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Gonaïves : Pour une prise en charge digne et efficace des victimes de ’Jeanne’

Communiqué de la Coordination Nationale de Plaidoyer sur les Droits des Femmes (CONAP)

Soumis à AlterPresse le 19 octobre 2004

Une délégation de la CONAP a effectué une visite aux Gonaïves, les 7 et 8 octobre derniers, en vue de s’enquérir sur des allégations de violences sexuelles et physiques qu’auraient subi les femmes dans les centres d’hébergement et lors des distributions de nourriture, après les inondations du 18 septembre.

En effet, la distribution de la nourriture se fait par le biais des femmes, mais sur une base utilitaire (’ parce qu’elles sont plus dociles’) et non sur la considération de leur rôle comme cheffes de famille. Cette pratique les place en situation de cibles : les hommes, frustrés, les agressent pour leur voler la nourriture. Elle traduit aussi le renforcement de la conception de leur « état victime » et ce en parfaite contradiction des conventions et déclaration des Nations Unies et de l’Organisation de Etats Américains. Le pire, c’est que les femmes doivent faire des queues interminables sous un soleil de plomb généralement pour avoir ces provisions. D’autre part, la CONAP a remarqué l’absence des femmes dans les Comités Locaux, ce qui dénote une non prise en compte des femmes comme actrices sociales.

Aucun cas de violence sexuelle n’a été ni rapporté, ni signalé à la délégation de la CONAP tant du coté des hébergé - es que du côté des responsables ou tierces personnes en contact avec les centres. La coordination n’est pas toutefois pas en mesure d’affirmer qu’il n’y a pas eu des cas de violence sexuelle, d’autant plus que la promiscuité constatée dans les abris provisoires est susceptible de permettre le pire. Les "centres d’hébergement" ou abris temporaires que la délégation a pu visiter sont dans un état des plus critique. Les hommes et les femmes y dorment ensemble ; les personnes abritées semblent êtres livrées à elles-mêmes dans des conditions contraires à la dignité humaine. Ils/elles ne peuvent se laver, dorment à même le sol, uniquement sur des draps, des laines ou sur des morceaux de cartons. Ces centres sont envahis de moustiques et nécessitent des actions urgentes et efficaces, mais seule la CARITAS est disposée à s`occuper de quelques uns (coordination de 17, prise en charge de 8 sur 56). La prise en charge de ces centres jusqu`au retour de la délégation le 8 octobre, laissait à désirer. Les agences de l`Etat préposés à ces types d`actions brillent par leur absence aux Gonaïves.

En général, cette délégation a pu constater que jusqu’à présent aucune structure réelle et dynamique, voir efficace n’est mise en place par les responsables pour réagir correctement face aux conséquences du passage de la tempête tropicale Jeanne. L’action de l`Etat n’est pas visible, les organismes internationaux sur place veulent aider mais, leurs interventions se limitent à leurs créneaux spécifiques, ce, sans véritable articulation avec celles des autorités locales et ne coïncident pas, dans la majorité des cas, avec les urgences du moment aux Gonaïves. Les gens se plaignent de l’insuffisance des provisions. De leur coté, les organismes évoquent l’insécurité qui sévit aux Gonaïves comme un sérieux handicap à leur intervention. Ceci les empêche de secourir convenablement les sinistrés-es en allant vers les hébergé-es dans les abris.

Jusqu’à cette visite, aucun travail de nettoyage ni de curage n’était entrepris au niveau des canaux et des routes à l’intérieur de la ville même. Il en est de même pour la route principale menant aux Gonaïves, particulièrement pour le tronçon traversant la savane désolée. Le lac installé à ce niveau obligeait les passagers et passagères à descendre et traverser à pieds l’eau qui généralement leur arrive au niveau du bassin - avec les risques d’infections spécifiques pour les femmes que cela comporte.

Recommandations

- L’Etat doit prendre ses responsabilités et sécuriser les Gonaïves afin d’éviter les pillages et les agressions physiques faites aux femmes.

Il faudrait :
- Un plan de sortie à court et à long terme
- L’implication des femmes et des hommes comme actrices et acteurs dans l’exécution de ce plan, notamment dans la mise en œuvre d’une corvée pour le curage des canaux et le nettoyage des rues
- Sortir les populations de l’assistanat le plus rapidement que possible
- Fournir un appui aux personnes dont les maisons n’ont pas été détruites pour leur nettoyage, afin que ces personnes puissent rentrer chez elles.

La CONAP insiste pour un rôle plus actif des victimes dans les abris.

Port - au - Prince, le 18 octobre 2004.

Pour la CONAP :

Olga BENOIT