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Décision de dénationalisation de centaines de milliers de Dominicains par la cour constitutionnelle en République Dominicaine

Haïti-Rép. Dominicaine : Une douzaine d’organisations de droits humains mettent en garde contre un risque de génocide


vendredi 4 octobre 2013

A la suite d’un sit-in, organisé le jeudi 3 octobre 2013, devant l’ambassade de la République Dominicaine à Pétionville (à l’est de la capitale), une lettre d’indignation a été remise à l’intention du gouvernement de Danilo Medina…

Soumis à AlterPresse le 4 octobre 2013

Port-au-Prince, le 3 octobre 2013

M. Ruben Silie Valdez

Ambassadeur de la République Dominicaine en Haïti

Objet : Expression de notre indignation par rapport à la décision de la Cour Constitutionnelle dominicaine

Monsieur L’Ambassadeur,

Par la présente, nous, organisations de la société civile haïtienne, signataires de cette lettre, tenons à vous exprimer notre profonde tristesse et indignation face à la décision de la Cour Constitutionnelle dominicaine de déchoir des milliers de personnes de la nationalité dominicaine, sous le fallacieux prétexte que, lors de leur naissance, leurs parents ou leurs grands parents auraient été en situation irrégulière en République Dominicaine.

Considérant l’histoire de la migration haïtienne dans votre pays et le discours anti-haïtien, maintenu en permanence par un secteur en République Dominicaine, nous savons que cette décision vise particulièrement les descendants des immigrants haïtiens, estimés à plus de 210,000 personnes.

M. L’Ambassadeur,

cette mesure porte un coup dur aux efforts, consentis, tant en Haïti qu’en République Dominicaine, au cours de ces trente dernières années, pour améliorer les relations entre les deux pays qui se partagent une même île.

Si le gouvernement dominicain met cette décision à exécution, il participera à la violation des droits fondamentaux de dizaines de milliers de personnes de plusieurs générations qui sont nées en République Dominicaine, y ont vécu, y ont travaillé et ont contribué à l’avancement de ce pays.

Cette décision va exposer des citoyens et citoyennes dominicains/nes à toutes sortes d’abus et à des tracasseries administratives permanentes. Elle risque aussi de devenir une malheureuse jurisprudence internationale, qui pourrait provoquer des conséquences néfastes sur des descendants d’immigrants dominicains dans d’autres régions du monde.

En bref, votre pays est sur une pente dangereuse qui fragilisera, non seulement le respect du droit de ses propres citoyennes /citoyens, mais aussi les relations haïtiano-dominicaines par la création de plus de méfiance entre le peuple haïtien et le peuple dominicain.

M. L’Ambassadeur,

Nous avons noté depuis un certain temps qu’un courant en République dominicaine déploie ouvertement un discours raciste, anti-haïtien, en promouvant des actions punitives contre la population des immigrants haïtiens et de leurs descendants et en organisant des manifestations publiques xénophobes tolérées par votre gouvernement.

A notre avis, cette décision de la Cour Constitutionnelle constitue une sorte de chèque en blanc, donné à ce courant pour légitimer de nombreux abus et injustices. C’est une décision raciste, discriminatoire, qui viole de nombreux principes de droits humains, auxquels la République Dominicaine a adhéré, tels que la Déclaration Universelle des Droits Humains en son article 15 ou le Pacte International sur les Droits Civils et Politiques en son article 24.

La demande d’épuration, faite par la Cour à la Junte Centrale Electorale, pour décanter la population dominicaine en différentes catégories de citoyens, est un précédent dangereux qui risque de provoquer des dérapages.

Considérant l’histoire des relations entre Haïti et la République Dominicaine, une histoire marquée par des moments de solidarité, mais aussi par le massacre de 1937, nous demandons, M. l’Ambassadeur, à votre gouvernement de ne pas emprunter cette voie dans laquelle ce courant anti-Haiti veut le conduire.

C’est le moment plutôt pour les autorités dominicaines de revoir les relations et l’histoire des deux pays, pour mettre en valeur et promouvoir les actes historiques porteurs de vie et de solidarité et non des actions qui prônent la haine, la division et qui peuvent déboucher sur un génocide.

Nous profitons de cette opportunité pour féliciter tous les Dominicains et Dominicaines qui ont dénoncé cette décision de la Cour Constitutionnelle et qui travaillent pour l’établissement de relations harmonieuses, justes et solidaires entre les deux peuples.

Veuillez recevoir, Monsieur l’Ambassadeur, nos respectueuses salutations.

Les organisations signataires

Groupe d’Appui aux Rapatriés et aux Réfugiés (Garr)

Sant Pon Ayiti

Commission Episcopale Nationale (catholique romaine) Justice et Paix

Plateforme Haïtienne des Organismes de Droits Humains (Pohdh)

Défense des Opprimés (Dop)

Mouvement des Femmes Haïtienne pour l’Education et le Développement (Moufhed)

Bureau à Port-au-Prince du Service Jésuite aux Réfugiés et aux Migrants

Sèvis Ekimenik pou Devlopman ak Edikasyon Popilè (Sedep)

Réseau National de Défense des Droits Humains (Rnddh)

Observatoire Haïtien de la Justice, ci-devant HSI (Ohj)

Plateforme Haïtienne pour un Développement Alternatif (Papda)

Fòs Refleksyon ak Aksyon sou Koze Kay (Frakka)

Pour authentification,

Philippe Jean Thomas

Président du Conseil d’Administration du Garr