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Séisme-Reconstruction : La situation est critique, selon la Concertation pour Haïti

P-au-P, 16 janv. 2014 [AlterPresse] --- La Concertation pour Haïti, une plateforme d’organisations et associations québécoises de solidarité, dénonce une « situation critique » et une orientation politique hypothéquant durablement le développement du pays, malgré certaines avancées dans la reconstruction quatre ans après le séisme, dans un communiqué annonçant les résultats d’une étude sur l’aide canadienne à Haïti, dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

L’étude « Haïti 2013 : Analyse et perspectives de l’aide » a été conduite par Paul Cliche, chercheur associé au Réseau d’études des dynamiques transnationales et de l’action collective (Redtac) de l’Université de Montréal.

Elle met l’accent sur le manque de transparence dans l’attribution des fonds, décaissés par le Canada pour la reconstruction.

Le géant nord-américain a fourni 554,8 millions de dollars canadiens ( 1 dollar canadien = 42.00 gourdes ; US $ 1.00 = 45.00 gourdes ; 1 euro = 63.00 gourdes aujourd’hui) d’aide à la reconstruction, mais la destination des 2/3 de cette somme est ignorée, révèle l’étude.

La Concertation pour Haïti s’inquiète également du nombre de personnes encore sans abris, quatre ans après le séisme.

Selon les chiffres officiels, entre 147 et 171 mille personnes seraient encore massées dans des abris de fortune.

En fait, « on est très loin de ce projet de refondation d’Haïti, qui a pris forme dans les années 1980, au sein du mouvement menant à la chute de la dictature des Duvalier, qui a laissé son empreinte dans la Constitution de 1987 et qui a été repris après le séisme de 2010 », conclut l’étude.

Le problème est que l’État haïtien n’a pas pu prendre les rênes de la reconstruction, alors que les modèles de développement - prônés par les administrations en place depuis 2010 - vont dans le sens d’une extraversion néfaste pour l’avenir de la population haïtienne, poursuit l’étude.

La stratégie actuelle du gouvernement est basée sur « un développement de type extraverti et dépendant, fondé sur l’existence d’une main d’œuvre et de ressources naturelles à bon marché ».

Une stratégie, qui arrange des institutions internationales, telles la Banque mondiale (Bm) et le Fonds monétaire internationale (Fmi) ainsi que les pays dits « amis d’Haïti ».

Sur ce point, la Concertation pour Haïti ne manque pas de souligner la stratégie du Canada, qui oriente son aide suivant ses propres intérêts commerciaux.

C’est pourquoi l’aide canadienne à la reconstruction a surtout visé le secteur minier et la mise en place de zones franches.

« Le pays, qui est toujours occupé militairement, risque fort de l’être encore davantage sur le plan économique, avec la perspective d’intensifier l’exploitation des ressources naturelles et de la main-d’œuvre à bon marché », souligne encore l’étude.

« Continuer en ce sens risque fort de convertir Haïti en une sorte de bantoustan de la mondialisation », relève le document.

Les résultats de cette étude remettent nettement en cause la politique du président Michel Martelly et de son premier ministre Laurent Lamothe, tout en nuançant l’optimisme de certains pays de la « communauté internationale ».

Le 12 janvier 2014, Martelly a déclaré qu’Haïti était sur la voie du progrès, alors que les États-Unis d’Amérique ont affirmé déceler des « preuves de redressement et de potentiels ». [kft rc apr 16/01/2014 14:00]