ignominie parle-t-on ?

« Pour amener les Haïtiens à accepter « le pacte le plus généreux dont l’époque actuelle offre l’exemple », Charles X a des arguments de poids. Il fait escorter l’ordonnance par une armada de 14 bâtiments de guerre armés de 528 canons. En cas de refus, toujours selon le ministre de la Marine, Haïti sera « traité en ennemi par la France », dont l’escadre « est prête à établir le blocus le plus rigoureux devant les ports de l’île ». A la tête d’un pays mis au ban des nations, sous pression entre autres de l’ex-métropole, et incapable de renouveler les efforts de guerre qui avaient mené à l’indépendance, le président haïtien Jean-Pierre Boyer signe. » (Dalembert [6], mars 2010).

La fatale obsession haïtienne

Laissons le soin aux historiens de nous préciser ce que contenait cette « proposition généreuse » de Pétion. Était-ce réellement une proposition d’indemnisation pécuniaire par tête de colons morts et en fuite ? Ou des avantages commerciaux [7] à la France, ce qui se serait également traduit par de grands sacrifices pécuniaires ? Les deux, indemnité et avantages commerciaux, tout en préservant la jeune République de toute domination française ? L’idée avait-elle été soufflée par l’intriguant Dauxion-Lavaysse venu sonder l’âme des chefs [8] ? Ou émanait-elle de l’assemblée des mulâtres en quête d’un rapprochement avec leur paternel pays ?

Certains vont jusqu’à prêter à Pétion une habile manœuvre [9] visant à écarter un danger imminent, gagner du temps, empêcher toute expédition militaire de la France. Ce qui expliquerait cette alléchante proposition, alléchante mais creuse sachant que la République n’avait nullement les moyens d’honorer une telle promesse.

Les déboires financiers de l’administration de Pétion furent de notoriété publique :

« Il est vrai que la situation financière de l’État, compromise depuis longtemps par les frais de la guerre civile et les préparatifs de défense en cas du retour imminent des Français, était des plus fâcheuses. Les ressources du pays ne pouvaient répondre au budget des dépenses dont une loi avait décrété l’exécution le premier Janvier 1818. Pour payer un mois de solde à l’armée qui n’en avait pas reçu depuis quelque temps déjà, il avait fallu recourir à un emprunt sur place. [10] » (Garnier, 1932)

« C’est par l’endettement auprès des commerçants que Pétion arrivait à payer les employés publics. On voit donc difficilement comment il aurait pu honorer sa parole. En réfléchissant sur l’offre faite par Pétion en 1814 de payer une indemnité à la France pour l’indépendance, Frédéric Marcelin se devait de dire : ‘On se demande où Pétion, avec son administration ruinée, sans ressort, sans finances, aurait pris l’argent nécessaire pour la payer‘. [11] » (Péan, novembre 2013)

Avant de nous ériger en juges de l’Histoire, c’est rendre justice que de reconnaître qu’aucun des dirigeants haïtiens n’avait marchandé l’indépendance du pays avec les puissances neutres ni avec la France durant les tentatives de cette dernière de ramener Haïti sous pavillon français. L’administration de Pétion, à l’instar du Royaume de Christophe dans le Nord, se préparait à la guerre tant bien que mal.

Évidemment, en comparant les réactions dans le Nord à celles de l’Ouest, on aurait préféré que les mulâtres de l’Ouest et du Sud se montrassent aussi tranchants, intraitables que les gens du Nord, et du coup faire durer le mythe des irréductibles Haïtiens face aux envahisseurs français. Les menées françaises répugnaient au roi Christophe et on peut avancer sans aucun doute qu’elles auraient provoqué chez Dessalines la même révulsion.

Avec le recul, on comprend que Pétion et consorts appréhendaient mal la menace réelle que représentait la France, guidés surtout par une fatale obsession de reconnaissance formelle. Ils croyaient dur comme fer que seul un acte de reconnaissance signé de la France pouvait légitimer l’indépendance de la jeune nation et la protéger ainsi des griffes colonialistes anglaises et de celles déjà trop envahissantes américaines. De par leur attachement profond à la culture de leurs pères français, Pétion et consorts ont sans conteste trahi le serment du 1er janvier 1804 contenu dans l’Acte de l’indépendance d’Haïti dont ils n’ont pas été véritablement des actants sujets [12]. Ce désir de reconnaissance quasi-filiale, ainsi que cette attraction envoûtante qu’exerce la ville des Lumières sur les mulâtres et également de nombreux notables noirs, a été machiavéliquement exploité par l’ennemi français. À ce propos Le Pelletier de Saint-Rémy [13] se vante du jeu d’intrigues, de la fourberie et de la réussite des Français face aux révoltés de Saint-Domingue.

