Correspondance Shella Chauvette
Belladère, 18 juin 2015 [AlterPresse] --- Les autorités dominicaines ont déporté, ce jeudi 18 juin 2015, 70 personnes, dont 41 hommes, 25 femmes et 4 enfants, sur la frontière de Belladère, où aucune structure n’était en place pour les accueillir, constate AlterPresse.
Les déportés, entassés dans un bus, venus pour la plupart des régions de Santiago, Mao et Cibao, se sont plaints de mauvais traitements subis et ont critiqué, du même coup, l’incapacité des autorités haïtiennes à leur fournir des documents nécessaires, selon les exigences du Plan national de régularisation des étrangers (Pnre).
« J’ai fait la demande de papiers depuis tantôt un mois, mais les institutions haïtiennes ne me les ont pas octroyés », témoigne Dieulimène Charles, venant du Cibao.
« Je ne dispose pas d’acte de naissance, ni de carte d’identification nationale », s’indigne-t-elle.
Parmi les déportés, figurent des personnes qui vivaient depuis plus de 30 à 50 ans en République Dominicaine.
« Je vis en République Dominicaine depuis 30 ans. Comment vais-je m’accoutumer à un autre mode de vie, avec une famille de 5 enfants ? », se demande Gustave Pierre, venu de Santiago.
Totalement désarçonné, il qualifie sa déportation d’ « injustice ». Il affirme n’avoir aucun bien, ni aucune attache en Haïti.
Les habitantes et habitants de la commune de Belladère s’inquiètent des rapatriements massifs, qui s’effectuent sans qu’aucune structure soit mise en place pour recevoir les personnes arrivant massivement de la République Dominicaine.
Dépourvu de moyens, le bureau de l’immigration, situé au complexe administratif, ne peut assurer la moindre prise en charge des rapatriés ou déportés.
Ces personnes en difficulté demandent aux autorités haïtiennes de les assister et de les traiter avec dignité, dans un contexte où se profilent d’autres vagues de déportations.
Des organisations de la société civile ont dénoncé l’absence de dispositifs institutionnels pour accueillir les rapatriés de la République Dominicaine.
Le 17 juin 2015 était le délai prévu pour rapatrier les personnes qui ne sont pas inscrites au Pnre.
Ce processus a été entamé suite à l’arrêt 168-13, pris, en septembre 2013, par le Tribunal constitutionnel dominicain et qui a enlevé leur nationalité à plusieurs centaines de milliers de Dominicaines et Dominicains, d’origine haïtienne pour la plupart. [sc gp apr 18/06/2015 22:00]