Haïti-Economie : Un ajustement de misère pour la branche textile

P-au-P, 06 mai 2015 [AlterPresse] --- Différents mouvements sociaux, dont des syndicats, manifestent leur indignation par rapport à un ajustement du salaire minimum national - de 225.00 à 240.00 gourdes (US $ 1.00 = 48.00 gourdes ; 1 euro = 60.00 gourdes aujourd’hui) - « jugé maigre » et annoncé par le président Joseph Michel Martelly, lors de la fête du travail le vendredi 1er mai 2015.

Cependant, l’arrêté présidentiel fixant le nouveau salaire minimum n’est pas encore publié dans le journal officiel, Le Moniteur.

Un tel ajustement ne correspond pas aux revendications des ouvrières et ouvriers, qui ont organisé plusieurs mouvements de mobilisation, dans la perspective de faire passer le salaire minimum à 500.00 gourdes en raison du coût très élevé de la vie.

Les ouvrières et ouvriers du textile avaient exigé auparavant 250.00 gourdes, un montant déjà insuffisant pour leur permettre de vivre dignement, rappelle l’Union nationale des normaliens haitiens (Unnoh).

« Cela [le nouveau salaire minimum] ne signifie rien pour nous. C’est une blague », considère le professeur Josué Mérilien de l’Unnoh.

« Cet ajustement de 15.00 gourdes est tout-à-fait une corruption. Il ne permettra pas aux ouvrières et ouvriers de faire face à leurs besoins quotidiens, dans un environnement marqué par une augmentation de prix des produits de base », souligne, pour sa part, le professeur Camille Chalmers, directeur exécutif de la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda).

De 2007 à 2015, il y a eu une augmentation importante - de 3 cents millions de dollars américains (US $300,000,000.00 ) à autour d’un milliard de dollars américains - de volume de produits exportés dans la branche de la sous-traitance, signale Chalmers.

Parallèlement, le nombre d’ouvrières et d’ouvriers varie aujourd’hui (en 2015) entre 30 à 35 mille, alors qu’il était entre 20 à 25 mille entre 2007 et 2009.

« L’augmentation, en termes de main-d’œuvre…, ne se traduit pas en une augmentation du salaire journalier. Ce qui est une injustice sociale », critique la Papda, relevant combien la durée de 8 heures de travail par jour n’est pas respectée.

Le salaire minimum ne devrait pas être un salaire journalier, mais de préférence un salaire horaire. Ce serait alors une tentative de réponse à l’offensive des propriétaires de manufactures (d’usines de sous-traitance) qui veulent récupérer leur plus-value par une augmentation des journées de travail au-delà de huit heures, suggère la Papda.

« L’ajustement (annoncé le 1er mai 2015) aurait dû avoir lieu depuis au moins trois ans », réagit Yannick Etienne, militante du droit des ouvrières et ouvriers et coordonnatrice de Batay ouvriye [1].

Cette annonce d’ajustement (du salaire minimum journalier en Haïti) ressemblerait plutôt à un coup électoral, « pour donner le change... » d’une velléité d’actions gouvernementales.

Se prononçant contre le niveau d’ajustement « de misère » du salaire minimum journalier en Haïti, l’organisation sysndicale Batay ouvriye affirme sa détermination à poursuivre la lutte pour la mise en oeuvre, par l’Etat haïtien, d’un programme d’accompagnement social aux ouvrières et ouvriers. Un processus, mis en application de manière intermittente dans les parcs industriels en Haïti.

L’un des axes de la lutte de Batay ouvriye repose sur la problématique du transport des ouvrières et ouvriers vers leurs lieux de travail, dans les différents parcs industriels.

Depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010, une majorité d’ouvrières et d’ouvriers résideraient dans la nouvelle grande agglomération dénommée Canaan (au nord de la capitale), une zone dépourvue de systèmes d’adduction d’eau potable. [jep kft rc apr 06/05/2015 1:50]