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Haïti/Sous-traitance : Révocation massive à la Codevi à Ouanaminthe sous tension

Correspondance Jéthro-Claudel Pierre Jeanty

Ouanaminthe, 21 mai 2015 [AlterPresse] --- La tension est montée d’un cran entre les responsables de la Compagnie de développement industriel (Codevi), située dans la ville frontière de Ouanaminthe (nord-est), après la révocation de 34 ouvrières et ouvriers le vendredi 15 mai dernier.

Tôt dans la matinée du mardi 19 mai, les responsables de la Codevi ont appelé les forces de l’ordre et interdit l’accès à l’enceinte de la compagnie à plus de 1400 ouvrières et ouvriers haïtiens travaillant au département de confection de sous-vêtements pour femmes, dans lequel travaillaient aussi les 34 ouvrières et ouvriers renvoyés le 15 mai dernier.

Cette vague de révocations, suivie d’expulsion en masse, est survenue une semaine après que le vice-président de la compagnie, Limber Cruz, venu directement de Santiago (République Dominicaine), aurait promis un ajustement salarial et de meilleures conditions de travail, suite à plusieurs jours de grogne parmi le personnel.

Plusieurs ouvrières et ouvriers interrogés par l’agence en ligne AlterPresse se sont dit surpris de cette révocation après la promesse faite par le patron de l’usine.

De son côté, l’administrateur de la Codevi, Víctor Thomas, a fait savoir que la compagnie n’a jamais promis d’ajustement salarial.

« Nous avons licencié un ouvrier le 05 mai dernier pour fraude et après protestation des autres ouvriers, monsieur Limber Cruz a décidé de lui donner une compensation. Malgré tout, ils continuaient de boycotter la production. Enfin nous avons licencié 34 autres, parmi les leaders, le vendredi 15 mai », poursuit Thomas.

« En fermant le portail de la compagnie, nous avons voulu bloquer les 34 ouvrières et ouvriers révoqués », a fait savoir l’administrateur qui a précisé qu’ils seront dédommagés selon les vœux du code du travail haïtien.

« Les autres peuvent venir et reprendre le travail », promet-il.

« Pour tenter de trouver une solution, nous (les syndicalistes) avons appelé le directeur régional du Ministère des affaires sociales et du travail (Mast), Selondié Abellard, qui n’a pas pris le temps d’écouter les ouvriers. Il s’est seulement contenté d’aller parler avec les responsables de la Codevi », dénonce le délégué à la revendication et lutte du Sendika ouvriye Kodevi Wanament (Sokowa), Vilsonde Bijour.

Les ouvriers estiment que Selondié Abellard se comporte dans tous les litiges les opposant à la compagnie, en défenseur de la Codevi, mais pas comme un arbitre.

Insatisfaits du comportement du directeur régional du Mast, ils l’ont reconduit à son bureau et fermé les portes de cette institution qui allaient être ouvertes quelques heures plus tard.

Le délégué à la revendication et lutte au sein du Sokowa a critiqué le directeur régional du Mast qui aurait justifié son refus de recevoir les doléances des ouvriers en déclarant qu’ « il doit se rendre dans une festivité ».

Abellard qui n’a pas réagi à cette accusation, a fait savoir que les ouvriers veulent qu’il impose aux responsables de la Codevi le renvoi des employés de la section des ressources humaines avec qui ils ont des différents. « Ceci n’est pas de ma compétence », a-t-il précisé.

Les employés révoltés se sont rendus au tribunal de paix de Ouanaminthe pour remettre les clés saisies et déposer une plainte, a constaté AlterPresse. Mais, aucun juge n’aurait décidé de recevoir la plainte.

Depuis l’entrée en fonction de Selondié Abellard à la direction du bureau régional du Mast, le 05 septembre 2014, les ouvrières et ouvriers de la Codevi l’ indexent comme « défenseur du patron » à chaque intervention ou refus d’intervenir dans un litige opposant patron et ouvriers. [jcpj kft gp arp 21/05/2015 9 :50]