Español English French Kwéyol

Haïti–Rép. Dominicaine : La sentence de la cour constitutionnelle s’est invitée aux pourparlers du 7 janvier… dans le flou

P-au-P, 09 janv. 2014 [AlterPresse] --- Alors que, des deux côtés de l’Ile d’Haïti, on prétendait que la sentence 168-13 de la cour constitutionnelle dominicaine ne ferait pas partie du menu des discussions, entre les représentants des gouvernements haïtien et dominicain, plus de 3 heures d’horloge (soit 195 des 240 minutes) de la rencontre du 7 janvier 2014 à Ouanaminthe (commune du Nord-Est, frontalière avec Dajabon) y ont été consacrées.

Les ministres des affaires étrangères, Pierre Richard Casimir, et du commerce, Wilson Laleau, ont confié l’information à une conférence de presse donnée le mercredi 8 janvier 2014 au bureau du premier ministre Laaurent Salvador Lamothe.

En plus du plan de régularisation des étrangers sur le sol dominicain, les thèmes, liés à la migration, au commerce, à l’environnement, aux ressources naturelles et à la sécurité, n’ont occupé que 45 petites minutes du temps.

Même les observateurs – qui sont, en fait, des représentants de pays ou d’organisations régionales et internationales s’étant déjà prononcées sur l’arrêt 168-13 – ont participé de « manière active » et ont « fait des recommandations ».

« Les discussions ont eu lieu dans une ambiance multilatérale », notamment sur la question de l’arrêt, rapporte Casimir.

« C’est un dossier humanitaire. C’est un dossier de la communauté internationale, dont Haïti fait partie. Donc, il ne peut concerner que les relations haitiano-dominicaines », justifie le ministre haïtien des affaires étrangères.

Les résultats de la rencontre

De ces pourparlers, est sortie une déclaration conjointe des deux délégations, dénoncée par certains secteurs pour le flou de son contenu.

Ce dialogue a permis de faire des « avancées positives », reste, toutefois, persuadé Casimir.

« La partie dominicaine s’est engagée à aller présenter et introduire, dans son système politique, une nouvelle législation, qui prendra en compte les cas des personnes - qui ne sont pas traités dans le plan de régularisation [des étrangers] sur le sol dominicain - », informe le ministre haïtien des affaires étrangères.

Dans la déclaration conjointe, la date de création et d’entrée en vigueur de cette nouvelle loi est floue.

On se contente de dire que l’adoption se fera dans « dans les prochaines semaines ».

Le plan de régularisation, envisagé, ne résoudra pas le problème des Dominicaines et Dominicains, rendus apatrides par l’arrêt de la cour constitutionnelle dominicaine, a insisté la partie haïtienne aux pourparlers du mardi 7 janvier 2014.

« Tout en reconnaissant le droit souverain de la République Dominicaine de déterminer sa politique migratoire et les règles pour l’octroi de la nationalité, la partie haïtienne a sollicité la garantie que des mesures concrètes soient prises, pour sauvegarder les droits fondamentaux des personnes d’origine haïtienne. La partie dominicaine a confirme cette garantie, » lit-on dans le document conjoint.

Mais, dans les discussions, est-ce que les autorités dominicaines ont reconnu avoir enlevé la nationalité de dizaines de milliers de Dominicaines et de Dominicains ? Ont-elles reconnu avoir violé les droits inaliénables à une nationalité de ces personnes ?

La république d’Haïti, a-t-elle valoir cette assertion de droits humains à la République Dominicaine au cours de ce « dialogue franc », que « les deux pays ont convenu de qualifier d’historique » ?

Les autorités haïtiennes ne sont-elles pas en train de faire le jeu de leurs homologues dominicaines qui, hier encore (depuis l’annonce de la sentence du 23 septembre 2013), étaient dos au mur et acculées par la communauté internationale de reconnaître le droit à la nationalité de leurs compatriotes ?

Haïti, ne serait-elle pas de se désolidariser de plusieurs voix de la Communauté des Caraïbes, qui ont demandé l’annulation immédiate, par la République Dominicaine, de l’arrêt 168-13 de la cour constitutionnelle dominicaine ?

En attendant, les autorités des deux républiques de l’île d’Haïti se donnent rendez-vous, le lundi 3 février 2013, en territoire dominicain, pour continuer leur dialogue.

Qu’adviendra-t-il, dans les semaines à venir, de plus de 200 mille Dominicaines et Dominicains rendues apatrides par la sentence du 23 septembre 2013 ? [efd kft rc apr 09/01/2014 9:30]