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Haïti-Justice/Gouvernement : Le militant politique Rony Timothée, toujours pas auditionné après 6 jours d’incarcération

P-au-P, 22 mai 2014 [AlterPresse] --- Après 6 jours d’emprisonnement, le militant politique Rony Timothée, l’un des farouches opposants au régime du président Joseph Michel Martelly, n’a toujours pas été présenté devant ses juges naturels, contrairement aux prescriptions de la Constitution.

« Nous sommes en concertation en vue d’une stratégie d’action pour la libération de Rony Timothée », indique à AlterPresse Me. André Michel, l’un des avocats du désormais « nouveau prisonnier politique » de l’actuelle administration.

Qualifiant d’arbitraire et d’illégale l’arrestation du militant politique Rony Timothée – opérée un samedi après-midi dans l’objectif de l’enfermer en prison à dessein, pour satisfaire les velléités autoritaires du gouvernement, plusieurs voix s’élèvent à travers le pays pour exiger sa libération.

Les mêmes voix dénoncent l’inféodation du système judiciaire à l’actuelle administration, qui tend à politiser la police nationale.

Sous l’accusation de « provocation au crime et incendie de voiture », Timothée a été arrêté, sur la route de l’aéroport international de Port- au-Prince, dans l’après-midi du samedi 17 mai 2014, par des « hommes armés en civil », ayant exhibé un mandat d’amener en date du

Après une garde à vue à Pétionville, il a été transféré, le lundi 19 mai 2014, à la prison civile de l’Arcahaie (à plus d’une trentaine de km au nord de la capitale), sur instruction du parquet près le tribunal civil de Port-au-Prince.

« Ce transfert de Timothée, à l’Arcahaie, participe également de la logique de répression du gouvernement contre ses opposants », interprète Me. Michel.

Le mercredi 21 mai 2014, le gouvernement du premier ministre Laurent Salvador Lamothe a adopté des dispositions restrictives pour empêcher une délégation de l’opposition de se rendre compte de l’intégrité physique du « prisonnier politique ».

Très tôt, plusieurs agents, armés de boucliers, du Corps d’intervention et de maintien d’ordre (Cimo), ont été spécialement déployés à l’Arcahaie.

Les responsables de police à la prison civile de l’Arcahaie ont exigé la présentation d’un document officiel d’autorisation pour donner accès à la délégation de visiter le porte-parole de la force patriotique pour le respect de la Constitution (Foparc).

Les démarches pour obtenir l’autorisation de visite n’avaient pas été agréées par le parquet près le tribunal civil de Port-au-Prince.

En dépit de l’absence de ce document d’autorisation, la délégation de membres de l’opposition, dont du Mouvement patriotique de l’opposition démocratique (Mopod), pensait pouvoir accéder à la prison civile de l’Arcahaie « aux heures de visite régulière des détenus ».

Ce qui leur a été refusé par les autorités policières de l’Arcahaie.

Le parquet de Port-au-Prince aurait reçu l’ordre du gouvernement de ne pas laisser la délégation visiter Timothée, en dépit des démarches préalables effectuées, critique l’avocat André Michel.

Michel en profite pour lancer un appel à l’unité pour combattre l’équipe au pouvoir.

« Nous sommes en pleine dictature. Mais la volonté citoyenne n’acceptera pas le retour à la dictature duvaliériste », avance Serge Jean-Louis, qui réitère la volonté du Mopod de poursuivre la mobilisation jusqu’au départ du président Joseph Michel Martelly.

L’arrestation du militant politique Rony Timothée est « illégale et orchestrée par le pouvoir dans l’unique objectif de casser la mobilisation en cours. C’est même un kidnapping », dénonce, pour sa part, Evans Gérard Beaubrun du parti Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (Rdnp), également membre de la coordination du Mopod..

Beaubrun encourage la population en danger à se mettre debout pour dire non aux dérives du pouvoir, non à l’ « acte barbare et politique » (l’arrestation de Rony Timothée) du 17 mai 2014.

« Nos meilleurs alliés dans la lutte contre ce gouvernement sont (les membres du) gouvernement lui-même. Leurs conseillers sont des aillés indirects du Mopod », ironise t-il, pour souligner les résultats contraires de toutes les formes d’intimidation du gouvernement contre l’opposition..

En arrêtant Timothée qui entend être candidat à la députation, le gouvernement lui offre un cadeau, celui d’augmenter sa visibilité, fait remarquer Beaubrun pour qui les actes du pouvoir ne traduisent aucune volonté réelle pour réaliser des élections dans le pays.

Beaubrun appelle le commissaire du gouvernement ad interim près le tribunal civil de Port-au-Prince, Kherson Darius Charles, à retirer ce mandat d’amener émis contre le militant en vue d’émettre, de préférence, un mandat de comparution pour que ce dernier puisse se présenter librement devant ses juges naturels afin de répondre aux accusations portées contre lui, s’il y en a.

Le porte-parole de la Force patriotique pour le respect de la constitution (Foparc), Rony Timothée, a été à l’avant scène de la mobilisation anti-Martelly déclenché par l’opposition depuis 2013.

Timothée a pris part à une manifestation, le mercredi 14 mai 2014, aux abords du Champ-de-Mars (principale place publique de la capitale Port-au-Prince) pour demander le départ de Michel Martelly à l’occasion de la célébration de ses trois ans au pouvoir.

La police nationale d’Haïti (Pnh) a, à l’occasion, lancé des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants hostiles au gouvernement, lesquels ont riposté par des jets de pierres et des barricades de pneus usagés enflammés. [srh emb rc apr 22/05/2014 14:00]