Le royaume du Nord évaluait la situation différemment, avec plus de justesse dirait-on, car il n’avait que faire d’un acte de reconnaissance signé par l’État français. Aux yeux du Royaume du Nord l’Acte de l’indépendance suffisait en lui-même pour témoigner de l’existence du pays puisque le peuple tire sa légitimité de sa victoire contre les esclavagistes ; « nous avons vaincu, nous existons » pourrait résumer Christophe. Outre l’aspect définitif de la création de la nouvelle nation, le roi Henri d’un caractère altier ne pouvait souffrir que son pays ne pût traiter d’égal à égal avec les perdants de la Bataille de Vertières de 1803. Pour le roi il était évident que les desseins français étaient incompatibles avec la liberté et la dignité de la nouvelle nation haïtienne, qu’aucune convergence n’était possible entre deux vues irréconciliables. La menace française était perçue de moindre gravité dans cette partie de l’île estimant que la probabilité d’une expédition de reconquête française s’amenuisait au fil du temps. Mais le Nord s’était également trompé en mal jaugeant la sincérité de son partenaire privilégié, l’Angleterre, ignorant la signature par les Anglais et les Français d’un pacte secret le 30 mai 1814 reconnaissant Haïti en tant que colonie française [14] tout en entérinant une prolongation de la traite négrière. (Voir une liste de documents d’époque publiés par les dirigeants du Nord et accessibles en ligne [15])

D’ailleurs, en dépit du discours ultranationaliste destiné à la population, le pays est tombé très tôt sous la domination commerciale presque totale des puissances anglaise et américaine [16]. Les jeux d’alliance et de mésalliance destinés à assurer la survie du bout d’île entourée de requins impérialistes de tout bord se sont révélés néfastes aux intérêts durables de la jeune nation. Dommage que ni Pétion, ni Christophe n’aient compris l’impératif d’une union stratégique afin de faire face au monde dominant hostile à la liberté des Noirs ; hostilité dont ils étaient tous deux pleinement conscients. Même la menace française de rétablir l’esclavage n’a pas suffi à reléguer au second plan la détestation viscérale entre les deux généraux de l’indépendance. Chacun de ces deux dirigeants s’était cru capable de tirer parti, pour son clan et lui, de l‘entremêlement des intérêts et rivalités des grandes puissances, alors que ces dernières liées entre elles constituaient des branches d’un même système d’exploitation.

Il nous est loisible de distribuer allègrement les torts de part et d’autre, mais il faut tout de même nuancer car les choix pour la jeune nation furent très restreints. En pleine guerre d’indépendance, l’armée indigène s’était de fait retrouvée dépendante pour son armement de l’Angleterre et des États-Unis. Et en dépit de nombreux handicaps alourdissant les premiers pas de la nouvelle nation, un monde indulgent trouverait remarquable cette manière de nouer par le commerce les intérêts américains et anglais à ceux d’Haïti faisant échouer les visées exterminatrices françaises.

Les dilettantes de l’Histoire que nous sommes, avons l’obligation d’aiguiser notre sens critique, et sans aucune malveillance ni simplicité, faire la part des choses.

Le poids réel des faits

L’étude de l’Histoire se rapproche de celle de l’Économie condamnées toutes les deux à l’usage de données passées. Dans un cas comme dans l’autre, on fouille dans le passé afin de révéler les relations entre différentes variables connues, laissant peu de place possible à l’inconnu, et le plus important encore, d’établir une hiérarchie en déterminant le poids réel des choses dans une suite d’évènements. Mais l’histoire laisse une très grande place à la subjectivité des peuples bien au-delà des faits historiques. L’interprétation ou l’importance d’un même fait, sous couvert d’une extrême rigueur, peut varier selon le lieu de projection et les motivations humaines qui l’animent. Dans l’absolu, l’idée même d’une indemnité à payer aux vaincus est scandaleuse, indigne et constitue l’opprobre suprême pour nous Haïtiens. Il nous arrive de manquer de superlatifs pour exprimer notre réprobation. Cependant, quand on évalue les raisons propres des Français ayant conduit à l’ordonnance du 17 avril 1825, la « proposition généreuse » de Pétion prend un caractère plutôt secondaire. On peut parier que l’absence de la proposition faite par Pétion dans l’article de Louis-Philippe Dalembert [17] s’explique par son influence relative dans le processus décisionnel français et non par l’ignorance de l’auteur. On peut en effet se demander dans quelle mesure cette « proposition généreuse » de Pétion avait pesé dans l’acte d’agression français contre Haïti en dépit du grossissement après-coup qui en est fait.

