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Haïti-Politique : Ce que le sigle PSP représente (8 de 9)


mercredi 9 octobre 2013

Par Leslie Péan*

Soumis à AlterPresse le 9 octobre 2013

La rentrée tardive qui frappe le système scolaire haïtien pour une troisième année consécutive est une malédiction qui demande un exorcisme, une calamité qui exige une neuvaine. C’est ce que Leslie Péan nous propose avec la série de neuf articles dont la publication a commencé le 2 octobre.

8e jour de la neuvaine

Imperceptibles au début, les changements d’orientation qui se produisent dans le gouvernement d’Estimé sautent aux yeux avec la promulgation de la loi anticommuniste de janvier 1948, calquée sur celle adoptée en 1936 sous le gouvernement Vincent. Les ténors du PSP, dont Etienne Charlier, Anthony Lespès, Fernand Sterlin, Séjour Laurent, Ernst D. Coulanges dénoncent avec véhémence cette loi liberticide. Anthony Lespès écrit : « Nous avons pris position contre la loi anti-communiste, parce qu’elle est une loi anti-démocratique, anti-progressiste qui ne peut rien augurer de favorable pour l’avancement des masses laborieuses [1]. » Dans son opportunisme, ce pouvoir qui commence à consolider ses assises ne se donne même plus la peine d’afficher des airs de démocratie. Mais le PSP campe sur ses positions. Redoublant de passion, il propose dans d’autres domaines au peuple haïtien des solutions dans le sens de ses intérêts.

Sans démagogie, le PSP fait la promotion du créole dans son journal La Nation et crée même une rubrique créole intitulée Créole palé créole comprann. Tout en combattant la médiocrité, le PSP fait du créole un instrument de communication et d’enseignement. Il met en perspective de grands idéaux et s’efforce de trouver des champions pour les symboliser. Les choses ont bien changé depuis. En effet, comme le souligne le professeur Mérat Pierre Jorès en juillet 2012, « Aujourd’hui, la médiocrité s’enracine, se banalise, et prend d’autres noms plus valorisants : compromis ; modération, « atterisme ». Ce dernier est une nouvelle invention sociale pour mépriser l’excellence et le savoir : « ou pa ateri ». Le « terre-à-terre » met en déroute l’intelligence [2]. »

Sur la question de la lutte des femmes pour la reconnaissance de leurs droits politiques, le PSP est intraitable. Dès sa création en janvier 1946, le Parti est féministe et inscrit la libération de la femme dans son programme. En plusieurs occasions, il organise des conférences sur la libération de la Femme à son local de la rue du Peuple. Il appuie les revendications de la Ligue Féminine d’Action Sociale au sujet du droit de vote. La manchette en première page de La Nation le 16 septembre 1950 dit : « Il faut signer la pétition de la Ligue Féminine d’Action Sociale. » Les revendications féministes sont défendues par des militantes du PSP telles Ghislaine Rey, Yvonne Hakime Rimpel, Lily Fortuné, mais aussi par des personnalités telles que Lydia Jeanty, Lucie Paultre, Mme Madeleine Sylvain Bouchereau, Christiane Meryl, etc. qui écrivent des articles et animent des conférences aux Mardis du PSP sur la question.

Enfin, le PSP combat la gabegie économique du mouvement noiriste de « la classe » dite des authentiques qui ont fait de la célébration du bicentenaire de Port-au-Prince en 1949 une immense mangeoire. Pour un pays dont le budget annuel était alors de 13.4 millions de dollars, l’Exposition, qui avait un budget initial de 4 millions de dollars, finira par coûter 26 millions, dont 10 n’ont jamais été justifiés [3]. La corruption économique et financière avait aussi explosé avec le commerce de la figue-banane. Le mauvais scénario de la suppression du monopole de la Standard Fruit remplacé par l’octroi de licences d’exportation à des amis du pouvoir a fait passer les exportations de figue-bananes de 7.400.000 régimes en 1947 à 1.300.000 régimes en 1951 [4].

La béatitude du paradis noiriste a fait place au purgatoire ou aux feux de l’enfer. Soulignons que le président Estimé avait fait appel à l’agronome Anthony Lespès, du PSP, pour diriger l’Organisme de contrôle de la figue-banane en décembre 1947. Celui-ci avait donné son accord de principe moyennant l’adoption d’une loi créant l’Office autonome de la figue-banane ayant une direction technique et une direction administrative qui serait confiée à Séjour-Laurent. À la demande du président Estimé, Lespès prépare le projet de loi et le remet à ce dernier. Mais comme on le sait, chez nous tout ce qui incarne le sérieux est suspect. Les prévaricateurs groupés autour du Président Estimé voient en Anthony Lespès un trouble-fête et sabotent le projet.

