Haiti-Politique : Ce que le sigle PSP représente (7 de 9)

Par Leslie Péan*

Soumis à AlterPresse le 8 octobre 2013

La rentrée tardive qui frappe le système scolaire haïtien pour une troisième année consécutive est une malédiction qui demande un exorcisme, une calamité qui exige une neuvaine. C’est ce que Leslie Péan nous propose avec la série de neuf articles dont la publication a commencé le 2 octobre.

7e jour de la neuvaine

La politique menée par Georges Rigaud au Département de l’Agriculture et du Commerce ne plaisait pas au président Estimé qui craignait que les autorités américaines en prennent ombrage. Léon Bordes, un de ses fidèles conseillers, qui revenait d’un voyage dans ce pays, lui avait fait comprendre que son gouvernement était perçu comme un gouvernement de gauche [1]. A-t-il concocté l’attaque de Fignolé à la radio le 21 octobre afin d’embarrasser Georges Rigaud et le porter à démissionner ? Selon l’ambassadeur américain Harold Tittmann, cette hypothèse n’est pas à écarter et fait l’objet d’un paragraphe dans le mémo de 24 pages préparé par Jack West, attaché civil, qu’il transmet au Département d’État [2] le 13 novembre 1946. Cette hypothèse est encore plus plausible quand on considère que, quelques minutes après la diatribe de Daniel Fignolé, Roger Dorsinville, chef du Cabinet du Président, prenait la parole à la radio au nom du Président. C’était pour lire un discours dans lequel le président Estimé demandait aux Haïtiens de mettre de côté leurs différences de couleur dans l’intérêt de l’unité nationale. On se croirait déjà au temps de François Duvalier. Ne sont-ils pas tous les fils de Sténio Vincent ?

L’essence de la politique économique du PSP est dans la politique agricole. En effet, c’est dans l’agriculture que se situe le dispositif qui bloque la croissance et le développement. Après l’échec magistral de la Société Haïtiano-Américaine de Développement Agricole (SHADA) dans les années 1942-1945 qui a détruit des milliers d’hectares de terres plantées en arbres fruitiers, le PSP ne va pas par quatre chemins. Il pose le problème central qui est l’absence de plan et la politique de tâtonnements stériles des gouvernements haïtiens dans le secteur agricole. Anthony Lespès, agronome de profession, commence par établir les liens existant entre le développement de l’agriculture et celui de l’industrie. « Nous persistons, dit-il, donc à croire que la prospérité de la République ne peut être assurée et consolidée qu’à la condition que le pays entame un programme minimum d’industrialisation, qui aura pour effet précisément de renforcer le premier élan de développement agricole [3]. »

Mais pour garantir cette prospérité, Lespès aborde un ensemble de questions techniques préalables méritant des réponses en dehors desquelles aucune croissance de la production n’est possible. En tout premier lieu vient la question de la distribution de la terre, son morcellement excessif et la pression démographique. Puis viennent les questions d’absence de routes, d’accès à l’eau potable, de crédit, de sécurité, etc. qui bloquent les efforts des paysans. Mais plus fondamentalement que tous ces obstacles, la question névralgique est celle des rapports de production associés à la mise en valeur des terres, c’est-à-dire des rapports entre la bourgeoisie et la paysannerie. Pour Lespès :

« La bourgeoisie a toujours considéré le travail de cette classe comme base de ses privilèges séculaires, comme source immédiate de profits, que ceux-ci s’expriment par l’exploitation directe de la force de travail paysanne par le métayage, qu’ils s’expriment par la spéculation spoliatrice et les échanges commerciaux, ou à travers le carcan inflexible des taxes et du tarif douanier. La bourgeoisie a toujours considéré la classe paysanne comme ses réserves économiques et sa chasse gardée, comme une machine condamnée à produire éternellement les richesses agricoles pour qu’elle puisse s’approprier, légalement ou non, en partie ou en totalité, le fruit du labeur paysan [4]. »

