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Haïti-Rétrospective : Chikungunya, élections… hantises du mois d’avril 2014

P-au-P, 08 mai 2014 [AlterPresse] --- Douleurs articulaires, une fièvre, de possibles saignements…

Le chikungunya, « la maladie qui brise les os », hante les esprits depuis une sortie dans la presse, le jeudi 10 avril 2014, du ministère de la santé publique et de la population (Mspp) concernant l’épidémie qui frappe plusieurs pays dans les Caraïbes, y compris la République Dominicaine.

Mais, il n’y a pas eu que la maladie à avoir hanté les esprits d’avril à mai 2014.

Il y a eu aussi les élections…

Les élections (est-ce qu’elles vont avoir lieu à la fin de 2014, après plus de trois années de retard ?) sont objet de convoitises, d’une véritable obsession, dans un contexte : d’augmentation des prix des produits de première nécessité et valorisation du dollar américain par rapport à la gourde, sur le marché national, de sécheresse cuisante et du choléra qui continue, quoique plus timidement qu’avant, de faire des victimes dans la population.

Encore en avril, l’exécutif et le législatif ne sont pas parvenus à s’entendre sur l’accord d’El Rancho qu’ils ont tous les deux signé.

Alors que le premier avance résolument dans l’application de l’accord, en opérant, notamment, un remaniement ministériel (qualifié de « cosmétique » par certains secteurs), le second adopte la position défensive, craignant une mainmise du président Joseph Michel Martelly (regardez les modes de mise en place du parti présidentiel « Parti haïtien Tèt Kale » / Phtk) sur les prochaines sénatoriales partielles, municipales et locales.

Même s’il est inscrit dans la lignée de l’accord du 14 mars 2014, le remaniement ministériel, opéré le mercredi 2 avril 2014, soulève des critiques.

Pour plusieurs sénateurs, certains ministres - à l’exemple de Marie Carmelle Jean-Marie, au ministère de l’économie et des finances / Mef - n’ont pas eu décharge de leur fonction... et l’arrêté, consacrant la formation du gouvernement, laisse planer une ambiguïté quant à la démission du gouvernement.

Marie Carmelle Jean-Marie est justement l’un de ces ministres, accusés de n’avoir pas obtenu décharge de sa fonction (8 mai 2012 - 9 avril 2013) au Mef. Elle revient, en effet, à la tête du ministère de l’économie et des finances, un an après avoir démissionné en dénonçant des dépenses inutiles de l’actuelle administration politique.

Son retour s’accompagne d’un premier heurt avec la presse.

Lors du dépôt, le lundi 28 avril, à la chambre des députés, du budget rectificatif 2013 - 2014, elle surprend en déclarant qu’elle n’a aucun compte à rendre aux journalistes, mais au peuple haïtien.

Le lendemain, elle explique s’être sentie agressée par les journalistes, qui lui auraient collé, sans ménagement, leurs micros dans la figure.

Mais cela ne suffit pas à effacer sa déclaration.

Une déclaration, d’autant plus sismique qu’elle fait suite à celle du président Martelly affirmant que les caisses de l’Etat sont vides.

Le gouvernement aurait engagé trop de projets en même temps, d’après Martelly.

Un raz-de-marée de réactions et de suppositions balaye l’opinion.

Martelly a-t-il voulu nuire au premier ministre Laurent Salvador Lamothe, à son ancien ministre de l’économie Wilson Laleau, ou a-t-il, naïvement, joué la carte de l’honnêteté concernant les finances publiques ?

Alors que les analyses, aussi inquiétantes qu’invraisemblables, s’enchaînent, l’occasion semble idéale pour l’un des pays dits « amis d’Haïti », les Etats-Unis d’Amérique, qui le prouve en menaçant de couper leur aide au pays si le processus de préparation des élections n’avance pas.

Ce mouvement d’humeur du voisin américain intervient, alors que le sénat de la république tergiverse sur la formation du Conseil électoral provisoire.

Après, le président du bureau du grand corps, Dieusseul Simon Desras, écrit formellement au chef de l’Etat pour lui faire une proposition, tout de suite rejetée par l’intéressé.

La menace américaine est analysée comme un soutien, à peine voilé, à Martelly qui a eu l’occasion de bavarder avec Barack Obama, en février 2014, à la maison blanche étasunienne.

Quoi qu’il en soit, des soutiens, Martelly n’en manque pas, puisque, le mardi 8 avril 2014, un parti politique à tendance macoute, fondé à Belladère (Plateau central) lui déclare officiellement allégeance.

Le meercredi 23 avril 2014, l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier inaugure un bureau de son parti à Jacmel.

Mais le temps en Haïti ne s’arrête pas aux élections.

En avril 2014, c’est la 7e édition du festival international de musique et de danses traditionnelles d’Aquin, l’ouverture d’une section photographie à la bibliothèque de la Fondation Connaissance et liberté (Fokal), la réouverture du centre culturel Pyepoudre 4 ans après le séisme.

En avril, également, la rue s’agite... les écoles publiques sont désertées par des enseignantes et enseignants réclamant de meilleures conditions de travailet sceptiques sur les promesses de relèvement de traitement, faites en janvier 2014 par le ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp).

En avril 2014, des plantations agricoles meurent sous le soleil.

La sécheresse s’acharne et l’insécurité alimentaire grimpe. Dans les marchés publics, les prix des produits essentiels à la consommation s’envolent.

Le journaliste Duly Lambert meurt le jeudi 3 avril 2014, des suites d’un cancer du système lymphatique.

Parallèlement, l’ancien sénateur Rudy Hérivaux, converti en commentateur sportif, puis devenu ministre de la communication le 2 avril 2014, tente de donner « ses leçons » à la presse.

Le mardi 29 avril 2014, Reporters sans frontières (Rsf) publie une liste de 100 personnes - ayant prouvé leur engagement en faveur de l’information - qu’elle qualifie de « héros ». Parmi elles, Gotson Pierre, éditeur de l’agence en ligne AlterPresse.

Le choix du journaliste Gotson Pierre, par Rsf, est salué en Haïti et à l’étranger. [kft rc apr 08/05/2014 1:00]