Haïti-Presse : Décès du journaliste et linguiste Sony Estéus

P-au-P., 02 mars 2015 [AlterPresse] --- Le journaliste et linguiste haïtien Sony Estéus, directeur général de la Société d’animation en communication sociale (Saks), est décédé subitement, dans la nuit du dimanche 1er au lundi 2 mars 2015, en sa résidence à Delmas (périphérie nord), apprend AlterPresse.

Né à Saint-Louis du Sud (Sud d’Haïti), Sony Estéus était âgé de 50 ans. Il ne souffrait apparemment d’aucune maladie, selon des précisions fournies par ses proches.

Les circonstances du décès ne sont pas encore totalement établies.

Engagé dans la communication alternative et populaire, Sony Estéus était membre fondateur de la Saks, dont il est devenu le directeur dans les années 2000, à la suite du départ, pour l’étranger, du communicateur et journaliste Joseph Georges.

A ce titre, il travaillait principalement dans l’accompagnement et la formation des équipes de radios communautaires à travers Haïti.

Sony Estéus était amené à effectuer de fréquents déplacements, dans le milieu paysan, à travers Haïti.

La Saks, partenaire du Groupe Médialternatif, est membre de l’Association mondiale des radios communautaires (Amarc), dont Sony Estéus était le vice-président pour les Caraïbes.

Au chapitre des stations de radios communautaires, Sony Estéus a permis d’élaborer un document normatif, qui n’a pas encore été l’objet d’un vote au parlement.

Avec des collègues journalistes, il discutait régulièrement des principes généraux de communication alternative et communanutaire, ainsi que des principes fondamentaux émis dans le cadre de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).

Sony Estéus animait sur la station privée Radio Kiskeya une émission consacrée au monde paysan, intitulée « Nou tout anndan » (Tous à l’intérieur, par opposition à l’expression « pays en dehors » qui désigne « péjorativement » la paysannerie haïtienne).

Il avait fait ses débuts dans la production radiophonique, à la fin des années 1980, au Centre de recherche et d’action pour le développement (Crad), où il participait à l’animation du magazine « Nouvèl pou n al pi lwen », distribué à travers le pays sur cassettes audio de 30 minutes.

Estéus a prêté sa collaboration à divers médias, dont Radio Haïti Inter et Radio Tropic FM, et a reçu, en 1992, durant la période du sanglant coup d’État militaire en Haïti, le prix de la liberté de la presse du Comité international pour la protection des journalistes (Cpj).

Le 12 avril 1992, il est l’objet d’arrestation, tandis qu’il couvrait, comme journaliste reporter à la station privée Tropic FM, une cérémonie religieuse transformée en manifestation pro-Aristide à Port-au-Prince.

En tant que linguiste et militant pour la promotion du Créole, Sony Estéus a contribué activement à la promotion de la langue Créole, notamment dans des activités à l’occasion de la journéé internationale, chaque 28 octobre, de la langue et des cultures Créoles. Il a pris part activement à l’initiative de la mise en place de l’Académie du Créole haitien.

Sony Estéus a également oeuvré, à partir de 1986, dans des organisations populaires, dont Chandel avec laquelle il a milité dans la défense de groupes défavorisés.

AlterPresse transmet les condoléances du Groupe Médialternatif à la famille de Sony Estéus et ses collaborateurs de la Saks, institution avec laquelle le Groupe Médialternatif a eu à conduire plusieurs projets de communication sociale. [gp rc apr 02/03/2015 08:00]