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Tension et inquiétude à Port-au-Prince

P-au-P., 04 oct. [AlterPresse].- Les habitants de la zone métropolitaine de la capitale haïtienne ont passé la majeure partie de la journée du lundi 04 octobre 2004 dans une atmosphère de tension et d’inquiétude persistantes, après l’arrestation samedi dernier 02 octobre de trois potentats lavalas (les ex-parlementaires contestés Yvon Feuillé, Louis Gérald Gilles et Rudy Erivaux) à l’intérieur de la station privée Radio Caraïbes (cf. Apr : automne chaud).

Dans divers quartiers de Port-au-Prince, notamment au centre-ville, des tirs sporadiques étaient entendus, ont rapporté à AlterPresse des riverains qui appellent à des mesures urgentes pour mettre fin au regain d’angoisse et de stress qui les étreint depuis le 30 septembre 2004.

« Il est temps que le pays revienne à un climat de sérénité nous permettant de vaquer normalement à nos activités quotidiennes. Ce matin, à la Rue Pavée (au cœur de la capitale), au moment où j’allais chercher une chambre à air, la situation était très tendue. Beaucoup de magasins n’avaient pas ouvert leurs portes. Aussi, ai-je vite fait de laisser le bas de la ville », a indiqué à Alter presse un dépanneur de pneus.

Au début de la matinée, les transports publics étaient marqués par un net ralentissement sur différentes artères, tandis que bon nombre de parents avaient préféré garder leurs enfants à la maison par crainte d’éventuels troubles du genre de ceux enregistrés le 30 septembre dernier.

En effet, des barricades de pneus enflammés avaient été posées tôt dans la matinée de ce 4 octobre par des mains inconnues dans des quartiers populaires réputés sensibles et « chauds » dans les moments de troubles, comme dans des endroits adjacents à la Rue Saint-Martin (centre-ville), tandis que des pare-brise de véhicules avaient été à nouveau cassés au bas de la ville. La circulation était fluide à certains endroits et dense dans d’autres apparemment plus sûrs empruntés par les chauffeurs de véhicules privés et publics.

Beaucoup, parmi celles et ceux ayant décidé de braver l’incertitude des rues, conversaient par téléphone pour partager des informations ou se renseigner sur l’état de la situation dans tels quartiers. Ils gardaient également les oreilles rivées aux récepteurs de radio pour avoir les dernières nouvelles diffusées par les principales stations de radio émettant dans la capitale.

De temps à autre, des véhicules de police, ayant des agents lourdement armés et mains rivées à la gâchette, ainsi que des blindés légers et d’autres véhicules de la Mission des Nations Unies de Stabilisation en Haïti (MINUSTAH) étaient aperçus. Visiblement, les membres de la Police Nationale d’Haïti (PNH), se trouvent en position de guerre pour faire face à l’agitation annoncée par les partisans de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide.

Des habitants de la capitale se demandent est-ce que la PNH ne serait pas dépassée, tant leurs actions de prévention et de réactions paraissent timides vis-à -vis de l’ampleur des événements.

Ici et là , ce lundi 04 octobre 2004, des mouvements de panique ont été constatés : des policiers, armes à la main, qui poursuivaient des voleurs de véhicules ; des femmes et hommes qui s’inquiétaient de l’atmosphère lourde entretenue par les tirs nourris répercutés pendant tout le week-end et la matinée dans différents quartiers de la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

Cependant, la peur semble avoir gagné divers professionnels qui doutent de la capacité des autorités à mater les troubles, vu la tendance à l’hésitation et à la maladresse ayant caractérisé leurs décisions au chapitre de la sécurité globale depuis plusieurs mois.

D’aucuns se demandent quelles conditions faut-il remplir désormais pour pouvoir vivre dans ce pays encore agité de soubresauts politiques. D’autres personnes s’interrogent sur la stratégie des bandits, dont des bandes armées lavalas revendiquant en faveur du retour physique de leur président contesté et déchu le 29 février, qui pourraient profiter des troubles pour mettre à exécution leurs sales besognes, comme la liquidation pure et simple de citoyennes et citoyens en vue de parvenir à une paralysie des activités nationales.

Une semaine avant le 30 septembre 2004, des partisans lavalas se vantaient, dans certains milieux, de la planification, par leur parti politique, de troubles à l’occasion du treizième anniversaire du coup d’Etat qui avait renversé leur chef le 30 septembre 1991. Samedi dernier 2 octobre, le gouvernement Alexandre-Latortue a formellement accusé la Famille Lavalas d’avoir orchestré et perpétré les agitations des rues les 30 septembre et 1er octobre 2004.

Des questions fusent également sur les incidences sociales, économiques et culturelles des troubles sur l’éducation, les investissements financiers, les prix des produits essentiels et le tarif des transports publics qui risquent de connaître de nouvelles hausses.

C’est en général, au début de l’exercice fiscal d’octobre, que nombre de commerçants placent des commandes en prévision de la trêve et des fêtes de fin d’année. C’est aussi à partir de cette date que des manifestations artistiques sont planifiées et conclues pour fin décembre et début janvier. Aussi, les prévisions de recettes fiscales risquent-elles d’être revues au regard des récents événements politiques.

Quid des supports financiers attendus de la communauté internationale pour ce début d’automne, au cours d’une période marquée par des catastrophes écologiques (Artibonite, Nord-Ouest et Nord en septembre 2004 ; Sud-Est et Ouest en mai 2004) ?

Déjà , le 1er octobre dernier, au lendemain de l’attaque ayant coûté la vie à des policiers, des chauffeurs de transport public avaient décidé d’augmenter de 50% le tarif pour des trajets à l’intérieur de la capitale. Des écolières et écoliers, qui ne disposaient pas de budget prévisionnel y relatif, ont dû ainsi parcourir de nombreux kilomètres à pied pour regagner leurs domiciles vendredi dernier.

L’angoisse semble aussi régner à la sortie sud de la capitale, où les habitants déclarent avoir souffert d’une fin de semaine de terreur avec les tirs nourris d’armes à feu entendus dans leurs quartiers. Le climat de tension de la semaine dernière avait même causé un retard dans l’approvisionnement de certaines stations d’essence établies au nord de la capitale, vu que les réservoirs de la plupart des compagnies pétrolières desservant le pays se trouvent au sud de Port-au-Prince.

En tout état de cause, des habitants de différents quartiers de la zone métropolitaine ont indiqué à AlterPresse n’avoir pas fermé l’œil durant le week-end écoulé, tant la tension était vive non loin de leurs résidences.

Employés, fonctionnaires et autres membres de personnel de services, qui s’étaient rendus sur leurs lieux de travail ce 4 octobre, discutaient entre eux de la nouvelle flambée de violence et d’insécurité qui tendrait à reléguer, au second plan, le mouvement de solidarité agissant, depuis le 20 septembre 2004 avec la population des Gonaïves (à 171 kilomètres au nord de Port-au-Prince) durement affectée par les intempéries et inondations.

Ce n’est qu’en milieu de journée, ce lundi 04 octobre, qu’une tendance à une reprise timide des activités était perceptible dans la capitale haïtienne.

Entre-temps, la population de la zone métropolitaine s’interroge et attend, sceptique, les nouvelles dispositions de justice et de sécurité à adopter par les autorités provisoires pour rétablir un climat de paix et de confiance susceptible de mener à terme le processus de transition amorcé à la chute du régime lavalas le 29 février 2004. [rc apr 04/10/04 13:00]