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Haïti-Reconstruction : Opérations de démolition de bâtiments et de maisons au centre de Port-au-Prince

Par Stephen Ralph Henri

P-au-P, 02 juin 2014 [AlterPresse] --- La foule est immense, observe l’agence en ligne AlterPresse.

Composée de curieux, de propriétaires ou de simples locataires fraîchement délogés et surtout, en grande majorité, de grappilleurs de tôles, de bois, de fer, voire d’ustensiles, elle fait penser à une industrie qui ouvre, à peine, ses portes.

Les pillards, qui profitent de la situation, sont très virulents et menacent verbalement les journalistes qui s’avisent de les prendre en photos.

Un locataire, qui résistait aux manoeuvres d’un pillard armé, se voit le visage ensanglanté par une pierre, lancée sur lui par le bandit.

Rapidement, le locataire s’arme d’une machette pour essayer de retrouver son assaillant. Des policiers nationaux l’interceptent et le dissuadent de mettre à exécution son désir de vengeance.

Les journalistes et cameramen observent avec attention ce qui se passe...

Le processus de démolition des maisons - dans les rues du Champ-de-Mars, de la Réunion, Saint-Honoré, et de l’Enterrement (centre de la capitale) - a débuté au cours de la journée du samedi 31 mai 2014.

Les opérations de démolition de maison se poursuivaient encore le lundi 2 juin 2014 dans un périmètre déclaré d’utilité publique après le tremblement de terre de janvier 2010.

Les citoyennes et les citoyens, pris à l’improviste, parlent d’un tremblement de terre.

Opérations sens dessus dessous

Dans un nuage de poussière, une démolisseuse du ministère des travaux publics, transports et communications (Mtptc) rase les maisons, sous l’œil d’agents de force de l’ordre qui poursuivent les ramasseurs cherchant à piller les maisons non encore détruites.

Des agents de la protection civile sont aussi présents sur les lieux, juste pour demander à « celles et ceux, qui ne sont pas concernés par les opérations, de laisser les lieux ».

Ce discours semble tomber dans des oreilles de sourds, car chacun se montre profondément concerné suivant ses intérêts.

« Nous avons besoin de bois, de fer et de bouts de fil afin de les vendre pour rentrer de l’argent », lance un jeune grappilleur, marteau en main.

Pour ce jeune homme, ce n’est rien d’autre qu’une expulsion.

Sitôt chaque maison détruite, une vague de ces jeunes hommes déferle, marteaux et pinces en mains.

Tout peut servir de manne, même des bouteilles.

Les riverains se plaignent

Piquant est un habitant de la zone. Il vient de perdre une petite entreprise qui lui permettait de payer son loyer annuel de 50 mille gourdes (US $ 1.00 = 46.00 gourdes ; 1 euro = 65.00 gourdes aujourd’hui).

« Vous me laissez avec quoi (…) ? Avec quoi, vais-je payer l’écolage des enfants ? », demande-t-il aux autorités.

« Martelly est un président sans foi ni loi », ajoute cet homme.

Il n’est pas le seul : Charles habite la zone depuis 1956, il est locataire.

Il rappelle à Michel Martelly qu’il lui avait accordé son vote « pour le bien et non pour le mal ».

Dodo est père de deux enfants.

Pour lui, le gouvernement devait attendre la fin de l’année académique. Il craint que ses filles ne finissent pas, en bien, l’année scolaire 2013-2014.

Pour Jacky, qui est allé se réfugier chez une sœur habitant en Plaine du Cul-de-sac, cet évènement lui rappelle le tremblement de terre du 12 janvier 2010, tant par l’image de la destruction que par la surprise provoquée par le déroulement des opérations de démolition.

Propriétaire, héritier de sa mère, Anderson reconnaît avoir rencontré les autorités, au bureau d’un notaire de la capitale.

Il est surpris de voir qu’il n’a pas été averti des opérations de démolition des maisons.

« Je n’ai pas encore reçu de dédommagement », précise-t-il.

D’autres propriétaires soutiennent n’avoir reçu aucun dédommagement des autorités.

Elles auraient promis de les dédommager, une fois finies les opérations de démolition.

Le processus régulier d’indemnisation serait achevé, sauf pour celles et ceux qui pourraient présenter des papiers corrects, dont des titres de propriétés, selon une source auprès du bureau du premier ministre. [srh kft rc apr 02/06/2014 15:45]