Haïti-Politique : Une manifestation de l’opposition violemment dispersée par la police

Par Emmanuel Marino Bruno

P-au-P, 17 oct. 2014 [AlterPresse] --- Une manifestation de l’opposition a été dispersée par des tirs nourris de la police et à coup de gaz lacrymogènes à Delmas (périphérie nord), ce vendredi 17 octobre 2014, à l’occasion du 208e anniversaire de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, fondateur de la nation haïtienne, a constaté AlterPresse.

Dénonçant la « mauvaise gestion » de l’équipe au pouvoir, des milliers de manifestants ont parcouru plusieurs rues, avant d’être dispersés par des agents de l’Unité départementale de maintien de l’ordre (Udmo), qui les ont empêchés de se rendre à Pétionville (périphérie est), le lieu de leur destination.

Mécontents, ils ont critiqué le comportement jugé « arbitraire » de la police qui serait, disent-ils, « au service du pouvoir en place ».

Cette dispersion de la manifestation par la police est une violation du droit des filles et fils de Dessalines, condamne le porte-parole du Mouvement patriotique de l’opposition démocratique (Mopod), Turneb Delpé, dans des déclarations faites à AlterPresse.

« Le pouvoir agit de la même façon que l’ancien chef d’Etat (Alexandre) Pétion (autre héros national) qui a fêté l’assassinat de Dessalines, alors que nous célébrons sa vie », dénonce-t-il, appelant à poursuivre la mobilisation contre l’équipe au pouvoir.

« Nous allons rendre visite à Pétion », ont scandé les manifestants, dont certains ont critiqué le fossé entre les classes sociales, divisées en « gens d’en haut et masses défavorisées ».

Cette division, selon eux, serait accentuée par le président Michel Martelly vu comme un adepte de Pétion, considéré comme l’un des « comploteurs » dans l’assassinat de Dessalines.

« Haïti est ouverte à la corruption. Le peuple s’enfonce dans la misère. Les filles et les fils de Dessalines, mobilisons-nous », pouvait-on lire sur des pancartes.

Munis de branches d’arbres, les protestataires ont exigé le départ de Martelly qui se révèle, disent-ils, « incapable » de diriger le pays.

Partis de l’église catholique romaine Notre Dame du perpétuel secours (centre de la capitale), la foule a rapidement grossi après avoir rejoint un autre groupe qui attendait près des ruines de l’église Saint-Jean Bosco, toujours au centre-ville.

Ensuite, ils ont sillonné plusieurs autres quartiers populaires, dont La Saline et Saint Martin.

Arrivée à Delmas 2, la manifestation a été bloquée momentanément par la police qui a ordonné un changement d’itinéraire.

« Nous mettrons le feu s’ils (les policiers) s’avisent de tirer sur nous », lâchent des manifestants en colère, applaudis, par moment, par des riverains tout le long du parcours.

Quelques minutes après, la police a fait usage de gaz lacrymogènes contre la foule surchauffée, l’obligeant à faire demi-tour.

Les manifestants ont parcouru les quartiers Delmas 18, Sans fil, Solino, avant d’être éparpillés violemment par la police à Delmas 30.

Un peu secoué par l’effet nocif des gaz lacrymogènes, l’avocat André Michel, farouche opposant au pouvoir en place, en a profité pour rappeler la vision de Dessalines, qui luttait contre la misère, le chômage et les mauvaises conditions de vie de la population.

« Martelly fait souffrir le peuple, c’est inacceptable », s’insurge-t-il.

Durant le défilé, des militants ont évoqué une tentative supposée du gouvernement de boycotter la mobilisation de l’opposition en tentant d’acheter la conscience de certains habitants du Bel-air, le quartier de départ du mouvement.

Un stand de courtoisie de la mairie de Port-au-Prince et du ministère des affaires sociales a été installé devant l’église Notre Dame du perpétuel Secours, en vue d’organiser des activités musicales à l’occasion de la célébration du 208e anniversaire de Dessalines.

Le nom du ministre de la communication, Rudy Hérivaux, a été cité comme l’un des éventuels instigateurs de ce boycott.

« Ne vous y trompez pas, ce que nous donne Martelly ne peut pas nous empêcher de manifester », lâche, l’air méfiant, une personne interviewée par AlterPresse sur le stand.

« Secteurs populaires de Bel-air, Dessalines, père de l’unité », pouvait-on lire sur une planche.

Alors que l’opposition était dans les rues, le gouvernement a, parallèlement, organisé un festival de musique, auquel devaient prendre part de grands groupes musicaux et Dj ainsi que plusieurs bandes à pied.

Au cours de la semaine, une rencontre entre Martelly et six partis politiques de l’opposition en vue d’une issue à la crise préélectorale a avorté. [emb gp apr 17/09/2014 21:30]