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Haïti-Justice : Réprobation, colère et indignation après la libération de Woodly Éthéart et Renel Nelfort

P-au-P, 20 avril 2015 [AlterPresse] --- Les réactions de réprobation, de colère et d’indignation se multiplient après le verdict du juge Lamarre Bélizaire, qui a libéré, le vendredi 17 avril 2015, sans autre forme de procès - qualifié d’« expéditif » par plus d’un - les inculpés Woodly Éthéart (dit Sonson Lafamilia) et Renel Nelfort (Alias le récif), deux présumés chefs de gang, arrêtés suite à des accusations d’enlèvements, de séquestration, de blanchiment des avoirs, de trafic illicite de la drogue, d’assassinat et d’association de malfaiteurs.

Une victime d’enlèvement - qui s’apprêtait à aller témoigner aux assises criminelles annoncées sans assistance de jury - est tombée en syncope sur la cour du palais de justice de Port-au-Prince, au vu de deux de ses geôliers - lors de sa séquestration, suite à son enlèvement - venus se solidariser avec les inculpés qui seront libérés.

Plusieurs citoyens s’estiment « être en insécurité judiciaire » en Haïti, après le verdict (« de la honte ») de libération des inculpés, prononcé par Lamarre Bélizaire en faveur des inculpés Woodly Éthéart (dit Sonson Lafamilia) et Renel Nelfort (Alias le récif).

En dépit des divers témoignages des victimes, « (…) le tribunal, sur les conclusions sur les conclusions du Ministère public, dit et déclare non coupables les accusés (…) pour insuffisance de preuve et de charge », résume le verdict, du juge Lamarre Bélizaire à la fin de l’audience qui a duré environ 6 heures d’horloge.

Parodie de justice...

Ce « procès n’a pas suivi le processus normal ». En clair, c’est « un dossier qui n’a pas été en état pour le procès (…), un procès expéditif, une parodie de la justice », estime Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), dans des déclarations à AlterPresse.

L’un des 9 accusés ayant fait appel, la Cour d’appel aurait dû se saisir du dossier dans son ensemble.

« On ne peut pas extraire ces deux messieurs du dossier et leur permettre d’avoir un jugement séparé », déplore Me. Camille Leblanc, un ancien ministre de la justice interrogé par AlterPresse.

Le tribunal de première instance de Port-au-Prince n’aurait pas été informé de l’appel interjeté par l’un des accusés, a fait savoir son doyen Raymond Jean Michel.

Ce que conteste l’ancien ministre Leblanc, aux yeux de qui le doyen du tribunal civil de Port-au-Prince aurait dû se questionner sur l’absence des autres accusés, alors que seulement deux d’entre eux ont subi le procès.

Dans la foulée de ce procès, qualifié d’ « expéditif » par de nombreuses voix, le commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, Kherson Darius Charles, a été mis en disponibilité « pour des raisons administratives », explique à AlterPresse le titulaire (sans décharge) du Ministère de la justice et de la sécurité publique (Mjsp), Pierre Richard Casimir.

Pistes de solution ?

L’ancien ministre Leblanc estime « grave ce qui s’est passé ».

Quoique bonne, la décision de mettre en disponibilité ceux qui sont concernés par la démarche « peut être seulement (servir à jeter) de la poudre aux yeux ».

« Le ministre (Pierre Richard Casimir) doit montrer sa bonne foi, en passant des instructions pour la formation d’un pourvoi en vue de casser la décision (du 17 avril 2015 de Lamarre Bélizaire) », demande Camille Leblanc.

Le nouveau commissaire de gouvernement devra constituer ce pourvoi, suivant les principes, et « faire appel (de la décision du juge Lamarre Bélizaire) par devant la Cour de cassation », recommande Camille Leblanc.

Une position, que partage aussi le Rnddh.

Par ailleurs, aucun commissaire du gouvernement n’est nommé à la place de Kherson Darius Charles.

Selon le ministre Casimir, l’« un des substituts sera (nommé) a.i. (ad intérim) ».

Quant à l’idée de faire appel de la décision du juge Lamarre Bélizaire par devant la Cour de cassation, le ministre Pierre Richard Casimir, explique : tous les responsables judiciaires sont « en train d’étudier les possibilités pour exercer les droits de recours », dans une brève interview accordée à AlterPresse. [apr 20/04/2015 16:10]