Haïti/Île-à-Vache : La compagne de Jean Matilnès Lamy, le policier arrêté, demande sa libération inconditionnelle

P-au-P, 22 avril 2014 [AlterPresse] --- « Mon mari est tout pour moi. Je ne travaille pas. C’est lui qui m’aide avec mon enfant. Pourquoi on l’a emprisonné ? Est-ce que c’est pour le tuer ? », exprime, avec inquiétude et émotion, Marie Niceka Destil, la compagne du policier national Jean Matilnès Lamy, incarcéré depuis environ deux mois au pénitencier national à Port-au-Prince.

Destil réclame la libération, sans condition, du père de son enfant, arrêté, dit-elle, sur ordre de l’administration politique actuelle (du président Joseph Michel Martelly et du premier ministre Laurent Salvador Lamothe), lors d’une conférence de presse donnée par l’organisation Konbit peyizan Ilavach (Kopi), ce lundi 21 avril 2014.

Craignant, éventuellement, un complot pour assassiner son mari, elle projette de venir s’installer devant le ministère du tourisme avec son enfant, en signe de protestation contre l’arrestation « illégale » de son compagnon.

« Mon mari croupit en prison sans connaître le vrai motif de son arrestation », fait-elle savoir.

Son compagnon aurait été arrêté, depuis le vendredi 21 février 2014, pour avoir appuyé une mobilisation enclenchée contre le « projet destination touristique à Ile-à-Vache » du gouvernement.

Jean Matilnès Lamy serait le vice-président de Kopi.

Ce projet destination touristique, que le gouvernement entend mettre en œuvre à Ile-à-Vache, est « un projet assassin », dénonce Destil.

L’arrêté du gouvernement, déclarant l’Ile-à-Vache zone réservée et d’utilité publique « montre que nous n’avons pas notre place dans ce projet touristique », critique, pour sa part, le président de Kopi, Marc Donald Lainé.

Les membres de Kopi encouragent, de préférence, la création de lycées et d’hôpitaux à l’Ile-à-Vache, à la place du projet touristique qu’ils jugent illégal.

Le gouvernement prévoit la relocalisation des habitantes et habitants de trois cités sur l’Ile-à-Vache - à savoir Kay kòk, Pointe Est et Madame Bernard - et l’octroi d’un contrat de bail d’une durée maximale de six mois à ces gens, désapprouve Lainé.

Les rencontres de la titulaire du ministère du tourisme, Stéphanie Balmir Villedrouin, n’ont jusqu’à présent pas convaincu, entre autres, les membres de l’organisation Kopi sur les retombées positives du projet envisagé.

A nos jours, divers actes de répressions et de violences sont exercés contre la population protestataire, rapporte le conseiller Pierre Kénold Alexis, en conférence de presse ce lundi 21 avril.

Une enquête indépendante, menée par des organisations de droits humains a révélé un renforcement du dispositif répressif à l’Ile-à-Vache.

Le gouvernement a déployé une quarantaine de policiers nationaux, du Corps d’intervention et de maintien d’ordre (Cimo) et de la Brigade d’intervention motorisée (Bim), à Madame Bernard, principale localité de l’Île-à-Vache.

Boumba Nixon, membre du Mouvement démocratique populaire (Modep), dénonce la vague de répressions et de propagande, mises en œuvre par le gouvernement pour cacher les violations des droits humains sur l’île.

« Ce projet touristique, qui ne répond à aucun développement réel, s’exécute avec la force des armes. C’est une véritable opération césarienne », condamne-t-il.

Il appelle le parlement à diligenter une enquête sur ce projet qui, selon lui, constitue une tentative d’utiliser le patrimoine public à des fins d’enrichissement personnel.

Ce projet, lié à un vaste mouvement de pillage des ressources du pays, est susceptible d’hypothéquer l’avenir de la population, fustige Nixon.

Après une manifestation sur l’île, le mercredi 16 avril 2014, Konbit peyizan ilavach projette d’organiser un sit-in aux Cayes, le mercredi 23 avril 2014, pour dénoncer le projet touristique. [emb kft rc apr 22/04/2014 0:05]