La chute d’Estimé

Le feu couve sous la cendre au Palais national depuis un certain temps quand, le 4 mars 1949, le président Estime déclare l’état de siège, suspend les garanties constitutionnelles. Puis, il adopte une loi sur un emprunt intérieur de défense nationale le 9 mars 1949. L’astuce consiste à déduire 15% si le salaire est de plus de 50 dollars et 10% des salaires de moins de 50 dollars en les remplaçant par des obligations de 3% pour une période de 10 ans. Duvalier aura recours au même stratagème en réduisant de 10% les salaires des fonctionnaires en 1958. Ce qui déclenchera les premiers conflits avec l’Union Nationale des Maîtres de l’Enseignement Supérieur (UNMES). Le président Estimé organise les élections législatives frauduleuses de janvier 1950 afin d’avoir une Chambre des Députés totalement à sa dévotion. Tout comme Borno, Vincent et Lescot l’ont fait avant lui, Estimé veut se donner un second mandat le 3 avril 1950 en modifiant l’article 81 de la Constitution bloquant toute réélection. Les députés votent pour l’amendement, mais les sénateurs le rejettent à la séance historique du 18 avril 1950. Le principal opposant au Sénat n’est nul autre qu’Emile Saint-Lôt qui rallie avec ses talents d’orateur 24 des 27 sénateurs.

L’idéologie de couleur prend un sacré coup. Le Noir Emile Saint-Lôt rallie le Mulâtre Louis Déjoie en avril 1950 contre le noir Dumarsais Estimé. L’idéologie de couleur arrive à sensibiliser dans des situations spontanées, mais cette dernière ne prime pas toujours devant les intérêts de classe et de pouvoir. Le noir François Manigat avait rallié en décembre 1806 le mulâtre Alexandre Pétion au lieu de soutenir le noir Henri Christophe qui avait une meilleure gestion. Le mulâtre Boisrond Canal rallie le noir Lysius Salomon en 1879 contre le mulâtre Boyer Bazelais. D’ailleurs le noir Salomon devait faire comme le mulâtre Jean-Pierre Boyer et liquider les finances nationales en abdiquant devant les banquiers français. Toutefois, les alliances et mésalliances des élites coloristes n’empêchent pas à la question de couleur de garder sa dose d’écœurement dans un pays où la rumeur publique imbécile épuise toute rationalité. La sacrée bêtise du rituel coloriste fait parti du cérémonial haïtien qui la transforme en bêtise sacrée. La loi de ce cérémonial veut que, dans le processus d’humanisation de la société, l’agressivité noiriste ou mulâtriste prenne le dessus à chaque avancée de civilisation. L’action d’Émile Saint-Lôt est déroutante pour Estimé, mais se situe dans le noirisme dont les partisans se révèlent des hommes politiques aux enchères. Saint-Lôt disait souvent « Je suis en politique pour faire de l’argent » [5].

Le président Estimé le savait et avait donné 100 000 dollars au colonel Magloire pour acheter les consciences des militaires et des sénateurs opposants. Mais c’était trop tard, car il avait déjà refusé une demande de 10 000 dollars du sénateur Saint-Lôt [6]. Le temps mis par le président Estimé pour passer de l’idéalisme au réalisme dans ce monde de cyniques l’a perdu. En dépit des efforts déployés pour diviser l’armée, pour porter le major Marcaisse Prosper à provoquer un soulèvement des sergents contre Magloire [7], pour organiser des manifestations publiques contre le Sénat et déclarer la dissolution de cette institution, ce qui se fera le 8 mai 1950, les dés étaient jetés. Estimé n’a pas pu éviter le coup d’état du 10 mai 1950. Essentiellement, il a été victime de sa politique noiriste, car c’est un défenseur farouche de cette politique (Emile Saint-Lot) qui lui donne le coup de grâce.

Le PSP et la crise théorique

Mais, à mon sens, le plus grand apport du PSP réside dans ses efforts pour aider à dissiper la confusion théorique dans laquelle baigne la société haïtienne. Il défend la cause des prolétaires dans le cadre d’un développement du capital national. Cette crise théorique n’affecte pas uniquement le commun des mortels, ignorant et analphabète, mais aussi la classe politique dont les membres affichent un pseudo-savoir qui ne leur fournit pas les outils nécessaires pour comprendre leur propre condition. Le drame haïtien est là. Dans l’incapacité d’expliquer ce qui se passe. Un univers de pensée magique et d’ésotérisme façonne les comportements quotidiens manipulés par des charlatans de la politique qui, de surcroit, sont arrogants. La pensée du PSP va à la racine du mal en montrant que les actions de la grande majorité de la population ne sont pas guidées par un projet précis.

