Haïti-Culture : Gonaïves au rythme du carnaval

Correspondance Exalus Mergenat

Gonaives, 28 févr. 2014 [AlterPresse] --- A quelques heures du lancement officiel des festivités des trois jours gras (dimanche 2, lundi 3 et mardi 4 mars 2014), la cité de l’indépendance vibre au rythme du carnaval, constate l’agence en ligne AlterPresse.

Vieux, jeunes et moins jeunes parlent et respirent le carnaval. Le nombre de personnes, remarquées dans les rues de la ville, augmente peu à peu.

Circuler dans les rues en voiture est presqu’impossible, avec des gens qui commencent à arriver pour s’installer : soit chez un ami, soit chez un proche parent, en attendant les jours J de cette grande fête populaire.

Les préparatifs vont de bon train, malgré les frustrations de certains musiciens et responsables des groupes musicaux locaux aux Gonaïves, dont les groupes n’ont pas été sélectionnés pour participer aux défilés des trois jours gras.

Certaines institutions étatiques, comme l’électricité d’Haïti (Ed’H), la direction de la protection civile (Dpc), la police nationale d’Haïti (Pnh), la Croix rouge départementale et la municipalité sont à l’œuvre, suivant leurs rôles respectifs dans la cité.

Dans plusieurs rues de la ville, notamment celles qui font partie du parcours carnavalesque, a été installé un système d’éclairage, avec de nouveaux pylônes, câbles et plus de 52 lampes électriques.

Le parc Sténio Vincent, le principal terrain de football des Gonaïves - où sont garés les chars musicaux, déjà arrivés dans la ville le jeudi 27 février 2014 - a bénéficié de l’installation de 42 projecteurs.

Cette réalisation permettra aux équipes de football des Gonaïves de disputer leurs matches, à l’avenir, en nocturne.

Environ une centaine de stands sont en construction sur le parcours du carnaval, informe l’agent exécutif intérimaire principal de la ville, Steven Saint-Fleur.

Ces travaux de construction des stands ont permis à plus d’un millier d’ébénistes, de charpentiers et de peintres, aux Gonaïves, de trouver des emplois temporaires, souligne Saint-Fleur.

Ayant démarré depuis environ deux semaines, la construction de ces stands devait prendre fin avant le dimanche 2 mars, qui sera le premier jour du défilé carnavalesque.

« Le palais du carnaval » : c’est ainsi que certaines citoyennes et certains citoyens des Gonaives appellent le stand carnavalesque érigé pour la présidence politique.

Ce stand géant est ainsi qualifié, vu sa ressemblance partielle avec l’ancien palais national détruit lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Placé en face du commissariat de police des Gonaives, le stand officiel occupe une bonne partie de la rue Lamartinière, en obstruant l’accès à la grande rue Louverture.

En plus d’un espace pour cuisiner et pour le stockage des médicaments, le stand présidentiel abrite aussi de l’espace pour recevoir les invités de la présidence politique.

Il comprend aussi une clinique incluant une pharmacie, une salle d’opération, une salle pour les infirmières et une salle avec lits pour soigner les personnes blessées ou ayant eu des malaises, informe l’un des ingénieurs responsables de cette construction, Dave Augustin.

La construction du stand présidentiel, qui a commencé le samedi 15 février 2014, sera achevée au plus tard le samedi 1er mars 2014, promet l’ingénieur Augustin.

Dans plusieurs rues de la ville, une compagnie privée, engagée par l’État haïtien, est en train d’installer des toilettes mobiles publiques.

Le panorama musical

La décision du ministère de la culture de sélectionner seulement deux groupes musicaux aux Gonaïves, dont Symbie Extra (SX) et Chachou Boys, pour participer au défilé carnavalesque de mars 2014, a créé des frustrations dans le milieu artistique.

Pour protester contre cette décision, qu’ils considèrent comme une injustice, au moins une dizaine d’artistes - représentant des groupes musicaux à tendance compas et rap and ragga - dont Frajil Mizik, Destiny Girls, X Zion et Cardinal - ont organisé un mouvement de protestation, le mercredi 26 février 2014, sur la place d’armes des Gonaives.

