Haïti-Justice : Le Rnddh s’élève contre la tentative d’arrestation de l’avocat André Michel

P-au-P, 1er août 2013 [AlterPresse] --- Le dossier de la mort d’un étudiant en droit, Frantzy Duverseau, pour lequel le juge Lamarre Belizaire a voulu appréhender l’avocat André Michel est une preuve de la volonté grotesque du pouvoir en place d’instrumentaliser la justice, selon le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh).

L’avocat André Michel est connu pour ses prises de position contre le pouvoir du président Michel Martelly. Il est notamment lié à la plainte pour corruption déposée contre la famille présidentielle et qui a abouti récemment à de graves suspicions éclaboussant le président et son premier ministre Laurent Lamothe.

Afin de « réduire au silence le plaignant Enold Florestal ainsi que ses avocats, le pouvoir politique cherche à instrumentaliser la Justice, par le biais du Magistrat instructeur, Me Lamarre Belizaire qui en fait passe plus de temps au bureau et à la résidence privée du Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique, Me Jean Renel Sanon, qu’à son Cabinet d’instruction », écrit le Rnddh dans une note publique.

Enold Florestal ayant pour avocats André Michel, Newton St-Juste et Mario Joseph, s’est constitué en partie civile dans le dossier d’accusation de corruption et d’usurpation de fonction contre la famille présidentielle.

Cette note du 31 juillet 2013 dénonce, non sans « amertume », « l’utilisation de la violence d’Etat pour étouffer la contestation populaire » par l’actuelle administration politique.

« Le Magistrat Lamarre Belizaire a procédé, le 26 juillet 2013, à l’arrestation d’un frère du plaignant Josué Florestal et a lancé à la même date, un mandat d’amener contre le plaignant Enold Florestal et l’un de ses avocats, Me André Michel, dans le cadre d’un dossier où les faits militent en faveur des persécutés », informe le Rnddh.

A la même date, une patrouille de la police a encerclé le cabinet de l’avocat Michel à Port-au-Prince et le juge Belizaire s’est transporté expressément sur les lieux pour procéder à l’arrestation de l’homme de loi, opposant convaincu de l’actuel pouvoir politique.

Me Michel a pu échapper à l’arrestation un peu tard dans la soirée.

L’avocat est jusqu’ici introuvable au téléphone malgré l’insistance d’AlterPresse à le contacter.

Le Cspj doit « se pencher sur le cas du Juge Lamarre Belizaire qui a intégré le système en violation de la Loi et se comporte beaucoup plus comme un agent de l’Exécutif au sein de la Justice et non comme un magistrat », demande le Rnddh.

Le 2 juillet 2013, le défunt juge Jean Serge Joseph a fait injonction au Chef de l’Etat d’autoriser la comparution, à titre de témoins, du premier ministre Lamothe et d’autres membres du gouvernement.

Le magistrat sera fauché 11 jours après, soit le 13 juillet 2013, dans des circonstances non encore élucidées. Quatre enquêtes sont diligentées dans le cadre de cette affaire.

Quand Lamothe fait chou blanc

Selon la note du Rnddh, le premier ministre Laurent Lamothe « en personne » - via le téléphone d’un des ses conseillers- aurait tenté de convaincre Enold Florestal de retirer sa plainte. Lamothe aurait raccroché bredouille.

Ce même conseiller se serait présenté au domicile de Florestal pour lui promettre « de l’argent ainsi qu’un poste à l’étranger ». Cette tentative de corruption du plaignant se serait déroulée le 10 juillet 2013, selon la même source.

Sur la mort de Frantzy Duverseau

En fait, selon le Rnddh, Frantzy Duverseau, beau-frère de Enold Florestal a été tué par une patrouille de la police nationale circulant à bord d’un véhicule identifié 1-147. Cela s’est produit le 18 octobre 2010.

La victime refusait d’obtempérer aux ordres des agents de déposer la machette qu’il détenait après avoir défendu sa sœur, Fabienne Duverseau, de la bastonnade de son mari Enold Florestal. C’est ce dernier qui avait fait appel aux forces de l’ordre, d’après la version du Rnddh.

Dans une note le 29 octobre 2010, le Comité des avocats pour le respect des libertés individuelles (Carli) avait indiqué que les policiers « ont tenté d’appréhender de force Frantzy Duverseau et d’autres membres de la famille. Devant la résistance de Frantzy Duverseau, l’un des policiers l’a alors froidement abattu ».

Le Carli avait alors évoqué un cas d’ « assassinat » alors que le 19 octobre 2013, le commissaire principal de la police de Port-au-Prince, Michel-Ange Gédéon, avait évoqué la légitime défense aux micros de la station privée Radio Kiskeya. [efd kft gp apr 1/08/2013 14 :55]