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Haïti : Surmonter les défis et saisir les opportunités de la filière lait local

Perspective de développement et de création de richesses
jeudi 2 avril 2015

Retour sur les réflexions partagées lors du forum national sur la filière lait en Haïti en novembre 2014

Document soumis à AlterPresse

La Carte de marché de la filière lait en Haïti et un plan d’action ont été présentés, par les organisations nationales de producteurs et de transformateurs de lait, aux bailleurs de fonds, au secteur privé et aux décideurs politiques, lors d’un forum national sur la filière lait en Haïti. [1]

Au cours de ce forum, la Ministre de l’Agriculture d’alors, Jacques Thomas, a déclaré qu’Haïti importe environ 90 millions de dollars américains de produits laitiers (46% proviennent du Pérou). Selon les chiffres communiqués au cours du forum du 21 novembre 2014 sur la filière lait de vache en Haïti, il existe une forte demande de lait dans le pays et le pays dispose d’un grand potentiel laitier qui n’est pas valorisé. Le cheptel bovin haïtien peut produire suffisamment de lait pour couvrir la demande nationale en lait et produits laitiers, selon le Secrétaire d’État à la production animale, Michel Chancy.

La filière laitière haïtienne n’est pas bien structurée pour permettre une meilleure exploitation et valorisation de la potentialité laitière existante. Elle connaît un faible niveau de développement dans tous ses maillons notamment : la production, la collecte, la transformation et la commercialisation. De plus, le pays n’est pas doté d’une véritable politique laitière visant l’accroissement de la production et de la consommation du lait local et la réduction des importations de lait et de produits laitiers.

PMSD, une méthode innovatrice permettant de développer des chaînes de valeur

Les marchés jouent un rôle vital dans l’amélioration des conditions de vie des populations rurales pauvres - que ce soit les travailleurs, les producteurs et les transformateurs. Transformer ces systèmes de marché (les rendre plus rentables, équitables et efficients) peut être extrêmement puissant dans la lutte contre la pauvreté rurale, et les bénéfices peuvent être partagés sur une très grande échelle. Lorsque les femmes et les hommes pauvres sont renforcés pour travailler en collaboration, les transformations du marché peuvent apporter de l’inclusion et de l’équité au système.

La carte de marché du lait présenté au forum est issue d’une analyse participative du système de marché du lait de vache en Haïti menée par KORAL selon l’approche PMSD. L’approche de développement participatif des systèmes de marché (PMSD) est un moyen durable pour permettre aux femmes et aux hommes pauvres de générer de meilleurs revenus. Elle favorise le développement des chaînes de valeur pour les petits producteurs et l’amélioration du fonctionnement des marchés pour les pauvres.
Le PSMD « enseigne à pêcher mais n’offre pas le poisson » soutient Carlo Pia, spécialiste en technologie alimentaire, assistant technique à KORAL. Cette méthode poursuit donc l’autonomie des petits producteurs et les aide à se responsabiliser en vue de pouvoir se prendre en main. Le PMSD a été utilisée pour créer entre les acteurs de la filière lait des espaces de dialogue, de débat, de consolidation de la confiance, des relations gagnant-gagnant, des explorations d’affaires et d’actions communes.

Carte de marché de la filière lait en Haïti

Cette Carte de marché a été le fruit d’un ensemble d’ateliers PMDS réalisés par KORAL de concert avec les acteurs (les producteurs, transformateurs, etc.) de ladite filière durant 9 mois. La Carte de marché de ladite filière met en relief les principaux défis (goulots d’étranglement) et les opportunités du sous-secteur lait en Haïti.

La carte comprend 3 grandes composantes qui sont constamment en interaction et s’influencent mutuellement : acteurs de la chaine de valeur et liens d’affaires, environnement des affaires et prestataires de service à la chaîne.

La chute de la production laitière en période sèche, la faible capacité organisationnelle et de négociation, le manque de stratégies de commercialisation, de coordination et de dialogue entre les acteurs représentent les principaux goulots d’étranglement (points critiques) identifiés au niveau de la chaîne de valeur lait en Haïti.