Sur cette trajectoire, Lespès reprend à son compte la critique de Damiens formulée par l’expert belge Marcel Monfils qui voit dans cette institution une entité bureaucratique « enflée par un complexe de supériorité technique » [5]. Damiens n’arrive pas à jouer le rôle d’avant-garde pour le développement de l’agriculture. D’une part, nombre de ses experts restent à la capitale car ils ne sont pas motivés par les bas salaires qu’ils reçoivent. D’autre part, la politique agricole n’est pas coordonnée avec la politique commerciale internationale. Enfin, la demande de Monfils pour une valorisation du savoir-faire des agriculteurs lui vaut la hargne du système politique qui décide de le condamner. « Il lui arriva en fait ce qui arrive à tout esprit impartial qui ne ruse pas avec la vérité des faits. Devant la menace de débureaucratisation, Damiens réagit, et une cabale montée de toutes pièces emporta Mr. Monfils qui le premier, signala avec courage les tares de notre agriculture [6]. »

Lespès questionne l’assertion de Monfils qui voit en l’État le plus grand propriétaire foncier. En l’absence d’un cadastre qui pourrait révéler sans ambigüité la réalité, Lespès souligne que, de toute façon, il ne saurait être question des meilleures terres, mais plutôt « des terres de 2e et 3e classe qui n’ont pas de grande valeur agricole [7]. » Utilisant les statistiques de l’Administration Générale des Contributions (AGC), Lespès va encore plus loin, indiquant que les 22.000 fermiers de l’État, payant alors des redevances d’un montant total de 406.000 gourdes pour l’exercice 1944-1945 et 1945-1946, ne bénéficieraient alors que d’une moyenne de 18 gourdes par an soit 1 gourde 50 par mois.

Lespès ne laisse pas la question sociale lui glisser entre les doigts simplement avec la sécurité de tenure. Il expose la justesse de sa position en ces termes :

« Nous avouons que nous ne voyons pas trop en quoi cela pourrait changer le statu du paysan haïtien, sans compter que nous ne faisons pas état des propriétés de villes et de bourgs qui paient le fermage, ni du fait qu’une bonne partie des terres agricoles sont affermées par des citadins qui sous-louent à des paysans exploitants ; il importe de remarquer que le titre de propriété ne constitue pas à lui seul une garantie pour le paysan contre l’exploitation, car assez souvent ce fameux titre de propriété se révèle à l’analyse l’instrument qui légalise et perpétue adroitement cette exploitation. On consent bien à laisser au cultivateur la propriété du sol, mais pratiquement cette propriété n’est que fictive car les fruits de son labeur lui sont ravis par les autres rouages de la machine sociale [8]. »

Affirmant que le paysan n’a pas de marges de manœuvre réelle dans le cadre du système global, Lespès souligne les effets pervers des pratiques de répartition en vigueur sur le producteur paysan. Son analyse intègre non seulement la rente foncière mais aussi et également le salaire, l’intérêt, l’impôt et le profit dans la détermination des prix payés par le consommateur final. On le voit aussi bien au niveau des prix des denrées qu’à celui des vivres. La dérive démagogique se fait à l’encontre des paysans, qu’ils soient propriétaires ou non de leur lopin de terre. Comme le dit Lespès :

« La sécurité de tenure pour la sécurité de tenure ne nous impressionne pas outre mesure. On s’attache trop souvent à l’esprit légaliste des choses, à tout l’attirail formel des codes et l’on oublie alors l’essentiel. La sécurité de tenure restera un vain mot pour le paysan tout autant que s’exercera contre lui la pression économique des monopoles, la pression du secteur commercial, de tous les services parasitaires d’intermédiaires, du poids de tout le système social qui n’est ce qu’il est que parce que le cultivateur est réduit à la portion congrue sur le plan d la répartition [9]. »

Le PSP explique qu’avec l’organisation sociale existante, aucune amélioration des conditions de vie de la paysannerie n’est possible. En effet, il faut remonter à 1804 pour remettre en question le système fiscal et celui de commercialisation des denrées agricoles qui accaparent la plus grande partie des fruits du travail du paysan. Les structures administratives, fiscales, techniques et militaires mises en place renforcent l’exploitation des producteurs paysans. Qui sont victimes de la captation de la rente par les propriétaires terriens (à travers le métayage) et les autres intermédiaires (grands et petits spéculateurs). L’État et les gouvernements ont justement pour mission d’assurer le fonctionnement et la reproduction de cette « machine infernale dont le mécanisme joue automatiquement en faveur d’une mince frange privilégiée de la Société » [10].

