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Haïti-Élections : Le Cep en proie à une forte polémique

P-au-P, 23 juin 2015[AlterPresse] --- Les dernières décisions du Conseil électoral provisoire (Cep) d’écarter deux candidats au prochain scrutin présidentiel, après avoir publié ce qu’il considérait comme une liste définitive de postulants agréés à l’issue d’un processus de contestations, suscite des questionnements.

À la fin de la journée du vendredi du 19 juin 2015, le Conseil a rendu publique sa décision d’écarter les candidats Jacky Lumarque et Levelt François, exactement une semaine après la publication de la liste confirmée des prétendantes et prétendants à la présidence.

L’éjection de ces deux candidats porte à 56, la liste des candidats aux prochaines présidentielles, prévues pour le 25 octobre 2015, avec un éventuel second tour pour le 27 décembre.

L’annonce de ces mesures a soulevé un certain nombre d’interrogations autour de la capacité du Cep à gérer les pressions provoquées par un processus électoral qui a accumulé environ 4 ans de retard.

Les mécanismes de prise de décision au sein de l’institution électorale sont-ils adaptés ? Dans quelle mesure le Cep peut-il, dans ces circonstances, préserver un niveau de crédibilité et entretenir une atmosphère de confiance ?

La Plateforme des organisations de défense des droits humains (Pohdh) estime que ce comportement découle, sans doute, du fait que l’institution « n’a pas pris assez de temps pour analyser les dossiers, malgré le dépassement des délais ».

Toutefois, la plateforme croit quand-même que « c’est bien » que le Conseil écarte à temps tous les candidats dont les dossiers posent problèmes.

Dans le cas de Jacky Lumarque, le Cep retient comme motif l’absence de « décharge », pour avoir été coordonnateur du Groupe de travail sur l’éducation et la formation (Gtef), en violation de l’article 90 du Décret électoral, alinéa (h).

Or, antérieurement, les bureaux du contentieux électoral départemental (Bced, dans un premier temps) et du contentieux électoral national (Bcen, dans un deuxième temps), avaient analysé le dossier de ce candidat et avaient arrêté qu’il ne lui manquait pas de certificat de décharge.

La plateforme politique Vérité, à laquelle appartient Lumarque, somme le Cep de réintégrer le candidat et avertit que « ce coup ne passera pas ».

L’autre candidat, Levelt François, est, de son côté, mis à l’écart pour avoir été condamné pour trafic de crack et de cocaïne aux États-Unis d’Amérique.

Là aussi : rejet des affirmations du Cep et annonce de recherche de voies de recours.

Le parti Fusion des sociaux démocrates juge qu’ « il fallait respecter la loi en matière de décharge ».

Selon lui, le Cep n’a fait que prendre « ses responsabilités ».

Plus loin, la Fusion croit que « du moment où l’on découvre un élément probant à propos de l’inéligibilité d’un candidat, on (Cep) peut même invalider son vote ».

Joint au téléphone par AlterPresse, le Conseiller Pierre Manigat Junior explique que le Conseil « peut retirer n’importe qui de la liste, s’il ne satisfait pas toutes les conditions requises (par la loi) même quand il n’a pas été contesté ».

Pour sa part, le porte-parole du Cep, Frantz Bernadin, affirme, lors d’une conférence de presse, que le « Conseil doit se réunir incessamment pour discuter sur le dossier de Jacky Lumarque », suite à une demande d’explication formelle, formulée par ce dernier auprès de l’institution.

Quant aux doutes exprimés dans les médias sur le travail du Conseil, le porte-parole de l’institution déclare « que tout le monde peut émettre des opinions ».

Pour lui, ce scepticisme s’explique par « l’ouverture », dont fait montre le Conseil dans la gestion du processus.

Il tente d’assurer que le comportement du Cep entre dans la volonté d’organiser des « élections vraiment inclusives ». [srh gp apr 23/06/2015 00:30]