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Coopération énergétique entre Haiti et Trinidad - Préoccupations au sein du mouvement social

P-au-P, 4 aout 2014 [AlterPresse] --- Le gouvernement a annoncé la semaine dernière la signature de quatre accords avec Trinidad & Tobago pour l’exploration et la recherche pétrolière en Haïti, soulevant l’inquiétude de plusieurs organisations du mouvement social, constate AlterPresse.

Un protocole d’accord en matière de développement énergétique a été signé en marge du Sommet CARICOM-Japon, par le ministre du Commerce et de l’industrie Wilson Laleau et le ministre trinidadien de l’énergie, Kevin Ramnarine, le lundi 28 Juillet 2014, à Port d’Espagne. Selon une communication officielle de la présidence, « ce protocole d’accord prévoit le développement d’une coopération bilatérale dans le domaine de l’énergie ».

A travers ce protocole, il s’agit d’établir un partenariat commercial entre les deux pays pour la construction et la gestion d’un Port moderne à Miragoâne (Nippes/sud-ouest), la construction d’une usine de fabrication de bonbonnes de gaz propane, Gaz de Pétrole Liquéfiés (Gpl), l’approvisionnement en produits pétroliers en provenance de Trinité-et-Tobago, l’Etablissement de stations-service de la marque trinidadienne « National Petroleum » (NP) en Haïti, ainsi que l’exploration et la recherche pétrolière en Haïti.

La situation exige une certaine transparence dans la mesure où l’Etat haïtien n’a même pas la capacité de contrôler l’organisme en charge de ces contrats d’exploration, à cause de la faiblesse des institutions haïtiennes, estime l’économiste Camille Chalmers, directeur de la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda).

« Il y a du pétrole en abondance en Haïti », souligne l’économiste, ajoutant qu’il semblerait que les nappes pétrolières en Haïti soient en de très grandes profondeurs.

« Il n’y a aucune information précise sur ce dossier, il n’y a aucune transparence sur ce dossier. Ainsi, la volonté du gouvernement pour faire de l’exploration peut-elle être compréhensible », s’interroge Chalmers.

D’après l’économiste, un contrat a déjà été signé avec une firme Sud-Africaine, qui normalement devrait déjà fournir son rapport sur ce dossier, sur le contenu de ce qui existe dans le sous-sol en termes de gisements métalliques et non métalliques.

En général, « ces travaux d’exploration sont très couteux, ce sont des travaux qui doivent se faire sous certaines conditions. Or, il est très important que les communautés qui sont concernées par ces travaux d’exploration soient informées pour connaitre la probabilité de retrouver ces ressources, et que leurs droits soient respectés- puisque ce sont les communautés qui sont en général victimes de ces explorations », explique Camille Chalmers.

L’exploitation des ressources du sous-sol haïtien suscite des préoccupations. Outre les risques de déplacement de populations, les conséquences sur l’agriculture, l’environnement, les risques sanitaires, c’est la capacité de l’Etat haïtien à défendre les intérêts du pays qui est en jeu.

Haiti dépend encore largement de l’aide de certains pays ou institutions internationales, à l’image de la Banque mondiale, qui ont des liens avec les multinationales qui veulent exploiter les richesses minières.

De toute évidence, la question de la transparence est essentielle, surtout qu’il s’agit de décisions qui pourraient conditionner l’avenir même du peuple haïtien, souligne Chalmers.

Des indices font état de gisements de pétrole dans la Plaine du Cul de Sac et le Golfe de la Gonâve. Il y a même des plaques qui auraient été placées par des entreprises américaines au cours du 20e siècle, selon quelques informations disponibles.

D’après le professeur Camille Chalmers, le Collectif justice mines (une plateforme de plusieurs organisations dont la Papda) réalise actuellement une étude systématique sur la question minière dans le pays. Bientôt un rapport détaillé sera publié avec une cartographie actualisée sur les positions minières, promet-il.

Le Collectif justice mines est composé de la Papda, du Mouvement démocratique populaire (Modep), de Défenseurs des opprimés (Dop), de Tèt kole ti peyizan ayisyen et de la Plateforme des organisations haïtiennes de droits humains (Pohdh). [jep kft gp apr 04/08/2014 10 :05]