Le PSP signale au passage cet aspect de la mentalité haïtienne qui est un effet de la crise théorique. Il critique ce qu’il nomme : « le manque de probité intellectuelle, la contrebande de l’esprit, l’absence de cette droiture de la pensée qui porte à reconnaître ses erreurs quand elles sont constatées, l’entêtement à vouloir donner grossièrement le change dans le moment même où l’on essaie hypocritement de justifier une équation personnelle affublée pour la galerie de tous les oripeaux usés des grandes idées générales sur la défense des intérêts de la collectivité [8]. »

Le piège haïtien est là, pas seulement dans la finalité qui est évasive ou absente mais aussi dans la carence d’une vision cohérente du monde. L’essence du travail du PSP a été de contribuer au relèvement de l’effondrement éthique et moral affectant la société haïtienne. Un effondrement qui prend son origine dans le fait que nous charrions la peur dans nos comportements. Peur inculquée dès l’enfance. Peur des loups-garous. Peur de dire la vérité. Le PSP dit à sa façon ce que le président américain Franklin Delano Roosevelt avait déclaré à l’occasion de son message inaugural en 1932 : « la seule chose dont nous devons avoir peur, c’est la peur elle-même » (the only thing to fear is fear itself).

Enlever la consonne f dans le mot futilité

Les multiples dimensions du PSP se donnent à voir autant dans la critique de la négritude de la bande à Duvalier que dans celle de l’existentialisme de Jean-Paul Sartre. Après une conférence présentée par Jean-Paul Sartre à l’Union Nationale des Ecrivains et Artistes Haïtiens à l’Institut Français les 14 et 15 août 1949, les grands penseurs du PSP, Anthony Lespès, Etienne Charlier et Edriss Saint-Amand, croisent le fer avec l’illustre visiteur. Les conférences et débats se déroulent autant sur la vie politique et intellectuelle française que sur la philosophie. Dans les deux domaines, les contradicteurs haïtiens de Sartre sont à la hauteur. En littérature, ils font référence aux œuvres d’Aragon, d’Elsa Triolet, d’Eluard, de Jean Laffitte, etc. sur lesquels Sartre avait fait l’impasse. Ce qui portera Marc Pierre du PSP à parler de « la mauvaise foi de Jean-Paul Sartre » [9].

Les intellectuels haïtiens de l’époque lisaient régulièrement les Lettres Françaises et Action 49 , deux hebdomadaires indépendants dans lesquels ils s’informaient des œuvres des écrivains de la résistance française. Sartre n’échappe pas aussi au mordant haïtien dans l’analyse de la situation politique en France. Sa position au sein du Rassemblement Démocratique Révolutionnaire (RDR), organisation politique antigaulliste, socialiste et anti-staliniste, n’échappe pas au PSP qui est plus proche des thèses défendues par le Parti Communiste français (PCF). L’analyse de Sartre du départ des ministres communistes dans le gouvernement français en 1947 est réfutée par Etienne Charlier qui démontre que le départ de ces derniers n’a pas été volontaire. C’était plutôt l’ukase du gouvernement américain à la France mais aussi à l’Italie dans le cadre de l’application du Plan Marshall donnant aux Etats-Unis d’Amérique les moyens pour prendre la direction du monde occidental après la Deuxième Guerre mondiale.

Mais là où le PSP démontre sa capacité de pensée, ce sera au niveau philosophique. Sartre est un intellectuel de haute volée dont la capacité théorique indéniable a été démontrée en 1943 dans L’Être et le Néant. Une somme dans le combat pour la liberté de l’être. Anthony Lespès explique que « le processus d’intellectualisation est si poussé que dans la discussion, on s’attend à voir Sartre subitement se dissiper, se dissimuler à tout jamais en néant, mettant ainsi un point final à son existence existentielle [10]. » Anthony Lespès demande à Sartre de sortir « de son angoisse circulaire » en lui indiquant que l’existentialisme « n’embrasse que l’ombre de l’être, mais pas l’homme vivant, l’homme réel engagé aujourd’hui dans un émouvant colloque avec la communauté des hommes » [11]. En parlant de Sartre comme le « héros de la futilité », Lespès refuse toute manipulation pour enfermer l’individu dans sa solitude, dans une vie sans objectifs.

