Haïti-Eglise : Les violences visant des religieux catholiques continuent d’inquiéter

P-au-P, 23 mars 2015 [AlterPresse] --- Alors que la police a effectué de nouvelles arrestations dans le cadre de l’enquête sur les agressions répétées contre des prêtres et religieuses catholiques, le secteur des droits humains réaffirme son inquiétude.

La Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (Pohdh) se dit profondément préoccupée face à l’augmentation des actes d’insécurité dans le pays, et ceux qui visent particulièrement les figures de l’église catholique romaine en Haiti.

Depuis quelques mois, des religieux se sont vus attaqués, agressés, volés et parfois même violés par des individus, un peu partout dans le pays.

La Police nationale d’Haïti (Pnh) a effectué des arrestations au cours de la semaine dernière, dans le cadre du dossier, et s’apprête à faire un bilan le mardi 24 mars.

Monseigneur Pierre André Pierre, recteur de l’Université Notre Dame d’Haiti, a été victime d’une tentative d’enlèvement le 13 mars 2015.

L’Institut Monfort pour les enfants sourds des Filles de la Sagesse à la Croix des Bouquets a été cambriolé à quatre reprises en 2014.

Les Petites sœurs de Sainte Thérèse à Boucan Carré (est), le 16 novembre 2014, les Filles de Marie à la Croix des Bouquets (ouest) dans la nuit du 16 au 17 et du 21 au 22 janvier 2015, les Sœurs de Saint-Joseph de Saint-Vallier à Saint-Raphaël (nord) le 26 et 29 janvier 2015 s’inscrivent sur la liste des communautés qui ont été cambriolés à plusieurs reprises.

En tout 38 communautés ont subi des attaques.

« La gravité de ces actes que subissent les religieux et religieuses et leurs communautés ne réside pas seulement dans leur caractère répétitif mais aussi les tortures et humiliations qui sont infligés aux victimes », souligne la Pohdh dans sa note.

« De manière générale c’est le même scénario qui se reproduit : des hommes armés de pistolet, de piques, de bâtons intimident, insultent, brutalisent, giflent les occupants de ces maisons et emportent tout ce qu’ils trouvent comme argent ou objet de valeur », rapporte la Pohdh, qui dit tenir ce récit de la Conférence haïtienne des Religieux (Chr).

La Plateforme appelle les autorités étatiques à prendre toutes les dispositions nécessaires afin de contenir ce phénomène d’insécurité, garantir la libre circulation de la population et procéder à l’arrestation et au jugement des coupables afin de rendre justice aux victimes.

Des attaques à relent politique ?

Monseigneur Guire Poulard, dans une tribune publiée dans le Nouvelliste le vendredi 20 mars 2015, soutient que l’Eglise catholique en Haïti, fait l’objet d’un « véritable complot ».

Il estime que « certains politiciens dépourvus de tout scrupule et portés par le discours aberrant de faux prophètes s’attaquent à des gens sans défense ».

Face à cette situation, Monseigneur Guire Poulard ne mâche pas ses mots à l’égard de la Police nationale d’Haïti.

« Pour beaucoup des cas de violences dirigées contre nous, nous sommes convaincus que si la police s’était montrée soucieuse de son travail, les bandits n’auraient jamais continué leur sordide besogne », rétorque Monseigneur Guire Poulard, responsabilisant la Pnh face à sa principale mission de protéger et de servir la population.

« La persécution sciemment orchestrée contre l’Eglise atteint le seuil de l’intolérable. Ce sont nos communautés religieuses, nos religieux et religieuses, nos prêtres qui sont attaqués physiquement et moralement par des criminels avec une violence infâme. Ces bandits utilisent des armes redoutables pour terroriser des innocents sans défense », critique Monseigneur Guire Poulard.

Le prélat pense en même temps sur la possibilité de fermer les institutions religieuses, certaines dédiées à des œuvres sociales, afin de garantir la sécurité des membres.

Cette mesure a déjà été envisagée dans plusieurs endroits du pays, notamment dans la zone de Petite Rivière de l’Artibonite, plus particulièrement dans la section communale de Cheno (chaine des Cahos), où les sœurs de Sainte Thérèse ont demandé à la population d’assurer leur sécurité, dans le cas contraire, elles seront dans l’obligation de partir.

Monseigneur Guire Poulard exige que « l’État diligente une enquête, une qui aboutisse, pour arriver à identifier les criminels ainsi que leurs complices et les déférer par-devant les tribunaux afin qu’ils puissent répondre de leur forfait ». [jep kft gp apr 23/03/205 14 :03]