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Haïti-Agriculture : Abondante production de mangues non acheminées vers les marchés

Par Emmanuel Marino Bruno

P-au-P, 10 juin 2014 [AlterPresse] --- Une grande quantité de mangues pourrissent dans les départements situés au Nord du pays, indiquent plusieurs observateurs interrogés par l’agence en ligne AlterPresse.

« Maintenant, nous sommes au maximum de la production de mangues. La plupart d’entre elles pourrissent, parce qu’elles ne se vendent pas à temps », signale le président de la Coopérative pour la production et la commercialisation de la mangue Francisque à Gros Morne (Artibonite), Thierry Desnor, lors d’une interview accordée à AlterPresse.

Infrastructures, encadrement... et mouches

L’absence d’infrastructures routières adéquates empêche le transport de ces mangues vers les marchés départementaux et entraîne, du coup, la perte d’une partie de la production, fait savoir Desnor qui appelle les autorités à améliorer l’état des routes de Gros Morne pour faciliter un meilleur accès aux mangues.

Toutefois, il applaudit les actions mises en œuvre pour débarrasser les mangues des verres de mouche.

En 2007, le problème de la mouche du fruit a suscité un arrêt momentané de l’exportation de la mangue d’Haïti vers les Etats-Unis d’Amérique.

La mangue Francisque, qui jouit actuellement d’une très bonne production à Gros Morne (département de l’Artibonite), se vend bien sur le marché national et est également exporté, précise-t-il.

Les volumes de mangues Francisque, transitant par les circuits formels d’exportation, sont annuellement de l’ordre de 6 à 10 mille tonnes métriques (tm).

Généralement, les mangues de Gros Morne sont achetées par les madan sara (commerçantes grossistes) qui vont les vendre notamment à Saint-Louis du Nord (Nord-Ouest), Anse Rouge, Gonaïves (Artibonite) et Port-au-Prince (Ouest).

« Gros Morne est l’endroit qui fournit une des meilleures qualités de mangue. Cette filière représente une source principale de revenus pour les habitantes et habitants », souligne Desnor.

A Milot (Nord), les mangues pourrissent également. Cette commune est réputée pour la production de la mangue Jean-Marie.

Christophe Toussaint, membre du Conseil d’administration de la première section communale (Casec) de Milot, déplore une absence d’investissement et d’encadrement aux productrices et producteurs pour la production et la conservation des mangues.

Il plaide aussi en faveur de la mise en place, dans cette commune du Nord, d’une usine de transformation et d’exportation des mangues.

La filière de mangues, une industrie qui survit

Le nombre d’emplois, créés dans cette filière, est estimé à plus de 500 mille durant la saison des mangues, révèle une recherche menée en mars 2012 dans le cadre d’un projet lié au Système de financement et d’assurance agricole en Haïti (Syfaah).

« Filière mangue et opportunités pour un crédit sécurisé » est le titre du projet, ayant impliqué le Ministère de l’agriculture, des ressources naturelles et du développement rural (Marndr).

Jusqu’en 1997, la république d’Haïti occupait la place de seconde fournisseuse de mangues des Etats-Unis d’Amérique, après le Mexique, et devant le Brésil.

En 2006, la quantité de mangues, exportées vers les Etats-Unis d’Amérique, dépassait les 2,5 millions.

Le pays se retrouve aujourd’hui à la sixième place, après le Pérou, l’Équateur et le Guatemala. [emb kft apr 10/06/2014 02:00]