Haïti-Musique : Penser à l’avenir du hip hop en renforçant les jeunes pratiquants

Par Edner Fils Décime

P-au-P, 30 juin 2014 [ AlterPresse] --- Le rappeur haïtien Valckensky Dessin (K-libr Mystik) et le groupe français « Milk, Coffee and Sugar (Mcs) » ont reçu en atelier de formation et d’échanges, sous le patronage de l’institut français d’Haïti (Ifh), à Port-au-Prince, les 27 et 29 juin 2014, des jeunes pratiquants du hip hop en Haïti.

Ecriture et composition musicale ont été au cœur des discussions.

Plus d’une vingtaine de jeunes rappeurs, slameurs, beatmakers, Dj se sont montrés enthousiastes à partager ce qu’ils savent déjà faire et tout ouverts à recevoir les conseils de ces ainés ayant fait des scènes nationales et internationales afin d’améliorer leur art.

Malheureusement, aucune femme ne s’est inscrite à cet atelier, regrette Gael Faye de Milk, Coffee and Sugar.

K-libr est essentiellement dans le rap alors que les membres de MCS sont dans le slam ou d’autres genres hybrides de la culture hip hop.

Accompagnés des musiciens de « Milk, Coffee and Sugar », rap et slam ont tour à tour servi aux participants dans la salle de création musicale de l’Ifh.

Le slammeur Sabry Iccénat veut « se remettre en question pour s’améliorer » alors que le jeune rappeur archelois, Seïde Velos, espère « égaler le talent de K-libr voire le dépasser ».

Des improvisations, des morceaux connus par cœur sur des thèmes aussi variés que l’amour, le « moi », la situation du pays ou de la capitale, le questionnement du devenir, la conception du monde ont permis de mettre en exergue « la richesse et les consistances » de la pratique des participants.

Au détour d’une déclaration d’existence « dis-leur que j’existe » un participant lance « dis aux paysans que la réponse ne viendra pas. Dis au président d’attendre la Saint-Valentin pour faire flotter son drapeau rose ».

Tous les participants se disent « honorés et heureux » de faire partie de l’atelier surtout à l’idée de partager la scène du concert du 29 juin 2014 avec K-libr et les « Milk, Coffee and Sugar ».

Valckensky Dessin (k-libr) l’un des fers de lance de ce projet y met beaucoup d’énergie et attend grand.

« Cet atelier me permet de me dire que j’ai contribué un peu à élever le niveau. A professionnaliser le milieu hip hop en Haïti hyper malade où la compétence, où les véritables techniques, les lois fondamentales de ce type de création font défaut », déclare K-libr reconnu par la critique comme « rappeur conscient ».

La situation vulnérable des pratiquants n’est pas sans lien avec la médiocrité qui sévit dans le secteur. C’est un milieu très informel où il suffit qu’on ait de l’argent, des accointances pour pousser n’importe quel produit. Du coup, on n’a pas besoin de qualité, selon Dessin.

Pour K-libr, en dépit de tout, il « y a beaucoup d’espoir » dans le rap pour les jeunes.

« Enthousiasmé », présentant les membres de son groupe comme « des admirateurs d’Haïti depuis très longtemps à travers la littérature », Faye, franco-rwandais de Mcs soutient que « participer à cet atelier permet de confronter regards, points de vue, similitudes sur les pratiques et c’est enrichissant ».

Celui qui a croisé le chemin de Edgard Sebloka, franco-camérounais- beninois sur le morceau « restavèk » estime qu’il y a « beaucoup de talents en termes d’écriture, de déclamation, de scansion et de musicalité » chez les pratiquants haïtiens.

De manière classique, le hip hop est considéré comme une culture d’une certaine jeunesse urbaine composée de 4 éléments fondamentaux que sont la danse « break-danse », la peinture « le graffiti », le Djiing et le rap comme son expression musicale première.

Cette culture est introduite en Haïti durant la période post 1986, après le départ du dictateur Jean-Claude Duvalier. Période marquée par une sorte de libération de la parole et des formes d’expressions populaires en général.

La paternité du rap haïtien – Hip hop par synecdoque – est accordé à Georges Lys Hérard dit « Master Dji » ayant sorti son premier morceau rap « Tann pou tann (il faut attendre) en 1984. Quoique c’est « Sispann (Assez) » qui le popularisera en 1987.

Cependant, on peut retrouver des prémices du rap dans les chansons de « compas mamba » de Coupé Cloué notamment à travers « les prêches » de Gesner Henri. [efd kft gp apr 30/06/2014 05 :50]