Unfpa : L’Uruguayen Gabriel Bidegain, partagé entre démographie et amour d’Haïti (Multimédia)

Portrait

Par Edner Fils Décime

P-au-P, 30 août 2014 [AlterPresse] --- Travaillant en Haïti, comme conseiller technique principal à la branche du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa), l’uruguayen Gabriel Bidegain arrive en fin de mission.

Bidegain laisse sa fonction officielle avec le sentiment d’être « un Haïtien natif natal » (autochtone, de pure souche), confie-t-il à AlterPresse.

« J’étais à New-York. Je suis venu [à Unfpa] le 1er avril 1995 et je suis encore là. Je me sens natif natal », déclare le démographe qui a 26 ans de carrière dans le système des Nations Unies.

Vêtu d’une chemise à carreaux bleus et blancs et muni de sa cravate bleue, Bidegain, les larmes aux yeux, affirme avoir été « honoré de travailler et de vivre ici [en Haïti] », lors d’une visite à AlterPresse, le jeudi 28 août 2014.

Ce sont les « Haïtiennes et les Haïtiens qui ont fait le travail ».

« Je n’ai donné qu’un coup de main » dans le travail démographique en Haïti, insiste le démographe uruguayen, au terme de sa mission dans la république caribéenne.

Le désormais ancien conseiller technique de l’Unfpa indique avoir « parcouru les 140 communes » du pays.

« J’ai été toupatou (partout) », renchérit-il.

« Je peux parler de Môle Saint-Nicolas (Nord-Ouest) jusqu’à Peredo (Sud-Est), de Saut d’Eau (Plateau central) jusqu’à Port-Salut (Sud), de Fort-Liberté (Nord-Est) jusqu’à Gonaïves, Ennery (Artibonite). J’aime bien Saint-Michel de l’Attalaye (Artibonite). Je peux parler de n’importe quelle commune, y compris de La Gonâve, de l’Ile-à-Vache », dit-il avec une pointe de fierté, mêlée d’émotions.

Il regrette de n’avoir pas pu, toutefois, visiter La Navase. Il ne compte pas lâcher prise, malgré tout.

« J’ai monté les mornes, parcouru les plaines, visité les plages et des îlots. Mais pas encore la Navase. J’espère y aller un jour et défendre les droits des Haïtiennes et Haïtiens », souhaite-t-il avec conviction.

Bidegain et la démographie sur le chemin des données et des ressources humaines en Haïti

Quand Bidegain est arrivé, en 1988, au pays, « il y avait des problèmes » de données et de ressources humaines.

Aujourd’hui, « il y a beaucoup de données. Et des ressources humaines qualifiées aussi », souligne Gabriel Bidegain, en fin de mission en Haïti.

Il se rappelle, comme si c’était hier, les « recensements, enquêtes » qu’il a menés avec des Haïtiennes et Haïtiens, notamment ceux effectués dans les camps de personnes déplacées après le Goudougoudou [le tremblement de terre du mardi 12 janvier 2010] ».

A travers le ministère de l’économie et des finances (Mef) et l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (Ihsi), la république d’Haïti a pu mener des enquêtes sur les conditions de vie et l’Enquête mortalité, morbidité et utilisation des services (Emmus V), commanditée par le ministère de la santé publique et de la population (Mspp) et financée par l’Unfpa, se réjouit Bidegain.,

En 1999, Bidegain a été le fer de lance du Programme d’études, post-gradué en population et développement (Pepode), devenu, peu de temps après, Centre en population et développement (Cepode) et finalement transformé en un programme de Maîtrise en population et développement (Mapode) à la Faculté des sciences humaines (Fasch) de l’Université d’Etat d’Haïti (Ueh).

Le Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp), l’Ueh, via la Fasch et le Centre de techniques de planification et d’économie appliquées (Ctpea), le Ministère de la planification et de la coopération externe (Mpce), la Division de population des Nations Unies, le bureau régional de l’Unfpa, l’Institut national d’études démographiques (Ined, France) ont beaucoup contribué à la mise en oeuvre de ce programme de maîtrise en population et développement.

« Certains y ont fait leur chemin. D’autres sont passés au niveau des grandes universités européennes et américaines, jusqu’au doctorat, post-doctorat. Je suis fier de cette avancée. Il y en a qui sont députés, directeurs généraux ou fonctionnaires d’institutions nationales ou internationales », confirme Bidegain, signalant qu’avant tout, « c’est une décision d’Haïti », à la mise en oeuvre de laquelle il a « simplement aidé ».

Le statisticien-démographe haïtien et professeur d’université, Jacques-Hendry Rousseau, n’a-t-il pas raison de dire combien « la démographie haïtienne, tant dans le domaine de la formation que dans celui de la recherche, perd un ambassadeur auprès des instances internationales, des universités étrangères, des associations de scientifiques à travers le monde et des bailleurs de fonds ».

Au début des années 2000, Gabriel Bidegain a établi, avec l’aide de consultants nationaux, un inventaire de toutes les études réalisées en matière de population en Haïti.

Il a compris, dès le départ, la nécessité de disposer d’une documentation valable et de références bibliographiques sûres pour la réalisation des travaux de recherche, poursuit Rousseau, dans ses « témoignages d’au revoir à Gabriel Bidegain ».

Bidegain a participé dans plusieurs activités autour de la démographie haïtienne : dans la mise en place de structures, ou de la collecte et de la disponibilité de données sociodémographiques et économiques. [jsr efd emb
rc apr 30/08/2014 1:10]

Enregistrement et montage vidéo : Jude Stanley Roy