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Haïti-Rétrospectives mai 2014 : Un bon coup de balai

P-au-P, 5 juin 2014 [AlterPresse] --- Arracher les mauvaises herbes, faire place nette.

On dit souvent cela quand il y a quelque chose à corriger, nettoyer, dont il faut se débarrasser. Et c’est bien la tendance qui s’est dessinée en mai 2014, un mois qui n’a pas été en reste de convulsions.

Un peu plus de six cent policiers, représentant 5% de l’effectif de la police, risquent d’être renvoyés, selon ce qu’annonce l’inspection générale de la Police nationale d’Haïti (Pnh), promettant un rapport de vetting.

Déjà quarante-quatre policiers ont été renvoyés de l’institution en avril 2014.

La possibilité de renvoyer également certains membres du Conseil électoral provisoire (Cep), formé par arrêté le 6 mai par le président Michel Martelly, émerge. Le président du Sénat Dieusseul Simon Desras multiplie les interventions dans les médias et la vieille querelle entre les parlementaires et Martelly enfle.

Le Conseil, fonctionnant avec 7 membres, sort un pré-calendrier électoral tout de suite rejeté par l’opposition.

Pour plusieurs partis politiques et sénateurs, Martelly a déjà le Cep dans la poche et cela n’augure rien de bon pour les élections.

La branche de l’opposition, représentée par le Mouvement patriotique de l’opposition démocratique (Mopod) et la Force patriotique pour le respect de la Constitution (Foparc), tentent une incursion dans le périmètre du palais national le 14 mai.

Ce jour-là, Martelly célèbre ses trois ans au pouvoir sous le ton du « progrès ». La manifestation est violemment dispersée par la police.

Par la suite, le samedi 17 mai, le porte-parole du Foparc, Rony Timothée, est arrêté. Les autorités lui reprochent incendie de véhicule et incitation au crime. Son arrestation est immédiatement vue comme une stratégie du pouvoir pour détruire le mouvement de protestation de l’opposition.

D’autre part, Rony Colin, directeur général de la Radio-Télé Zénith se retrouve devant les tribunaux à l’initiative du Conseil national des Télécommunications (Conatel).

Parallèlement à la scène politique haïtienne, le quotidien des Haïtiens se fige dans des actions, souvent tragiques.

A El Limon, localité frontalière, un Dominicain, dont le père a été assassiné, sème la terreur, attaquant les voyageurs haïtiens avec une machette.

Au centre ville de Port-au-Prince, un second séisme, aux dires des riverains, débute le samedi 31 mai. Le gouvernement commence la démolition des bâtiments et maisons, situés dans une zone déclarée d’utilité publique après le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Des gens assistent à la disparition de leurs maisons ou leurs commerces. Des jeunes en profitent pour emporter le fer, mis à nu par le béton en miettes.

Des pillards s’introduisent dans des bâtiments encore debout et se servent sans merci. Une partie de Port-au-Prince s’en va ainsi, à la petite semaine, dans un nuage de poussière.

A l’Ile-à-Vache (Sud), où le gouvernement met en œuvre un projet touristique, plusieurs habitations sont détruites pour laisser la place à un port dans le village de pêcheurs Madan Bernard.

Alors que le gouvernement installe une commission Haïti-Onu pour combattre le choléra et qu’une seconde campagne de vaccination contre la bactérie mortelle se profile, le Chikungunya fait rage.

En quelques semaines, des milliers de personnes sont infectées. Des institutions entières sont désertées de leurs employés.

Les hypothèses les plus folles circulent sur l’origine de la maladie baptisée Kase lè zo par les Haïtiennes et Haïtiens, notamment sur les réseaux sociaux. Tour à tour, on accuse les Américains, le premier ministre Laurent Lamothe, le fils du président Olivier Martelly qui a sorti une meringue ayant pour titre le nom donné à la maladie… et même Dieu.

Pour l’instant, aucun vaccin n’existe contre le Chikungunya qui, a priori, ne tuerait pas.

Mais plusieurs personnes non malades ont ingurgité du paracétamol et de l’alcool, pensant ainsi se prémunir. A long terme, c’est peut-être beaucoup d’autres problèmes de santé publique que le pays aura à adresser.

Un pays, dont le lot de préoccupations ne cesse point d’augmenter. Comme la nouvelle, qui a fait peu de bruit, sur le renvoi en correctionnel, par une ordonnance, des députés Rodriguez Séjour et MZou Naya Jean-Baptiste, considérés auteurs intellectuels de l’assassinat de Walky Calixte, un policier.

Comme l’éventuelle découverte de l’épave de la Santa Maria près du Cap-Haitien, et les questions qu’elle soulève en termes d’intervention de l’Etat dans toute action touchant au patrimoine.

Comme l’assujettissement, encore cette année, de la production agricole haïtienne aux éléments naturels, tels la pluie. Un rapport, le 16 mai, de la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (Cnsa) indique que la campagne agricole pourrait être bonne, mais seulement si la pluie continue de tomber avec le même rythme enregistré depuis mars 2014.

La saison des pluies s’arrête en mai.

En juin, c’est la fin de la période de soudure agricole et le début de la saison cyclonique.

Avec la coupe du monde au Brésil ce même mois de juin 2014, certains escomptent une trêve politique.

Tout reste à jouer, à perdre ou à gagner. [kft gp apr 5/06/2014 10:00]