Haïti – Femmes : Dépénaliser l’avortement, un positionnement en faveur de la vie

Par Edner Fils Décime

P-au-P, 16 janv. 2015 [AlterPresse] --- Aboutir à la dépénalisation de l’avortement en Haïti revient à se positionner en faveur de la vie, soutient l’Initiative pour un développement équitable en Haïti (Ideh), lors d’une conférence-débats [1] au parlement haïtien, le jeudi 15 janvier 2015, de concert avec le Réseau de parlementaires haïtiens pour la population et le développement (Repahpde), à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

Cette activité au palais législatif vise à « relancer le débat politique sur l’avortement et partager, avec les parlementaires et autres acteurs, une étude menée par l’organisation sur la question », indique Esther Randiche, présidente de l’Ideh.

Diverses organisations partenaires, des parlementaires ainsi que des représentants de ministères, notamment du Ministère de la santé publique et de la population (Mspp), et de celui à la condition féminine et aux droits des femmes (Mcdf), ont pris part à cette conférence-débats.

Une intervention de Olga Benoît de Solidarite fanm ayisyen (Sofa), la présentation des résultats de l’étude - réalisée par l’Ideh - sur l’avortement, la projection d’un documentaire-témoignage et un moment de débats ont ponctué la session à la salle de séance des députés.

En ouverture de l’événement, le sénateur Francisco Delacruz, coordonnateur du Repahpde, a souligné la double nécessité de dépénaliser et de légiférer sur l’avortement.

« Faut-il bien qu’il existe un texte de loi sur l’avortement pour savoir qui pénaliser », affirme Delacruz, qui invite à socialiser le débat sur la pratique de l’avortement.

Avortement et société

« Avortement libre, gratuit et sécuritaire : un droit des femmes, une responsabilité de l ‘Etat » : tel est le titre de l’intervention d’Olga Benoit, laquelle peut être considérée comme le positionnement officiel de Sofa sur la question.

Le contexte légal en Haïti sur l’avortement est marqué par le non-respect des droits des femmes, l’irrespect du droit à la vie, une anti constitutionalité, relève la Sofa.

L’article 262 du code pénal criminalise la pratique de l’avortement en Haïti. Et la femme, et le médecin ou tout autre professionnel de la santé, participant dans le processus abortif, sont condamnés.

« Le poids de la religion, une certaine morale et l’hypocrisie, les valeurs patriarcales sont des obstacles à la mobilisation de la population et au débat public sur l’avortement », affirme la dirigeante de la Sofa, soulignant les conséquences de ces freins, que sont les « carences de données fiables, l’indifférence des autorités et le silence de la population ».

Le vodou serait la religion « la plus tolérante, la plus ouverte » sur la pratique de l’avortement, par rapport aux autres professions de foi religieuse, signale la Sofa.

Depuis 1988, le mouvement féministe haïtien en général, y compris la Sofa en particulier, tire la sonnette d’alarme sur les conséquences de la criminalisation de l’avortement sur le droit des femmes.

L’avortement : le secret qui nous tue

Quoique la loi interdise l’interruption volontaire de grossesse (Ivg), cette pratique est très répandue en Haïti.

« Tout le monde sait où se référer », selon les données recueillies en groupe de discussions, lors de l’étude « analyse de situation sur l’accès et la nature des services abortifs et post abortifs dans la région métropolitaine (de Port-au-Prince) ».

Les raisons, qui poussent les femmes à avorter, seraient, en général, économiques, observe Dieudonne Zidor, responsable de plaidoyer à Ideh.

Afin de garantir un accès libre, gratuit et sécuritaire à l’avortement, l’Ideh préconise « la mise en œuvre de programmes d’éducation sexuelle, l’accès aux services de contraception et de planning familial, la permission pour les femmes de négocier leur relation sexuelle ».

La meilleure façon de stopper la mortalité maternelle par l’avortement est d’en garantir l’accès sécurisé, donc sa dépénalisation totale, préconise l’Initiative pour un développement équitable en Haïti.

Un projet de loi a été initié, par le Mspp, au parlement, en vue d’une dépénalisation partielle, c’est-à-dire en cas de viol par exemple.

En relançant le débat sur la dépénalisation de l’avortement, l’Ideh permet aussi de toucher des thèmes, tels « la dépénalisation et/ou légalisation », « dépénalisation de l’avortement, démographie et contrôle de natalité », « avortement et santé publique ». [efd kft rc apr 16/01/2015 11:55]