Español English French Kwéyol

Haïti-Agriculture : La sécheresse détruit le riz dans la plaine de Haut-Maribaroux

Correspondance Jéthro-Claudel Pierre Jeanty

Ouanaminthe, 05 mai 2015 [AlterPresse] --- Des rizières desséchées sous le soleil : telle est la vue, qu’offrent 98 hectares cultivés en riz dans la plaine de Haut-Maribaroux (Nord-Est d’Haïti), non loin de la frontière Ouanaminthe / Dajabon, observe l’agence en ligne AlterPresse.

Les rivières de Jassa, Canarie, Bannique et Lamatrie, servant à arroser cette plaine, sont toutes taries.

Des résidus de bois brûlés et les cendres sont logés, sur plusieurs points au fond des lits de ces rivières. Ce qui montre que le tarissement ne daterait pas d’hier.

« Cette "catastrophe"… a occasionné d’énormes pertes dans la production du riz dans la plaine de Haut-Maribaroux cette année (2015) », déclare, l’air désespéré, Antonéus Guillaume Josaphat, coordonnateur de l’organisation de cultivateurs "Platfòm peyizan Nòdès".

En temps normal, les riziculteurs récoltent 80 sacs de riz sur un hectare de terre, explique Josaphat, debout dans son champ de riz (justement un hectare de terre), séché par le soleil, avant même la récolte.

Pourtant, de l’autre côté de la frontière, à Dajabón (province de la République Dominicaine), ce serait la surabondance.

Les cultivateurs dominicains ont creusé un canal, près de la frontière avec Haïti, pour déverser le surplus d’eau qui pourrait nuire à leurs plantations de riz.

Avec sa petite pompe à moteur, Josaphat arrose une autre portion de terre, située au bord de ce canal.

« Je n’ai pas d’autre choix que d’utiliser cette eau jetée par les Dominicains, pour essayer de sauver une partie de la plantation », précise-t-il.

Cette eau, qu’utilisent les Dominicains, est captée dans la rivière Massacre (rivière située entre Ouanaminthe du côté haïtien et Dajabón du côté dominicain).

Dans certains endroits, elle côtoie des champs de la section communale de Haut-Maribaroux.

Cependant, faute de canalisation et d’équipements appropriés, les cultivateurs haïtiens ne peuvent pas l’exploiter, comme le font leurs voisins dominicains.

« J’ai investi 26 mille gourdes (US $ 1.00 = 48.00 gourdes ; 1 euro = 60.00 gourdes aujourd’hui) pour cultiver 1 hectare et demi. Cette sécheresse a détruit toute la plantation », se plaint un autre cultivateur, Rochenel Polimus.

« L’agriculture est ma seule ressource. Que vais-je faire pour continuer à prendre soin de ma famille et préparer la prochaine année scolaire (2015-2016) ? », s’interroge, à haute voix, Polimus, observant, les yeux hagards, sa plantation qui ne serait pas loin d’être détruite totalement.

Pour expliquer l’ampleur de la sécheresse, qui touche de plein fouet la plaine de Maribaroux, le cultivateur compare les années précédentes avec la réalité de cette année 2015.

« Sur cette portion de terre, là où nous nous trouvons, j’ai toujours perdu des plantules, parce que l’eau s’y installait en permanence. Cette fois, la perte est occasionnée par la sécheresse », se plaint-il.

« S’il pleut au cours de cette semaine, je pourrais, au moins, rentabiliser le fonds investi, lors de la prochaine récolte. S’il n’y a pas de pluie, c’est fini », avance-t-il.

De son côté, Kétely Chérizard, mère de 10 enfants, exploitante d’un 1/2 hectare de terre, ne sait pas à quels saints se vouer pour continuer à répondre aux exigences familiales, vu qu’elle aurait investi toutes ses économies au mois de décembre 2014.

« La récolte ne m’a pas permis de récupérer même 1/4 de l’argent dépensé », signale-t-elle.

Les familles, tirant leurs revenus de la filière du riz, éprouvent des difficultés pour répondre à leurs besoins, témoignent à AlterPresse plusieurs agriculteurs qui attendent une intervention de l’Etat.

L’arrosage des terres, cultivées dans le Haut-Maribaroux, dépend de la pluie et de quelques petits canaux d’irrigation, creusés par les planteurs, fait savoir le coordonnateur de la "Platfòm peyizan Nòdès", Antonéus Guillaume Josaphat.

Après les importantes averses du mois de novembre 2014, les champs n’ont reçu que quelques gouttes au cours du mois de février 2015. [jcpj kft rc apr 04/05/2015 9:25]