Perspectives

Haïti-Politique : Après la Minustah en 2016… encore la Minustah ?


lundi 31 mars 2014

P-au-P, 31 mars 2014 [AlterPresse] --- Alors que le sénat avait pris une résolution fixant le départ de la Mission des Nations-Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), au 28 mai 2014, l’Organisation des nations unies (Onu) scrute cinq options possibles pour la reconfiguration de la force onusienne, après 2016.

Parmi les cinq options examinées par le Conseil de sécurité concernant cette reconfiguration de la force onusienne on retrouve la désignation d’un envoyé spécial de l’Onu en Haïti pour offrir « les bons offices politiques ».

Une autre option encourage la création d’une nouvelle mission de maintien de la paix ayant surtout un rôle politique, avec une empreinte au sol beaucoup plus réduite.

« L’Onu traite Haïti comme une vulgaire colonie. Elle travaille au mépris de la volonté affichée par le peuple haïtien et des institutions comme le sénat qui exigent le départ de la Minustah », condamne le porte parole du Pati kan pèp ayisyen an (Parti camp du peuple haïtien), Camille Chalmers, dans une interview accordée à AlterPresse, ce vendredi 28 mars 2014.

Il appelle l’Onu à respecter le droit à l’auto détermination du peuple haïtien en quittant le territoire national et en réparant les multiples dommages causés aux familles des victimes du choléra, au pays et à l’économie haïtienne.

Les options proposées participent d’une continuation de la violation des droits du peuple haïtien qui a clairement manifesté son rejet de la Minustah, dénonce Chalmers.

L’Organisation des Nations Unies continue de bouder plusieurs manifestations qui ont eu lieu dans plusieurs endroits en Haiti et à l’étranger en vue d’exiger le départ des casques bleus et le dédommagement des victimes du choléra.

La présence de la Minustah pendant les dix ans (2004-2014) a contribué à des situations plus dégradantes que celles qui existaient auparavant comme la nouvelle introduction de l’épidémie du choléra dans le pays, estime le responsable politique.

Différentes enquêtes scientifiques ont montré que des soldats de la force onusienne sont responsables de l’introduction du vibrio cholerae en Haiti.

Il s’agit notamment des enquêtes menées par la Société américaine pour la microbiologie (American Society For Microbiology) et celles des Centres de contrôle et de prévention des maladies (Centers for disease control and prévention) des États-Unis d’Amérique.

8 mille 900 personnes ont déjà péri depuis l’apparition de l’épidémie en octobre 2010.

Le bilan de la Minustah témoigne d’un échec total des objectifs visés en ce qui concerne, entre autres, le rétablissement d’un climat de sécurité et de stabilité, la réalisation d’élections libres et démocratiques et le respect des droits humains.

Au lieu de cela, la mission onusienne s’est transformée en auteure de violation de droits humains, de viols sur des enfants et des jeunes filles, en toute impunité.

Le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), Pierre Espérance, voit ces options proposées comme une tentative de la mission onusienne d’essayer de rester plus longtemps en Haïti après le constat de son échec.

Espérance critique l’éventualité d’un retour de l’armée prônée par le pouvoir comme une « mauvaise alternative » au départ de la Minustah.

La création des unités liées aux services techniques devrait contribuer en premier lieu à la reconstitution des « Forces Armées d’Haïti », selon le ministère haïtien de la défense.

« Haïti n’a pas besoin d’une armée. Nous avons besoin d’une force de police renforcée, plus professionnelle et apolitique. L’armée ne peut rien résoudre dans ce contexte », pense Espérance. Il souhaite une autre utilisation de la police au service de la population haïtienne et non pas du pouvoir politique et de ses proches.

Pour Boumba Nixon, membre du Mouvement démocratique populaire (Modep), ces propositions participent d’une dynamique, mise en œuvre par l’Onu pour se laver de son échec et du chaos créé dans le pays.

Quel rôle peut avoir une force des Nations-Unies dans un pays souverain ? , s’interroge Boumba, pour qui les options sur la table devraient permettre le passage progressif d’un rôle militaire de la mission onusienne à un rôle politique.

Selon un plan envisagé par la Minustah en 2013, la mission ne sera réduite que de 30%, en 2015, dans le cas où les autorités haïtiennes se montreraient à la hauteur de leurs responsabilités.

Établie le 1er juin 2004 par une résolution du Conseil de sécurité, la Minustah a succédé à une force multinationale intérimaire, autorisée par le dit Conseil en février 2004 après le départ de l’ancien président Jean Bertrand Aristide.

Depuis son installation, des organismes de défense des droits humains, parlementaires, citoyennes et citoyens ne cessent de réclamer son retrait. [emb kft gp apr 31/03/2014 10 :30]