« Exclure ces groupes, dont les meringues sont en rotation et très appréciées par le public, est un affront contre la jeunesse », estime le lead vocal de Frajil Mizik, Jeff Alexandre dit Tipachoo.

Frajil Mizik est une très jeune formation musicale, à tendance compas, aux Gonaïves.

Sa meringue 2014, « Ann fè Listwa », est très appréciée par le public.

Une soixantaine de meringues ont été déposées à la section culturelle de la mairie des Gonaïves.

La décision d’accorder seulement deux chars musicaux aux groupes locaux est injuste, estiment, eux aussi, des animateurs d’émission culturelle, interrogés par AlterPresse.

« D’autres formations musicales, dans la ville hôte du carnaval, devaient être sélectionnées pour le défilé », reconnaît Jean-Gracia Marcklin, l’animateur de l’émission « Tempo Tropical » sur la Radio Trans Atlantique (Rta) aux Gonaïves.

Cet animateur affirme avoir reçu environ une soixantaine de meringues, de ces groupes locaux, très sollicitées dans son émission.

« La ville des Gonaives aimerait bien voir la participation de certains de ces groupes au défilé du carnaval », déclare Marcklin.

Pour sa part, l’animateur de l’émission Galaxie commerciale sur Radio Gonaïves FM, Frantz Renel Lebrun, croit que le carnaval devrait être une occasion pour les jeunes artistes des Gonaïves de montrer leurs talents.

« Les jeunes artistes des Gonaïves ont travaillé dur. Ils ont dépensé leur argent et leur énergie pour satisfaire leur public, à travers leurs meringues. Ils (une grande part) devraient avoir la chance de participer au défilé », déclare l’animateur.

Seulement deux groupes des Gonaives, Chachou Boys et Symbie Xtra, représenteront la cité de l’indépendance dans le parcours, du dimanche 2 au mardi 4 mars 2014.

Chachou Boys - ci-devant Rap to Boys - est un groupe à tendance rap & ragga, qui a pris naissance aux Gonaïves en 1990.

Il a déjà participé, à plusieurs reprises, aux défilés carnavalesques, dont trois fois à Port au prince et une fois au Cap-Haïtien.

Il a, dans son répertoire, plusieurs meringues, dont les plus appréciées sont : « A la kelele », « Opa Kamarad » et « A la mode ».

« Chachou refè l anko » est le titre de sa meringue 2014, qui enflamme les ondes et tourne en boucle sur le petit écran aux Gonaïves.

Après quelques années de silence, Symbie Xtra (SX) est de retour sur la scène musicale, à l’initiative des anciens de la ville, des entrepreneurs pour la plupart.

Symbie Xtra ou Orchestre Symbie des Gonaives ne sera pas à son coup d’essai.

Cette ancienne formation musicale a déjà participé au défilé du carnaval national à Port-au-Prince, dans les années 1972 et 1978, rappelle un ancien et membre du comité de gestion de Symbie Xtra, Paul Emmanuel Laurent, actuel directeur départemental de l’éducation dans l’Artibonite.

La meringue 2014 de ce groupe, qui a pour titre « Bouwèt », a eu le coup de pouce du lead vocal de la formation Disip, Gazman Pierre, originaire des Gonaïves et qui pourrait être présent sur le char, aux côtés des musiciens de SX pendant les trois jours gras.

Par ailleurs, la police aux Gonaives annonce un ensemble de mesures visant à sécuriser le carnaval.

Des agents de la police nationale d’Haïti seront placés en différents points de la ville, a fait savoir, dans une conférence de presse, le mercredi 26 février 2014, le porte-parole départemental de la police nationale d’Haïti (Pnh), l’inspecteur Sylvain Eddit.

Le port d’arme à feu est interdit, même pour les policiers nationaux qui ne seront pas en service pendant les trois jours du carnaval, avertit le porte parole départemental de la Pnh. [em kft rc apr 28/02/2014 11:40]