Cette machine infernale a été dénoncée par les grands démocrates de la trempe d’Edmond Paul dès le 19e siècle. Cette alliance de l’État avec les négociants consignataires est née en 1804 quand Dessalines désigna personnellement chacun d’eux dans les villes ayant un port ouvert au commerce extérieur. Pour Edmond Paul, « au point de vue de l’impôt, aucune classe des travailleurs d’Haïti n’a plus douloureusement ni plus longtemps été accablée sous le poids de l’impôt que celle des producteurs de café [11]. » On comprend donc que le PSP s’inscrive dans la filiation d’un Edmond Paul ou d’un Anténor Firmin, des penseurs et hommes d’action qui ont fait l’objet d’élogieux articles dans La Nation.

En effet, montrant la nécessité de privilégier l’économique par rapport au politique, Etienne Charlier fait référence à Edmond Paul qui pense que « l’accent doit être porté sur la question économique et il formule sa thèse de l’intervention de l’État pour le développement de nos forces productives et l’industrialisation progressive du pays [12]. » Quant à Anténor Firmin, c’est « le caractère spécifiquement révolutionnaire de ses deux revendications armées de 1902 et 1908 » qui est rappelé par Thomas Lechaud [13] en montrant comment la main de l’étranger a empêché que les résultats soient à la hauteur des espérances. Une invitation à bien penser de pareils efforts pour empêcher qu’ils ne soient vains.

La lutte pour les syndicats

Les luttes contre le marché noir menées par le PSP continuent en 1947 et 1948. Elles sont charriées par Fernand Sterlin et Edriss Saint-Amand au sein de la Fédération des Travailleurs Haïtiens (FTH) luttant pour l’amélioration des conditions de travail et de vie des travailleurs. On se rappelle que le PSP avait dénoncé la nomination du député Philippe Charlier comme Secrétaire d’État du Commerce en octobre 1946 à cause de son rôle dans les pratiques de monopole qui faisaient monter les prix. Le président Estimé finit par faire un changement de cabinet pour remplacer Philippe Charlier par Jehan Roumain. C’est encore le PSP qui, par la voix de son député Rossini Pierre-Louis, dénonce le nouveau ministre du Commerce Jehan Roumain pour son rôle dans le marché noir du sucre, de la farine et du savon. Son « Exposé sur le marché noir du sucre » fait à la tribune de la Chambre des Députés en 1947 marque d’une pierre blanche les annales parlementaires [14].

Le sigle PSP représente donc la volonté d’être proche des intérêts populaires. Une volonté qui se reflète dans l’action malgré les contraintes imposées par leurs adversaires. À l’Assemblée générale tenue le 19 janvier 1948 par le PSP à l’occasion de la présentation de son rapport annuel, le secrétaire général Etienne D. Charlier condamne sans ambages le marché noir. Il écrit : « Rien ne révèle d’une façon plus palpable et plus révoltante l’intensité de l’exploitation capitaliste que le coût excessif de la vie et sa forme la plus accentuée et la plus corrompue : le marché noir [15]. »

Le PSP a été particulièrement actif dans les luttes syndicales et paysannes. Les militants du PSP Ruhlière Savaille, Fernand Sterlin, Victor Vabre ont été à la pointe du combat pour améliorer les conditions des travailleurs. Ils ont appuyé les luttes menées autant par Daniel Fignolé (président d’une vingtaine de syndicats) que par Jacques Stephen Alexis (dirigeant du Syndicat des travailleurs du cuir) et par Edriss St. Amand ( dirigeant du Syndicat des travailleurs du wharf) [16]. Regnor Bernard, fondateur et membre du Bureau Politique du PSP, est l’initiateur en 1946 et le président réélu en plusieurs années de l’Union des Instituteurs d’Haïti (UNIH). Le PSP joue un rôle important dans le vote de la loi du 19 décembre 1947 établissant le salaire minimum journalier à 3 gourdes 50 [17]. Cet ajustement salarial était nécessaire, car aucune révision n’avait été faite depuis la loi du 10 août 1934 fixant le salaire minimum à deux gourdes par jour.

