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Haïti-Administration publique : La Direction Générale de l’Ona a perdu le contrôle ?

P-au-P, 17 avril 2014 [AlterPresse] --- Incapable d’endiguer la crise qui sévit depuis mi-mars 2014 à l’Office national d’assurance vieillesse (Ona) avec le mouvement de protestation des employés de la dite institution, la Direction Générale est accusée de laisser la situation lui échapper.

C’est Nahomme Dorvil, membre du Conseil d’administration des organes de sécurité sociale (Caoss), qui l’affirme à AlterPresse à la suite des épisodes de violence entre employés de l’Ona et agents de sécurité à Pétion-Ville, le 16 avril 2014.

Martin Dabrevil, vice-président du syndicat de l’Ona a reçu un projectile à l’abdomen dans l’échauffourée qui s’est produite au local de Ona Pam.

« Honnêtement, aujourd’hui, la direction générale perd le contrôle de la situation. Parce que si effectivement, elle avait le plein contrôle de la situation, la DG devrait savoir à qui s’adresser et comment s’adresser, et juguler la crise. Et au niveau de la commission d’enquête que nous avons constituée nous allons faire référence à ça » explique Dorvil, l’un des représentants du patronat au Caoss, contacté par AlterPresse.

Il dit en outre condamner « tous les actes de violence d’où qu’ils viennent ».

Même s’il se demande si la révocation de Bernard Degraff est la véritable solution, Dorvil rappelle les limites du champ d’actions du Caoss qui n’a pas la « compétence de révoquer la Direction Générale ».

Dorvil craint également de créer un précèdent qui pourrait favoriser des soulèvements d’employés comme stratégie pour aboutir à la révocation de Direction générale. Toutefois, il concède que, dans le cas de l’Ona, où « tous ces employés se soulèvent, il y a effectivement un problème ».

Des actions du Caoss ?

Les résultats de l’enquête diligentée par le Caoss sur la question seront publiés dans 48 heures maximum, rassure Dorvil par ailleurs, déplorant l’intervention de la politique dans la crise à l’Ona.

« Des dossiers qui nous sont parvenus montrent des révocations, à notre avis, illégales. On a constaté vraiment que des prêts sur cotisations, des avances sur salaire, les avantages liés à la carte de santé ont été coupés », raconte Dorvil à AlterPresse.

Quant aux accusations de gabegie administrative, de détournements de fonds, de vol, le conseiller informe que depuis décembre 2013, le conseil d’administration a écrit à la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif pour demander un audit des deux derniers exercices de la Direction Générale. La Csc/ca n’a toujours pas fait suite.

« Cette demande vient d’être réitérée aux nouveaux juges de la Cour supérieure des Comptes. Et nous la réitérerons, tant que nous n’avons pas de réponse », martèle Dorvil soulignant qu’une demande est aussi adressée à l’Unité de lutte contre la corruption (Ulcc) puisqu’il existe « une présomption de corruption ».

La résolution du 28 mai 2013 du Sénat a exigé la révocation immédiate de Bernard Degraff pour « insuffisance professionnelle, charge de corruption et violation flagrante de la constitution et de la loi dans l’accomplissement de sa fonction à la tête de l’Ona ».

Le pouvoir exécutif n’a nullement donné suite à la résolution du Sénat.

Dans une note publique le Caoss a demandé la reprise des activités dans les différents bureaux de l’Ona tout en recommandant à la Direction Générale de suspendre tout « mouvement de personnel », d’adopter « des mesures administratives et légales devant conduire à un climat d’apaisement et à la reprise des activités », et de créer « une cellule de crise incluant la direction générale ».

Les employés protestataires ont été invités à désigner des représentants dans la cellule de crise et à reprendre le boulot. Un appel qui a été ignoré par les employés refusant Degraff comme interlocuteur.

Un flou autour du syndicat des employés ?

Dorvil explique qu’il est difficile pour le Caoss d’entrer en contact avec « un interlocuteur valable au niveau des employés », rappelant que durant le déroulement de l’enquête, le conseil n’a pas été reçu à Delmas 17 et à Carrefour.

« La Direction Générale n’a pas été en mesure de nous fournir des informations sur les responsables syndicaux. On nous dit que le syndicat est mis en veilleuse, sa direction ne se renouvelle pas. Pour dire la vérité, des employés nous ont expliqué que les dirigeants ont été révoqués ou transférés », explique Dorvil à AlterPresse.

Pour sa part, l’organisation Antèn Ouvriye qui dit appuyer l’opposition des employés protestataires aux propositions du Caoss, conclut que « les accusations contre Bernard Degraff, sont celles contre l’administration Martelly/Lamothe qui ont installé et continue de supporter le directeur accusé » [efd kft gp apr 17/04/2014 13 :15]