A travers Haiti

Haïti-Genre : Des vaches pour l’amélioration des conditions de vie des femmes à Limonade


mardi 18 juin 2013

Correspondance Wedlyne Jacques

Cap-Haïtien, 18 juin 2013 [AlterPresse] --- 80% des bénéficiaires du programme de gardiennage de vaches, soutenu par l’organisation haïtienne Veterimed [1] sont des femmes, selon les informations recueillies par l’agence en ligne AlterPresse.

En même temps que de soutenir la poursuite d’études classiques, discontinuées faute de moyens économiques, ce programme tend à encourager une autonomisation financière des femmes ainsi que leur émancipation dans la société départementale, indiquent plusieurs témoignages de bénéficiaires.

« Grâce à ce programme, je suis devenue propriétaire d’une vache, que j’élève moi-même ; Je tire des bénéfices du lait que je revends à la laiterie de Vétérimed à 75.00 gourdes le gallon », raconte Ifetena Bernadin, 27 ans, membre de l’ "asosyasyon Fanm Limonad pou devlopman pwodiksyon agrikòl ak atizana"(Aflidepa).

Avec ce programme, « les frais de ma scolarité ont été payés, durant plusieurs années. Aujourd’hui, je suis en classe de Rhéto. J’apprends également l’Anglais dans une institution privée, avec l’argent que je gagne dans le cadre du programme », ajoute Ifetena, fière de son nouveau statut d’éleveuse de vache et employée d’un centre ménager.

Mère de trois enfants, Jaccinette Guerrier, également membre de l’Aflidepa, espère être, une nouvelle fois, bénéficiaire du programme d’élevage de bovins.

« J’avais bien rempli ma part du contrat dans le cadre de ce programme. J’aimerais encore avoir une vache sous mon gardiennage », dit Jaccinette.

Comme pour la majorité des bénéficiaires, Jaccinette se rappelle sa situation précaire, avant d’avoir intégré le programme.

Elle ne disposait pas de moyens suffisants pour prendre soin convenablement (nourriture, écolage des enfants) de sa famille de cinq personnes, d’autant que son mari ne travaille pas.

« Je suis devenue propriétaire de deux vaches, avec ce programme. Mon petit commerce s’agrandit ; Je s’occupe de ma famille, y compris du paiement des frais de scolarité de mes enfants qui sont actuellement en rhéto, seconde et en huitième année fondamentale », se félicite Jaccinette, l’air joyeux.

Mais les bénéficiaires éleveuses de bovins soulignent être confrontées, parfois, à des réalités de sécheresse, d’absence de parcelle fourragère, de rareté d’eau.

Des contraintes, qui limitent leurs activités d’élevage et occasionnent la mort des bovins à Limonade.

En dehors de l’appui de Veterimed, dans le forage de puits artésien, pour faire face à la sécheresse, elles souhaitent l’accompagnement d’institutions publiques.

Le programme de gardiennage des vaches à Limonade devrait être soutenu par l’État et étendu à tout le territoire national, dans le cadre d’une politique publique de relance agricole et d’amélioration de la filière laitière, préconisent des éleveuses bénéficiaires interrogées.

En relation à ce programme de gardiennage, chaque femme bénéficiaire reçoit une vache qu’elle doit élever convenablement, sur base d’un contrat.

Les frais d’alimentation de la vache, de soins médicaux, sont à la charge de l’éleveuse, qui tire du produit laitier qu’elle revend à la laiterie de Veterimed, selon les termes du contrat conclu.

Au bout de 4 ans, l’éleveuse bénéficiaire remet la vache avec un petit bovin aux responsables de Veterimed. Elle garde les autres bœufs, obtenus de la vache principale.

Dans le temps, les femmes pratiquaient l’élevage de poulets, ensuite de caprins.

Aujourd’hui, le programme de gardiennage de vache est implanté dans plusieurs communes du Nord et du Nord-Est, telles l’Acul-du-Nord (Grisongarde), Plaisance, Ouanaminthe et Ferrier (là où il y a de la laiterie), fait savoir l’un des responsables du programme, l’ingénieur-agronome Djélou François.

« Nous fonctionnons en partenariat avec les groupes organisés de producteurs de lait, qui sont majoritairement des associations de femmes apportant régulièrement du lait (dans les laiteries) pour la production de yoghourt, dans le cadre du programme de Lèt agogo », explique l’ingénieur-agronome François.

« À travers le programme d’élevage de bovins, nous encourageons l’entrepreneuriat féminin pour l’amélioration des conditions de vie des femmes. Nous faisons également la promotion de la production locale », estime le responsable du programme de gardiennage de vache.

Ce programme de gardiennage de vache reçoit également le support financier de plusieurs organisations internationales, comme la branche de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), Oxfam Grande Bretagne, le Collectif Haïti de France (Chf). [wj kft rc apr 18/06/2013 10:35]

[1Ce programme est implémenté, depuis 2006, à Limonade, commune située à 30 km au nord-est de la ville du Cap-Haïtien.