On le voit aujourd’hui avec la propagande gouvernementale. La force militaire et policière ne suffit pas pour contrôler la population. Il faut utiliser le divertissement. La propagande systématique est nécessaire pour mystifier le peuple et l’amener à accepter sa misérable condition dans la tradition instaurée par Edward Bernays [12], le pape du consentement. La guerre continue avec d’autres armes telles que l’internet et les réseaux sociaux pour assurer le contrôle de l’esprit public. L’endoctrinement du commun des mortels consiste à encourager ce dernier à s’occuper de tout ce qui est superficiel et banal.

Anthony Lespès capte la consonne f dans le mot futilité pour donner le vrai sens de l’absence d’utilité de l’existentialisme. Récusant toute vacuité et toute insignifiance de l’être, Lespès met en évidence son histoire, sa finalité et son importance. Et c’est justement dans l’histoire de l’être que la futilité disparaît car tout devient précis. Au Jean-Paul Sartre qui dit « l’existence précède l’essence », Anthony Lespès lui répond « l’existence est l’essence, et essence et existence ne sont que deux aspects nécessairement complémentaires de l’être. Parce que la vie humaine se présente comme un fini en transit dans l’infini, l’esprit des philosophes est tourmenté par la vieille notion de l’écoulement du temps ; il leur faut établir un droit artificiel de priorité philosophique qui n’existe nulle part dans l’univers [13]. » Sur cette lancée ; les socialistes de La Nation en profitent pour approfondir leur critique de la négritude telle que défendue par Sartre dans sa préface à l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française de Léopold Sedar Senghor.

Partageant les positions critiques sur la négritude développées par Gabriel d’Arboussier, député noir sénégalais et président du Rassemblement Démocratique Africain, le PSP publie dans quatre numéros et sur trois colonnes de son journal La Nation son texte intitulé « Une dangereuse mystification – La théorie de la négritude » [14]. Sur cette lancée, le PSP réaffirme ses positions contre les injustices et les incohérences de la société haïtienne. Dans cette optique, pour pousser plus loin la réflexion, le PSP affirme : « Sartre ne pardonnera pas au marxisme d’être devenu l’arme tranchante de la classe ouvrière pour son émancipation alors que l’existentialisme ne traine après lui que des petits bourgeois, des snobs, des déséquilibrés [15]. »

En restant collé à la réalité haïtienne, le PSP a fait une critique de l’école des Griots et du nationalisme culturel de la bande à François Duvalier et Lorimer Denis qui utilisaient la culture populaire comme tremplin pour revendiquer le pouvoir. Etienne Charlier appelle à la promotion d’une culture scientifique. Il écrit : « Mais nous continuons à penser avec Jacques Roumain que les enquêtes sur notre passé ne sauraient être une fin en soi que si elles ne débouchent pas sur le monde de la bombe atomique et du Socialisme, elles sont parfaitement inutiles car de toute évidence, les loas, les guédés, les zombis, les hounsis, les houngans, les hounforts et autres " manifestations et coutumes culturelles " primitives ne sauraient résister à la désintégration des particules alpha [16]. » En effet, c’est bien avec l’imagerie médicale de la médecine nucléaire qu’on peut arriver aux diagnostics de nombreuses maladies et non avec des wangas. La critique de Charlier sera approfondie plus tard par Roger Frérel Léonard [17] dans un article intitulé « Une idéologie réactionnaire "L’équilibre" ». Léonard va au cœur de la question dans sa critique de l’ouvrage de François Duvalier et Lorimer Denis intitulé Le problème des classes à travers l’histoire d’Haiti.

Il écrit : « Les fanfarons démocrates, petits bourgeois, tiraillés à droite et à gauche, parlent de la "patrie" comme d’un fétiche, et quand ils sont superstitieux et attachés à leur chèque, ils ne voient la renaissance de cette patrie que dans un musée de tambours "Assotor" où les masses seraient appelées à fourrer le nez comme si la libération d’un peuple des forces d’oppression était fonction d’une contemplation mystique des divinités inventées par l’imagination de l’homme impuissant devant des malheurs dont il ignore les causes, dominé et écrasé par les forces de la nature qu’il a divinisés et auxquelles il attribue la toute puissance [18]. »

Le PSP reconnaît la fragilité et l’incertitude créée par la Junte militaire. Le 30 juillet 1950, il présente dans un manifeste sa position sur les prochaines élections présidentielles. Face à la Junte qui préconise des élections au premier degré, le PSP change de position par rapport à celle qu’il avait prise en 1946. Il appelle d’abord à l’organisation d’élections législatives, puis à des élections présidentielles par l’Assemblée nationale. Mais, suite à un communiqué de la Junte en date du 3 août 1950 fixant le mode de scrutin et la durée du mandat présidentiel, le PSP décide de se retirer officiellement des prochaines élections.

