Haïti - Rép. Dom. / Corruption : Alerte sur les éventuelles conséquences de l’affaire du sénateur Félix Bautista

P-au-P, 13 févr. 2015 [AlterPresse] --- Une affaire de corruption dans laquelle serait impliqué le sénateur dominicain Félix Bautista en République Dominicaine pourrait avoir de « graves conséquences » sur les fonds investis par l’Etat haïtien à travers des contrats de construction exécutés par des firmes dominicaines, analyse un membre du Collectif du 4 décembre Joseph Joël Louis, avocat et politologue.

Ce dossier de corruption peut avoir des « conséquences catastrophiques » sur tous les projets de construction du gouvernement haïtien, qui sont en train d’être mis en œuvre par des compagnies dominicaines comme « Hadom Constructora » fondée par Bautista, estime Louis.

Le sénateur dominicain Félix Bautista est accusé d’être impliqué dans une affaire de blanchiment d’argent à l’époque où il occupait la direction de l’Office de supervision des chantiers de l’Etat (Oisoe : sigle en espagnol).

Cette accusation a été rejetée par la défense de l’accusé, le mardi 10 février 2015.

D’importantes transactions financières issues d’entreprises bidon ou réelles, installées en Haïti, ont été ciblées dans le réquisitoire dressé contre Bautista, rapporte le journal Le Nouvelliste.

Les avocats de l’accusé ont rejeté les accusations, soulignant l’inexistence de plainte légale des autorités haïtiennes contre Bautista, poursuit le quotidien.

L’avenir des firmes de Bautista en Haïti

Ce dossier lié à la fraude, au cas où il se serait avéré vrai, pourrait entrainer la fermeture des entreprises dominicaines de construction appartenant à Bautista, anticipe t-il.

L’Etat haïtien doit déterminer sur quelle base le sénateur a obtenu ses contrats de construction car, selon Me Louis, « il est clair que dans la période d’urgence où se trouvait l’Etat haïtien (après le tremblement de terre de 2010), la corruption était plus facile à effectuer ».

Il appelle aussi le gouvernement à faire valoir son point de vue par devant la justice dominicaine dans cette affaire.

Plusieurs contrats ont été signés avec l’Etat haïtien et la firme Hadom Constructora de Bautista Rosario pour la reconstruction d’infrastructures immobilières et routières après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010.

Des travaux de construction d’édifices publics sont actuellement au point mort sur divers chantiers, observe AlterPresse.

« Attentat contre la constitution [dominicaine], faux en écriture publique, faux en écriture privée, faux et usage de faux, prévarication, enrichissement illicite, blanchiment d’avoirs provenant de trafic illicite de drogues et de substances contrôlées » ont été les chefs d’accusation retenus contre le sénateur, en octobre 2014.

La société civile doit demander des comptes clairs au gouvernement actuel sur l’existence ou non de certaines firmes de construction qui opèrent en Haïti, encourage, pour sa part, le directeur exécutif du Centre d’analyse et de recherche en droits humains (Cardh), Gédéon Jean.

La question de corruption entre des dirigeants dominicains et haïtiens n’est pas nouvelle. Des millions de dollars américains auraient été versés à des firmes qualifiées de bidons par certains, rappelle Jean.

« C’est malheureux pour un pays qui vit dans l’extrême pauvreté, un pays où plus de 70 pour cent de la population sont en proie à l’extrême pauvreté, la misère et la faim, de voir le trésor public en train d’être gaspillé », déplore t-il.

Des transferts d’argent, à partir de comptes des entreprises de Bautista, au profit du président haïtien Michel Joseph Martelly jusqu’au mois de novembre 2011, ont été révélés par une enquête de la journaliste d’investigation dominicaine Nuria Pierra, en mars 2012.

Des contrats de reconstruction irréguliers passés entre Bautista et l’Etat haïtien pour un montant de plus de 300 millions de dollars américain ont été aussi dénoncés par la journaliste.

Le nom du sénateur a été également cité dans un dossier de corruption lié à une affaire de financements de campagne de plusieurs candidats aux élections présidentielles de 2010 en Haïti dont celles du président Michel Martelly et Mirlande Manigat, sa rivale.

Ces informations ont été démenties par Martelly et Manigat. [apr 17/02/2015 00:30]