Toujours est-il que la première action française fut d’armer les navires en vue d’une expédition de reconquête d’Haïti après la visite du général Dauxion-Lavaysse à Pétion dont la « proposition généreuse » fut rejetée d’un revers de la main. Et pendant tout le temps qu’il y avait des soi-disant pourparlers entre les parties haïtienne et française, l’empire français n’a jamais renoncé à sa colonie. Et seules des circonstances exogènes avaient empêché les tentatives successives d’expédition de recolonisation française. Ne perdons jamais de vue que ce ne sont pas les démarches ni les propositions haïtiennes qui ont eu raison des projets guerriers français mais plutôt le rapport des forces internationales [18]. Le gouvernement français s’était rendu à l’évidence, c’est-à-dire que le rétablissement de la souveraineté française sur la partie ouest de l’île ne pouvait plus signifier la réintégration des colons sur le sol ; les négociations devaient d’un côté différer toute concession, et de l’autre afficher une volonté de rapprochement [19] en attendant la solution finale.

Restaurer publiquement la dignité française impliquait nécessairement un acte fort contre les « Indépendants de Saint-Domingue ». L’armada qui porta l’ordonnance ne visait pas tant à s’assurer du paiement de l’indemnité que de défaire symboliquement l’indépendance déjà acquise des Nègres de Saint-Domingue [20]. La France a pu obtenir complète vengeance. Les puissants seuls se réservent le droit à la vengeance. En pensant que les anciens maîtres suprématistes accepteraient de négocier d’égal à égal en toute bonne foi avec les anciens esclaves, Boyer et consorts ont stupidement plus que facilité la réalisation des desseins des Blancs français trop contents de constater l’inintelligence des « sangs-mêlés » haïtiens. L’échec des dernières négociations malgré une « proposition scandaleusement généreuse [21] » de Boyer ne se trouve-t-elle pas dans l’intention jamais démentie de l’empire français de rétablir sa souveraineté sur Haïti ? La proposition phénoménalement honteuse de Boyer a eu pour effet de confirmer la position de faiblesse extrême du gouvernement créole. Une aussi grande preuve de conciliation laissait présager une reddition sans combat de la part de Boyer. Les Français avaient vu juste et se sont décidés à agir afin de restaurer publiquement la dignité française ; cette restauration ne pouvait s’accomplir que dans l’humiliation totale des révoltés de Saint-Domingue. La manœuvre imposée par Charles X a réussi.

Il n’est pas question ici de dédouaner Pétion, Boyer et consorts qui n’auraient jamais dû négocier avec les anciens colons une quelconque reconnaissance d’Haïti. Un blocus réel de la part des Français se serait probablement révélé contre-productif, mais nos négociateurs en chef ont capitulé sous le fouet d’une reconnaissance filiale d’une part, et d’autre part, mus par une peur de la guerre non-dissimulée. Pire que les négociations absurdes, l’indemnisation et le retour du quasi privilège colonial, la capitulation de Boyer en 1825 a envoyé un signal aux puissances dominantes que nous n’étions plus disposés à mourir pour notre liberté. L’aura d’invincibilité dont parlait le roi Henri venait de la perception qu’on avait des Haïtiens qui préféreraient mourir que de subir la tutelle d’une nation étrangère. Cette capitulation a ouvert la voie aux agressions successives d’autres pays contre la nation qui a tremblé devant les canons français. Elle a eu également pour conséquence de consacrer la méfiance totale du peuple envers ses dirigeants.

Nonobstant, assumer les échecs de nos propres dirigeants ne devrait pas nous pousser à emprunter le raccourci facilement établi entre la proposition de Pétion et l’acte d’agression de 1825. De la même façon, nous devons remettre en question le raccourci tout aussi trompeur de la propagande américaine présentant le chaos qui régnait en Haïti en 1915 comme la cause principale de l’occupation américaine et non comme le prétexte [22].

N’en déplaise au courant défaitiste qui nous commande de rejeter en bloc notre passé de peuple, il existe de nombreux enseignements positifs à tirer de notre histoire loin de tout culte excessif des Aïeux. Nous trouverons un vibrant plaidoyer pour l’application des lois dans la déclaration du 17 février 1807 de Henri Christophe [23] qui ne jurait que par la création d’institutions solides : «  Jurons d’observer notre sainte constitution, de la faire respecter, et de périr plutôt que de laisser violer le moindre de ses articles. » Nous avons du mal à comprendre les bienfaits d’un tel précepte aujourd’hui encore [24].

* Junia Barreau, consultante en développement de projets, est détentrice d’une maîtrise en économie de l’UQAM et d’une maîtrise en entrepreneuriat de l’UQTR. Elle est l’auteure entre autres, de l’étude : « Les investissements directs étrangers, la difficile équation haïtienne », Le Nouvelliste, août 2012. Auteure du site documentaire : www.dossierhaiticholera.com

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