par Lafontaine Orvild
La Gônave (Haïti), 20 mai 2014 [AlterPresse] --- La Gonâve, la plus grande des îles haïtiennes, fait face à de nombreux défis, observe l’agence en ligne AlterPresse.
Outre la faiblesse de la présence de l’Etat, l’île souffre du manque d’énergie et d’eau potable. Les infrastructures sanitaires, éducatives, judiciaires et routières sont déficientes, rendant pénible la vie des habitantes et habitants.
L’énergie n’est pas encore accessible à toutes les habitantes et à tous les habitants, y compris dans la deuxième ville sur l’île.
« Nous sommes dépourvus d’électricité. Nous marchons dans la noirceur », indique Willy Philoxin, dans la commune de Pointe-à-Raquette, soulignant combien la majorité de la population, étant très pauvre, ne peut pas s’en procurer.
L’île fait également face à une importante pénurie d’eau
Les habitantes et habitants des communes d’Anse-à-Galets et de Pointe-à-Raquette ont le privilège de s’approvisionner dans les fontaines publiques.
Toutefois, dans les zones reculées, il n’existe que les sources. En saison sèche (de décembre à mai), les sources tarissent à cause de l’abattage féroce des arbres.
« La pauvreté est patente et la misère pousse les habitants de l’île à abattre mêmes les arbres fruitiers pour les transformer en charbon », se lamente l’ingénieur et sociologue, Frantz Eriné.
La lutte pour la survie n’épargne même pas les mangroves, qui servent de nids aux poissons. Faute de poissons, beaucoup de pêcheurs regagnent les côtes.
« Dépourvus de moyens pour s’aventurer en haute mer, les pêcheurs ont tôt fini de capturer les petits poissons, dans les zones proches du littoral, entravant ainsi le cycle de reproduction », constate Eriné, dénonçant la destruction des mangroves à des fins de construction, au vu et au su de la mairie.
Cherté de la vie et insécurité alimentaire
La vie chère constitue un autre défi pour la population.
La plupart des jeunes sont au chômage et c’est la diaspora qui fait vivre de nombreuses familles.
L’île figure toujours sur la carte rouge de l’insécurité alimentaire, selon les bulletins mensuels de la Coordination nationale pour la sécurité alimentaire (Cnsa).
Les prix des produits essentiels à la consommation accusent une différence significative par rapport à ceux en cours à Port-au-Prince.
« La Gonâve pourrait se suffire à elle-même, si elle pouvait produire deux fois l’an au lieu d’une. Faute d’eau pour l’irrigation, les cultivatrices et cultivateurs n’ont qu’une saison cultivable : la saison pluvieuse, qui s’étend de mai à novembre », explique Eriné.
La population vit de l’élevage et cultive, entre autres, le manioc, l’igname, le sorgho, le haricot, l’arachide, les melons et les mangues.
La santé : un calvaire
L’unique médecin de la commune de Pointe-à-Raquette parle de « calvaire » pour décrire la situation sanitaire dans sa zone.
Pour les urgences, un véhicule ou une chaloupe sert d’ambulance pour transporter les malades au centre de santé d’Anse-à-Galets ou à l’hôpital de Miragoâne (le plus proche) sur la grande terre.
« Il n’existe pas d’hôpital sur l’île. On ne trouve qu’un centre de santé (à vocation hospitalière) avec lits à Anse-à-Galets et un dispensaire à Pointe-à-Raquette », précise le médecin, Jimmy Fort, travaillant au dispensaire de Pointe-à-Raquette depuis 2012.
« La protection civile au niveau de la commune, réclame d’un patient 6 mille gourdes (US $ 1.00 = 46.00 gourdes ; 1 euro = 65.00 gourdes aujourd’hui) pour le transporter d’urgence à l’hôpital de Miragoâne. Dans la majorité des cas, le curé catholique romain (de la Paroisse Saint Louis Roi de France) assure la totalité des frais de transport pour les patients extrêmement vulnérables », confie-t-il.
« A cause de l’état défectueux des routes, des patients meurent parfois en chemin », témoigne Milner Jean Raymond, un habitant de Trou-Louis, une section communale reculée difficilement accessible.
Le médecin, Fort, dit recenser près de 40 cas de personnes atteintes de la fièvre virale « Chikungunya ».
Infrastructures éducatives déficientes
Les infrastructures éducatives laissent à désirer sur l’Ile.
« Pas de laboratoire, de construction de lycées, absence de matériels didactiques appropriés, de formation continue pour les enseignantes et enseignants, insuffisance de personnels qualifiés, enseignantes et enseignants en situation irrégulière », énumère le censeur du Lycée de Pointe-à-Raquette, Thénord Georges, soulignant le retard d’Haïti par rapport aux normes internationales.
« Les lycées sont logés dans des bâtiments qui n’ont pas été construits pour les héberger », explique-t-il.
Justice et sécurité
« Les besoins en matière de justice et sécurité sont criants. L’île compte seulement 19 policiers nationaux pour environ 100,000 habitantes et habitants. Il n’existe que quatre juges pour toute l’île », déclare le militant des droits humains, de la commission épiscopale catholique romaine Justice et paix (Jilap), Me Emile Donna.
« L’état défectueux des routes décourage les habitantes et habitants des zones reculées à emprunter les voies légales pour résoudre les conflits. La justice expéditive est couramment pratiquée », se plaint-il.
« Les deux commissariats, dont dispose l’île, sont délabrées. Les policiers nationaux sont là pour protéger et servir, ils ne sont pas protégés », constate-t-il, dénonçant les conditions exécrables, dans lesquelles travaillent les policiers sur l’île de La Gonâve.
Infrastructures routières inexistantes
A travers l’île, les routes sont en terre battue et, le plus souvent, en mauvais état.
Depuis plus d’un année, à initiative du député Beguens Théus, est entamée la construction d’infrastructures routières, dans la ville d’Anse-à-Galets, lesquelles, jusqu’à date, restent inachevées.
« Pas de structures de drainage. A part quelques caniveaux, rien n’existe ! La poussière rend difficile la vie des habitantes et habitants de la ville », déclare Eriné, dénonçant la mauvaise gestion des fonds alloués à la construction des infrastructures routières.
Face aux nombreux défis sur l’île, le Groupe de réflexion et d’action pour l’ile de la Gonâve (Graig) a organisé une conférence, à l’occasion de son 6e anniversaire, le samedi 17 mai 2014, sur les problèmes sociaux et environnementaux, et la quasi-absence de politiques publiques sur l’île.
Située à 12 minutes de vol de Port-au-Prince, l’ile de La Gonâve recèle de nombreux atouts touristiques.
Elle regorge de baies et de plages naturelles, au sable blanc magnifique, dont certaines accueillent des flamants roses.
L’île abrite également des lagons, des grottes impressionnantes et des récifs coralliens qui ne demandent qu’à être mis en valeur. [lo kft rc apr 20/05/2014 1:55]