L’environnement des affaires pour ce secteur précis est marqué par une absence de politique de promotion de la filière lait local ; les services d’appui à la chaîne de valeur lait ne sont suffisants pour permettre le bon fonctionnement de la chaîne.

La filière lait local présente aussi de grandes opportunités telles que : la taille du cheptel bovin national (450 000 à 675 000 vaches adultes), la forte demande nationale en lait, la faible exploitation (30 à 40%) de la potentialité laitière, la capacité de création d’emplois, la capacité de réduction de la pauvreté rurale, etc.

Le mouvement organisationnel de la filière lait haïtien

Les producteurs et transformateurs de la filière lait en Haïti réaffirment la nécessité de prendre en considération l’énorme potentialité de ce produit en ce qui concerne la création de richesse et sa grande capacité à se constituer en un levier de développement durable et inclusif.

Les acteurs de la filière lait local se sont mis d’accord sur l’impérieuse nécessité de transformer le système de marché du lait en Haïti afin qu’il soit plus efficient et rentable. Pour cela, ils préconisent l’adoption d’un ensemble de stratégies visant la valorisation et l’accroissement de la production laitière en :

- appuyant l’intensification des systèmes de production laitière ;

- favorisant la structuration de la filière lait (producteurs, transformateurs, organisations professionnelles et interprofessionnelles, etc.) ;

- assurant un cadre incitatif destiné à accroître l’investissement privé et public au niveau de la filière laitière.

Les acteurs exigent que le développement de la filière lait soit affiché comme une priorité du gouvernement haïtien. Les producteurs de lait (3 000 environ), membres de la fédération nationale des producteurs de lait haïtien (FENAPWOLA) demandent à l’État haïtien une reforme au niveau de l’environnement des affaires afin qu’il soit propice au développement de la filière lait et invitent aussi le secteur privé à investir dans ce secteur pour assurer un développement durable de ladite filière.

Lèt Agogo, un levier de valorisation économique du lait local

Lèt Agogo est un programme d’appui au développement de la production laitière en Haïti et est devenu le nom commercial des produits laitiers locaux tels que le lait stérilisé, le lait pasteurisé, le yaourt et le fromage commercialisés sur le marché haïtien. Ce programme a été initié en 2001 par l’ONG haïtienne VETERIMED afin de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des petits paysans éleveurs de bovins.

Lèt Agogo prouve l’existence d’une potentialité laitière en Haïti à travers l’implantation des mini-laiteries. Mais malheureusement les acteurs de la filière lait ne sont pas suffisamment encadrés et appuyés par l’État haïtien ; le secteur privé, de son coté, n’investit pas aussi dans ce secteur.

Le développement de la filière laitière haïtienne peut contribuer à réduire la pauvreté dans les milieux ruraux en créant un revenu régulier pour les éleveurs et des emplois à travers l’implantation des mini-laiteries.

Au cours du forum, Monsieur Prospéry Raymond, représentant en Haïti et en République Dominicaine a souligné que pour Christian Aid : « L’aide au secteur laitier est important mais ne va pas aider à propulser le secteur sans une coopération claire et inclusive. Christian Aid aimerait voir des informations de bases disponibles pour les acteurs mais aussi une grande coopération gagnant-gagnant-gagnant entre les producteurs de lait, le secteur prive haïtien, Le MARNDR et des Universités afin de créer un secteur laitier dynamique porteurs de richesse et de développement durables. Tout ceci pourrait se faire si les secteurs décident de travailler ensemble sous le leadership du MARNDR. »

Christian Aid appuie les secteurs du cacao, du riz et autres dans d’autres pays de l’Amérique Latine comme le Brésil, le Nicaragua et les progrès sont considérables. Nous espérons que les acteurs haïtiens vont pouvoir utiliser cette expertise pour le mieux de la population haïtienne

[1Ce forum s’est tenu le 21 novembre 2014, à l’hôtel KINAM de Pétionville, à l’initiative de l’organisation Konbit pou ranfòse aksyon lakay (Koral), appuyée par l’Organisation non-gouvernementale britannique Christian Aid.