Victor Vabre, militant du PSP, né dans la plaine des Cayes de parents français émigrés en Haïti, fut un des membres fondateurs de la Fédération des Travailleurs Haïtiens (FTH) en 1947, dont il devint le Secrétaire général. Mécanicien ajusteur, Vabre joua un grand rôle dans la lutte pour la valorisation du travail manuel. L’image négative que la société haïtienne se fait du travailleur manuel en prend un coup. Sa lettre de janvier 1948 à l’ambassadeur américain Harold Tittmann défend, chiffres à l’appui, la nécessité de l’augmentation des salaires pour répondre à la hausse du coût de la vie. L’opinion publique se rend compte que l’image négative qui interdit l’idée même de l’existence d’une pensée cohérente en milieu ouvrier est fausse.

La réalité de la situation matérielle de la classe ouvrière est expliquée par Victor Vabre à partir des travaux d’analyse statistiques présentés par Fernand Sterlin dans « Analyse comparée des salaires et du coût de la vie [18] » à l’occasion de la deuxième Assemblée Générale de la Fédération des Travailleurs Haïtiens (FTH). Le coût de la vie pour quatorze (14) produits de consommation courante a augmenté considérablement depuis une dizaine d’années. Cette augmentation est de 166% pour le maïs moulu, 266% pour le pois, 300% pour le riz, les bananes et pour une robe, de 400% pour les patates, un pantalon et une chemise, 500% pour l’huile et 600% pour le savon. Il importe donc d’augmenter les salaires en conséquence. C’est à partir de ces exigences que la contribution de Victor Vabre a été essentielle pour permettre aux travailleurs d’avoir un niveau de vie moyen.

Mais Vabre n’est pas à l’intérieur d’un concept étroit des luttes syndicales, seulement limité à l’augmentation des salaires. Dans son optique démocratique, la participation des travailleurs à la gestion de l’État est la clé de la transformation sociale. Vabre propose d’intégrer les revendications syndicales dans un système politique où les décisions sont prises dans les intérêts des travailleurs. D’où ses efforts pour la création de plusieurs syndicats, dont le Syndicat des Chauffeurs ; celui des Ouvriers et Employés de la Compagnie Électrique, des Débardeurs des Agences Maritimes, des Trieuses de café, des Ouvriers et Employés d’Imprimerie, des Ouvriers Mécaniciens ainsi que des succursales de la FTH à Saint-Marc, aux Gonaïves, à Fort-Liberté, aux Cayes, à Jacmel, etc.

La parole des Écritures

Edriss Saint Amand et nombre de militants de l’ancien PCH, qui s’est sabordé en 1947, reprochent au PSP sa modération et sa pondération dans les luttes politiques surtout face au gouvernement d’Estimé. Edriss Saint Amand dit au PSP « nos fautes à nous d’hier ne sauraient excuser vos fautes à vous d’hier et d’aujourd’hui. Elles ne peuvent que les souligner avec force [19] . » Et il énumère huit erreurs et manquements du PSP parmi lesquels la critique à fleuret moucheté du scandale de la figue-banane ; les timides protestations face à la répression des chômeurs par la police ; la réserve du parti dans le cas des agressions subies par les militants dénommés « démocrates conséquents » et d’autres organisations démocratiques ; le silence du parti devant le communiqué du département de l’Intérieur demandant le dépôt préalable de 5 exemplaires de tout imprimé avant sa distribution, etc.

Anthony Lespès répond en ces termes : « Nous avons compris que tant qu’il reste une once de liberté, une lueur vacillante de liberté, il faut sacrifier pour cette lueur et la défendre puisqu’elle est le dernier espoir du peuple. Et c’est pourquoi les dirigeants du Parti Socialiste Populaire ont pris le chemin le plus dur, acceptant de rester dans le rang, à militer pour le peuple et à côté du peuple que non seulement nous aimons mais que nous respectons et vénérons tout honteux qu’il est, tout pouilleux qu’il est, parce que ce sont ces parias et ces humbles qui nous ont donné un pays, qui forgent chaque jour dans la nuit de leur boue, anonymement, misérablement, ce qui reste encore en nous de fierté non payée.

