Haïti-Dictature/Duvalier : Outiller des journalistes sur la justice transitionnelle

P-au-P, 24 nov. 2014 [AlterPresse] — La recherche de la vérité, les poursuites judiciaires, les réparations et les réformes institutionnelles, après une dictature : tels sont les quatre principaux piliers de la justice transitionnelle, qui ont été mis en évidence dans le cadre de la formation organisée par la Fondation Connaissance et Liberté (sigle créole Fokal), pour une dizaine de travailleurs de la presse, du jeudi 13 au vendredi 21 novembre 2014, a observé l’agence en ligne AlterPresse.

Cette formation a été initiée dans la perspective de mieux aborder, de situer et de comprendre le processus de la justice en Haïti, moins de trois décennies après la fin de la dictature dans le pays.

Elle a été assurée par Thierry Cruvellier, journaliste et chroniqueur judiciaire français, auteur de plusieurs ouvrages sur les questions de justice transitionnelle et les procès de dictateurs et tortionnaires, dont « Les carnets de Phnom Pen : Le maître des aveux » et « Le tribunal des vaincus, un Nuremberg pour le Rwanda ? ».

Ces séances de formation ont eu lieu dans un contexte, où plusieurs victimes du régime des Duvalier, François et Jean-Claude (22 septembre 1957 - 21 avril 1971, 22 avril 1971 - 7 février 1986) sont dans l’attente d’une ordonnance, après l’exigence d’un supplément d’instruction par la cour d’appel de Port-au-Prince.

Le juge Durin Duret Junior de la cour d’appel de Port-au-Prince a été désigné pour instruire l’affaire, plus de huit mois après un verdict en date du jeudi 20 février 2014.

La formation (du jeudi 13 au vendredi 21 novembre 2014) a permis d’outiller les journalistes participants sur plusieurs sujets ayant rapport à la dictature, notamment les consorts (des Duvalier) cités dans le réquisitoire d’informer de 2008, ce qu’ils sont devenus, les motifs pour lesquels l’histoire de la dictature duvaliériste n’a jamais été enseignée à l’école et pour quelles raisons il n’y a jamais eu un mémorial en faveur des victimes de Jean-Claude Duvalier (Baby Doc).

Les questions de réconciliation, de genre, de mémoire et de monuments commémoratifs ont été discutées par les travailleurs de la presse, dans la perspective de restituer les faits et les mécanismes qui devraient être mis en place pour forcer les autorités de l’Etat à sévir contre les auteurs des atrocités, perpétrées sous la dictature des Duvalier en Haïti.

Des mécanismes de justice transitionnelle, tels que les Commissions vérité et réconciliation, devraient être mis en place de manière adéquate, afin d’aborder chacune de ces préoccupations dans le cadre des procédures, pouvant déboucher sur un procès véritable dans le pays, a-t-on ainsi fait valoir.

Cela pourrait permettre à la société haïtienne de retisser les liens, déchirés par la dictature au cours de cette période sombre de l’histoire nationale.

Selon Me Jean Joseph Exumé, avocat des victimes, la meilleure définition de la justice transitionnelle serait celle des Nations-Unies, indiquant : « c’est l’éventail complet des divers processus et mécanismes, mis en œuvre par une société, pour tenter de faire face à des exactions massives, commises dans le passé, en vue de rétablir les responsabilités de rendre la justice et de permettre la réconciliation ».

« C’est une autre forme de justice, qui est différente de la justice traditionnelle. C’est une justice qui est limitée dans le temps », a fait savoir Jean Joseph Exumé lors de la formation.

« Cette formation me met sur des pistes de recherches sur des femmes, qui ont été victimes de violence, sous le régime duvaliériste, alors que c’est un sujet méconnu du grand public », estime la responsable de la rédaction de la revue trimestrielle Publicad’Elle, Darline Gilles.

Cependant, pour le journaliste Lafontaine Orvild, par rapport à la conjoncture actuelle du pays, il n’y a pas lieu de parler de la justice transitionnelle dans le pays.

« Car parler de la justice transitionnelle, c’est parler d’une alternative où l’ensemble de l’Etat joue ses rôles régaliens. Le pouvoir judiciaire n’est pas indépendant. Donc, il est clair qu’on ne peut pas parler de justice transitionnelle », critique Orvild.

Près de trente ans après la dictature, les victimes n’ont pas obtenu justice, les anciens bourreaux n’ont pas été jugés. On ne saurait parler de la justice transitionnelle (à l’heure actuelle). C’est une lueur, un rêve, une utopie, faut-il bien qu’il y ait une transition vers un autre système dans le pays.

Les participantes et participants à la formation ont, toutes et tous, exprimé leur attente d’un procès équitable sur la dictature de Jean-Claude Duvalier en Haïti. [jep kft rc apr 24/11/2014 14:10]