Le travail de prise de conscience entrepris par le PSP dans la société haïtienne pour que les citoyens prennent en main leur propre existence lui vaudra la répression. Les partisans d’Estimé et ses alliés dans l’armée et les classes dominantes formeront une coalition pour mettre fin à cette expérience organisationnelle originale. La répression a pris plusieurs formes. Ce fut le cas d’abord avec le suicide-assassinat de Max L. Hudicourt le dimanche 4 mai 1947. Puis, c’est la suspension en deux occasions de La Nation en 1948, la première fois pour huit jours et la seconde pour trois jours. La répression s’est abattue lourdement à nouveau sur le journal La Nation le 15 novembre 1949.

À l’occasion de cette fermeture arbitraire, « archives, meubles, linotype, etc. tout a été maltraité, le Siège du Parti "détectivement gardé", les portes hermétiquement fermées, et les jeunes conscients, les citoyens indépendants qui avaient pris position contre le régime ont été victimes des mesures les plus malhonnêtes [19]. » Au cours de cette descente musclée au bureau du parti, Anthony Lespès est arrêté par le lieutenant Scott le 14 novembre 1949, Etienne Charlier gagne le maquis et le PSP est dissous par le gouvernement d’Estimé le 15 novembre 1949. Le PSP ne reprendra ses activités qu’après le coup d’État du 10 mai 1950 et La Nation reparaitra en juillet 1950.

(à suivre)

…………….

*Économiste, écrivain

[1Anthony Lespès, « Les Tâches du Parti », La Nation, no. 900, 18 février 1948, p. 1.

[2Mérat Pierre Jorès, « Haïti, le culte nouveau de la médiocrité », Le Nouvelliste, 11 juillet 2012.

[3Time Magazine, 22 février 1954. Lire aussi Leslie Péan, Haïti – Économie Politique de la corruption, Tome III, Le Saccage (1915-1956), Paris, Maisonneuve et Larose, 2006, p. 407.

[4Leslie Péan, Ibid, p. 341.

[5Lire "L’oeil de Bellevue" i.e. les commentaires d’un Bellevuesard sur le texte de Leslie Péan, « Le mulâtrisme : la culture du silence » in Haiti-Observateur, New York, 25 Octobre-1er novembre 1985.

[6Leslie Péan, Economie Politique de la Corruption – Le Saccage (1915-1956), op. cit., p. 424-425 et p. 442.

[7Matthew J. Smith, op. cit., p. 145.

[8Anthony Lespès, « Les Projets de réforme agricole – Le Plan Monfils (5) », La Nation, 10 septembre 1947, p. 4.

[9Marc Pierre, « La mauvaise foi de Jean-Paul Sartre », La Nation, no. 1297, 19 août 1949.

[10Anthony Lespès, « Jean-Paul Sartre, héros de la futilité », La Nation, no. 1294, 15-16 août 1949, p. 1.

[11Ibid., p. 3.

[12Edward Bernays, Propaganda, Kessinger Publishing, 2004. Lire également Noam Chomsky, Manufacturing consent, The political economy of the mass media, Pantheon Book, New York, 1998.

[13Anthony Lespès, « Quelques notes sur l’existentialisme », La Nation, no. 1295, 17 août 1949, p. 1.

[14« Une dangereuse mystification – La théorie de la négritude », La Nation, no. 1295, 17 août 1949 ; no. 1296, 18 août 1949 ; no. 1297, 19 août 1949 et no. 1298, 20 août 1949.

[15« J.P. Sartre met bas le masque », La Nation, no. 1296, 18 aout 1949, p. 2.

[16Etienne Charlier, « Le siècle de l’atome ou les guédés », La Nation, no. 1018, 28 juillet 1948, p. 1-4.

[17Roger Frérel Léonard, « Une idéologie réactionnaire "L’équilibre" », La Nation, no. 1118, 24 décembre 1948

[18Ibid., p. 5.

[19Saint Justin Charleston, « Lettre à Anthony Lespès », La Nation, no. 1380, 3 août 1950, p. 1.