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Haïti-Politique : Un gouvernement de consensus « de facto » d’ici le 19 janvier 2015 ?

P-au-P, 16 janv. 2015 [AlterPresse] --- Un « gouvernement de consensus », conduit par le premier ministre nommé Evans Paul – qui ne s’est pas présenté devant le parlement, dysfonctionnel à partir du 12 janvier 2015 – verra le jour dans les prochaines 48 heures, annonce le président Joseph Michel Martelly dans une adresse à la nation, au soir du vendredi 16 janvier 2015.

Ce « nouveau gouvernement » de l’ère Martelly, qui obéira à des indications de la version amendée (en juin 2012) et controversée de la Constitution du 29 mars 1987, empruntera les formes d’une administration « de facto », estimaient déjà, depuis le lundi 12 janvier, plusieurs observateurs dans la capitale haïtienne.

Quoi qu’il en soit, il pourrait être constitué de personnalités, issues de consultations avec différents partis politiques.

Le « nouveau gouvernement de consensus » devra s’atteler à la mise en place des dispositions pour l’organisation des élections législatives, locales (Martelly n’a pas mentionné les municipales) et présidentielle durant l’année 2015.

Depuis janvier 2012, des agents exécutifs intérimaires ont été mis à la place des conseils municipaux élus, à la suite de tractations intéressées de beaucoup de parlementaires avec l’exécutif.

Pour faire face aux grands et multiples défis de l’année 2015, il est impératif que les filles et fils d’Haïti se concentrent sur l’essentiel, le fondamental et le durable, suggère Martelly.

Les actions, « réussies » en santé, éducation, programmes sociaux (ede pèp, ti manman cheri, kore etidyan, Panye solidarite, Kore peyizan, très controversés depuis le début de leur mise en œuvre) et infrastructures, devront être renforcées, voire corrigées, « afin d’atteindre un plus grand nombre, aux meilleurs coûts et sans partisannerie », essaie de tracer Martelly comme feuille de route à Evans Paul.

« Le gouvernement de consensus, que dirigera Evans Paul, devra s’atteler à renforcer, à améliorer les programmes réussis dans le domaine de la santé, de l’éducation, de la sécurité sociale et de la mise en place des infrastructures, tout en corrigeant les erreurs », ajoute-t-il.

Est-ce que les titulaires du gouvernement démissionnaire, dans ces ministères (Florence Duperval Guillaume, Nesmy Manigat, Charles Jean-Jacques et Jacques Rousseau) seront maintenus ?

L’augmentation de la scolarisation, qui a dépassé les 80%, devra atteindre les 90 % au cours de l’année 2015, souhaite Martelly.

« Nous pouvons faire taire nos détracteurs, chaque fois que nous nous attachons à prioriser ce qui nous rassemble, à minimiser ce qui nous divise », tente de répondre Martelly à l’ensemble des mobilisations, qui ont mis, depuis plusieurs mois, des milliers de gens dans les rues exigeant sa démission.

43 mois après son investiture à la présidence en Haïti, Michel Martelly avoue, sans frustrations, être très loin du but qu’il avait fixé, reconnaît ses faiblesses, ses erreurs collectives et des vieux démons de la méfiance, de la division et de l’intolérance, qui l’avaient hanté au cours de ces quatre dernières années.

« Il faut briser le spectre de la méfiance, qui a trop souvent marqué les rapports sociaux en Haïti, afin de garantir la paix et la stabilité pour le pays. Il est urgent de mettre en place des programmes à haute intensité de main-d’œuvre, permettant d’apporter une réponse rapide aux demandes de la majorité et contribuant, ainsi, à créer un climat d’apaisement à l’approche des prochaines élections », préconise Martelly, comme pour répondre aux grognes de la population dans les rues.

Cependant, Martelly affirme vouloir conduire un large débat sur la Constitution de 1987 » en vue de réfléchir aux « amendements nécessaires », sans aucune intention de devenir candidat à la présidentielle de 2015.

« Pour éviter tout malentendu, je ne compte pas en profiter pour demeurer » cinq ans de plus à la présidence, tient à préciser Martelly, voulant assurer qu’il ne sera pas candidat à sa succession à la prochaine présidentielle de 2015.

« L’unanimité n’existe pas », déclare Evans Paul

« D’ailleurs, même Jésus-Christ n’avait pas fait l’unanimité », avance, devant une cohorte de travailleurs de la presse, le premier ministre « de facto » Evans Paul, en marge de sa présentation comme chef de « gouvernement de consensus » au Palais national.

Tout en se disant ouvert, Paul lance un appel à la responsabilité de chacune et de chacun dans tout ce qui se passe dans le pays.

« Nous nous sommes presque mis d’accord sur la formation d’un gouvernement de consensus, qui intègrera les figures de l’opposition, les différentes tendances de l’opposition. Ce qui est une autre preuve de nos capacités d’aller au-delà de nos intérêts particuliers », tente de rassurer Evans Paul.

Le nouveau chef de gouvernement nommé - dont son parti la Konvansyon inite demokratik (Kid) avait participé à l’accord du 6 mars 1999, lequel avait permis de désigner Jacques Edouard Alexis comme premier ministre, sans aucune présentation de politique générale devant le parlement déclaré caduc, le lundi 11 janvier 1999, par le président René Garcia Préval - voudrait fixer deux objectifs fondamentaux : d’abord, l’organisation des élections démocratiques ; ensuite, la continuité de l’Etat.

Dans quelle mesure, les membres de partis politiques, qui feront partie du nouveau gouvernement, ne profiteront pas des structures de l’Etat pour obtenir les faveurs de l’électorat dans les prochaines consultations électorales ?

Evans Paul affirme se considérer comme « un premier ministre de salut public, déterminé à lutter pour la cause du peuple », dans un contexte de démonstration des rues et de colère de manifestants contre la présence et les dérives de Michel Martelly au pouvoir. [jep rc apr 16/01/2015 19:00]