Les dirigeants du Parti ont évité des fonctions publiques dans le Gouvernement non pas par manque de sympathie pour le Gouvernement, non pas par manque du désir de collaborer avec le Gouvernement, mais parce qu’ils pensent que, si à ces fonctions les conditions n’étaient pas favorables qui leur permissent d’être utiles au peuple, il valait mieux d’attendre que ces conditions le fussent et qu’ils restassent au Parti pour apporter leur humble pierre à l’édifice national. Cette position est tout ce qui fait la différence entre l’action de Parti et la politique de personne, la politique qui sacrifie aux intérêts personnels. À ces politiciens qui voient en cette attitude un calcul politique, nous rappelons les Écritures : « Que votre parole soit oui, oui ; non, non. Tout ce qui vient de surcroit est du malin. »

Nous avons fait des concessions au Gouvernement. Nous les avons faites systématiquement. Par-delà la personnalité du président de la République et de son Gouvernement ; Nous voyions et continuons à voir le peuple, et toute la question pour nous se ramène à savoir jusque dans quelle mesure les intérêts du peuple se concilient avec la comptabilité générale du Gouvernement. Nous avons sciemment tempéré le feu de notre action devant les scandales administratifs, devant l’immoralité dont faisaient preuve certains, comprenant très bien que seuls de vrais révolutionnaires ne croient pas dans l’argent, mais dans le peuple, et qu’il est impossible de demander à une société de produire des hommes lorsque le peuple n’agit pas. Dans ce pays, il n’y a peut-être pas encore matière à l’héroïsme individuel.

Nous avons vu dans le Président de la République un homme dont l’attitude et l’action exprimaient le problème national dans toute sa cruauté ; un homme déchiré par les contradictions et les tractions de forces antagonistes, et qui, s’il ne faisait preuve de courage, pouvait, submergé par ce qui n’est que des tiraillements d’intérêts, oublier la grande idée fondamentale de son gouvernement : les libertés démocratiques qui sont l’élan vital des masses.

À cause de ces libertés publiques, nous avons mis une sourdine aux attaques du Parti. Non pas que nous ne sentions à tout moment l’aiguillon et le poids de la contradiction : à savoir que ces faiblesses du Gouvernement mettaient progressivement en danger les normes démocratiques. Mais nous pensions aussi que des forces puissantes et négatives alimentaient désespérément la provocation et tentaient par tous les moyens possibles d’expliciter des actes d’opposition qui serviraient de prétexte pour justifier la dictature. Et le sachant, nous ne les avons pas encouragées. Les intérêts populaires ont été et demeurent notre boussole [20]. »

Essentiellement, Lespès se livre à une analyse fine des contradictions. Il identifie le besoin de reconnaissance sociale qu’éprouvent des leaders des classes moyennes, ce qui déclenche chez eux un processus d’agitation permanente. Il ne faut surtout pas se tromper d’adversaire, savoir reculer et même arrêter les hostilités. Cette dialectique de la guerre permanente échappe à ceux qui se laissent tromper par la paix apparente. Pour le PSP, l’enjeu est le système et non pas sa reproduction pour laquelle se battent les chercheurs de pouvoir réunis dans le camp adverse. Avec, d’un côté, une branche régressive et réactionnaire dirigée par Magloire, et de l’autre une branche libérale pilotée par Estimé. Entre les deux, dans un mouvement de balançoire flotte une nébuleuse noiriste composée des Daniel Fignolé, Emile Saint-Lôt, Love Léger, Boileau Méhu, Roger Dorsinville, François Duvalier, etc. dont la rationalité secrète est d’utiliser les frustrations créées par le mulâtrisme pour éliminer les démocrates progressistes luttant pour changer la vie sociopolitique et économique.

(à suivre)

………….

*Économiste, écrivain