Español English French Kwéyol

Haiti : Un mouvement paysan critique le gouvernement et rejette " l’occupation "

Port-au-Prince, 28 juillet 04, [AlterPresse] --- Le mouvement Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen (Union des Paysans Haitiens) dénonce les choix économiques du gouvernement intérimaire, qui vient de recevoir une promesse d’aide d’1,85 milliard de dollars de la part de la communauté internationale sur la base du Cadre de Coopération Intérimaire (CCI).

Le CCI, qui définit les grandes orientations à suivre par le gouvernement jusqu’en 2006, « exclut le secteur paysan », estiment membres de Tèt Kole, qui se sont rassemblés par centaines le 23 juillet à Port-de-Paix (Nord-ouest) pour présenter leurs revendications à l’occasion du 17ème anniversaire d’un massacre qui a fait 139 morts dans la commune de Jean Rabel.

Le processus de transition est marqué au plan économique par une orientation néolibérale, reproche Tèt Kole, une des plus anciennes organisations paysannes en activité. Selon ce mouvement, la politique du gouvernement de Gérard Latortue dans le sens des intérêts des couches dominantes du pays et des puissances impérialistes.

Moins de 15% des fonds prévus dans le CCI sont destinés au secteur agricole, soit un montant de 118 millions de dollars sur 1,85 milliards de dollars américains. Des réserves ont déjà été exprimées sur le CCI par le Mouvement Paysan National du Congrès de Papaye (Plateau Central, Est).

Lors du rassemblement du 23 juillet à Jean Rabel, les paysans ont dénoncé « la résurgence des forces réactionnaires » qui ont commandité le massacre du 23 juillet 1987. Les membres de Tèt Kole ont mis en garde contre d’éventuels conflits armés comme conséquences du « retour des grandons (grands propriétaires) dans l’Artibonite (Nord) et dans les régions du Nord-ouest pour s’accaparer des terres cultivables ». Les paysans ont souhaité une prompte intervention des responsables du gouvernement.

En outre, les paysans ont lancé de vives critiques contre les anciens « chimères » lavalas et les anciens putschistes de 1991-1994 qui « imposent leurs lois » dans diverses régions.

Les paysans ont profité pour dénoncer « l’occupation du pays », où se déploie une Mission de Stabilisation des Nations Unies (MINUSTAH). La présence des forces étrangères en Haïti, estiment-ils, est « une honte nationale pour un pays qui vient de célébrer ses 200 ans d’indépendance ». Cette situation de « mise sous tutelle résulte des déchirements internes entre les hommes politiques pour la conquête du pouvoir ».

Par ailleurs, le 89ème anniversaire du premier débarquement des troupes américaines en Haiti le 28 juillet 1915, a donné lieu à Port-au-Prince à une cérémonie de commémoration à la faculté d’Ethnologie, suivant l’initiative de diverses associations, dont le Collectif Solidarité Identité Liberté et la plate-forme d’organisations féministes CONAP). Ces secteurs plaident en faveur de la construction d’une véritable nation haïtienne.

Tèt Kole ne croit pas que les élections à tous les niveaux, projetées pour l’année prochaine, pourront résoudre les problèmes pays. « Seule une mobilisation contre le plan néolibéral peut permettre la construction d’un Etat qui garantisse les intérêts des couches populaires », ont-ils scandé.

En ce qui concerne la hausse des prix constatée sur le marché, les paysans pointent directement du doigt les gouvernements successifs qui ont « affaiblit la production nationale, et entraîné la désorganisation du secteur paysan », à cause de l’application d’une politique économique de libre échange.

Les paysans réunis à Jean Rabel réclament une « reforme agraire sérieuse, une politique de promotion de la production nationale, des crédits agricoles et des choix économiques favorables aux intérêts de la nation ». Ils exigent, entre autre, du gouvernement haïtien, des mesures concrètes pour l’irrigation de toutes les régions cultivables du pays et un meilleur encadrement en vue de l’augmentation du rendement agricole. [rv gp apr 28/07/2004 22:00]