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Haïti–Genre : Education et participation politique des femmes

P-au-P, 26 mai 2014 [AlterPresse] --- Dans un contexte, où les femmes et les féministes semblent être davantage décidées à participer dans les espaces politiques et décisionnels – en témoigne l’inscription du principe du quota dans la Constitution de 1987 dite amendée –, la problématique du rapport éducation/participation politique des femmes semble actuelle.

« On ne peut pas réfléchir sur la question du genre, ni se passer de l’éducation, et vice versa. Car, c’est à travers l’éducation que la personne reçoit et intériorise un ensemble de normes, pour se comporter en fille ou en garçon », souligne Julien Sainvil, sociologue du genre et professeur à l’université d’Etat d’Haïti (Ueh).

En fait, le genre est une sorte de sexe social. Les sociologues disent que cette catégorie permet de cerner les rôles sexuels.

Le genre inclut les valeurs, les attitudes et comportements, qu’une communauté ou une société juge comme appropriés à un sexe ou l’autre, selon le Glossaire sur le genre de l’organisation féministe Kay Fanm.

Les filles dans les espaces politiques scolaires

« Dans les écoles mixtes, les filles doivent déployer beaucoup d’efforts, avant d’être reconnues dans l’espace public scolaire. Elles doivent être appliquées, faire montre de leadership. L’électorat scolaire mixte est plus exigeant envers les filles que les garçons, qui, des fois, n’ont besoin que de leur grosse voix pour gagner une élection de classe », raconte Lourdes Edith Joseph Delouis, enseignante et responsable de la confédération nationale des enseignantes et enseignants haïtiens (Cneh).

Les comités de classes sont des espaces politiques, dans lesquels les élèves font, dans une certaine mesure, un apprentissage politique. Pour y être élu, il faut faire campagne, participer à des débats, etc.

Sainvil croit que le système éducatif haïtien est « formaté » de manière à conforter la division sexuelle des espaces.

L’espace privé domestique revient aux femmes et l’espace public rationnel est l’apanage des hommes.

« Il est donc normal que les femmes ne soient pas outillées de la même manière que les hommes dans l’évolution dans l’espace public. L’éducation des femmes ne les a pas préparées pour cet exercice », poursuit-il, soulignant combien les associations scolaires sont dominées par des mâles et, quand les femmes sont présentes, elles ont des « fonctions subalternes ».

Quelle école haïtienne ?

Le sociologue Sainvil n’y va pas dans la dentelle.

« L’école haïtienne est foncièrement genrée », lance-t-il.

Pour étayer sa thèse, le professeur de sociologie politique à la faculté des sciences humaines (Fasch), rappelle comment les premiers lycées haïtiens ont été destinés aux garçons et que des lycées pour filles vont être créés, seulement après 1950, à la faveur des luttes féministes.

« On peut même dire que l’Etat n’a même pas pensé la femme comme être scolarisable », avance Sainvil.

Ne voulant pas accuser l’école comme principale responsable, Lourdes Edith Joseph Delouis voudrait élargir la problématique.

Elle voit plutôt l’explication du frein à la participation politique des femmes dans « une tendance sociale générale à bloquer les femmes ».

Quoique consciente que, de nos jours, de plus en plus de filles sont scolarisées et que les parents prennent conscience de l’éducation de leurs progénitures, Jessie Benoît du Mouvement des femmes haïtiennes pour l’éducation et le développement (Moufhed) questionne la finalité de l’éducation reçue.

« Restent-elles à l’école ? Est-ce que le système les aide à progresser ? Leurs capacités sont-elles renforcées » ?, se demande Jessie Benoît.

Une éducation égalitaire reste la porte de sortie, selon plusieurs féministes.

Cependant, une lutte concrète, à moyen et à long terme, doit être aussi envisagée, avec comme revendication la parité politique ou le quota, nuancent d’autres. [efd kft rc apr 26/05/2014 0:50]