Haïti-Agriculture : Mûrissement phénoménal des mangues au Plateau Central

Correspondance Ronel Odatte

Hinche, 2 mars 2015 [AlterPresse] --- C’est une réalité inédite, personne n’avait jamais vu cela au Plateau Central et plus particulièrement à Hinche, oú les manguiers ne cessent de donner des fruits.

Depuis mars 2014, la production des mangues ne s’est pas arrêtée. Il suffit de faire un tour au centre ville ou à la campagne pour en faire le constat. Et tous les matins, beaucoup viennent s’approvisionner dans les marchés.

De Mirebalais à Thomassique et de Hinche à Maissade, il y a de la mangue partout. On en mange, on en commercialise : Madan Blan, Jan Mari, Batis, Ti Woz attirent, sans répit, les consommatrices et consommateurs.

Au Plateau Central, habituellement les manguiers commencent à fleurir au mois de février. Mais l’on doit attendre mai pour que le fruit atteigne sa maturité.

Aujourd’hui tout a changé. Elles fleurissent et murissent pendant toute l’année. Le marché est alimenté quotidiennement.

Un phénomène pour les uns, une prophétie pour les autres.

Pourquoi il y a-t-il des mangues pendant toute l’année ?

L’ingénieur Agronome Jean Fritzbert Belus, spécialiste de l’environnement, parle de murissement précoce des mangues.

Pour sa Part, l’ingénieur agronome Evens Bien-Aimé, responsable du bureau du ministère de l’agriculture à Cerca-Cavajal, croit que le changement climatique serait la principale cause du murissement des mangues.

« Parfois des saisons sèches deviennes des saisons pluvieuses. Le problème est avant tout climatique et chacun doit essayer de s’adapter à cette réalité », prévient-il.

L’ancien coordonnateur de l’équipe technique du mouvement paysan de Papaye (Mpp), Philfrant St Naré, pense également que le climat est responsable du murissement continu des mangues.

« C’est le changement climatique et l’on doit s’attendre à toute une série de phénomènes complexes. Cela pourrait devenir irréversible si au niveau mondial on ne prend pas conscience du danger qui plane sur notre planète », dit-il.

Le mot des profanes

Le phénomène suscite aussi des réactions chez les gens qui ne s’y connaissent pas vraiment en agriculture.

« J’aime bien déguster les mangues, mais a cette époque je choisis de ne pas en manger », déclare Immacula Pierre, 27 ans, originaire de la section de Marmont (commune de Hinche).

Selon elle, ce processus de murissement des mangues est précoce et c’est un risque de les consommer.

Certains membres d’églises protestantes interprètent le phénomène comme un signe des temps.

Des paysans et paysannes interrogés par l’agence en ligne AlterPresse craignent une possible disette dans le pays.

« Quand vous voyez une abondance de mangues ça et là, c’est la disette qui va s’installer chez les familles », lâche l’un d’eux.

Malgré cette abondance de mangues, les prix sont toujours élevés. Il faut avoir dix gourdes pour se procurer trois mangues tandis que dans deux mois le prix pour six de ces fruits pourrait être exactement le même, soit 10 gourdes. [ro kft gp apr 2/03/2015 14 :20]