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Haïti-Santé : Vers la modernisation de la morgue de l’hôpital de l’université d’État d’Haïti ?

par Jean Élie Paul

P-au-P, 15 juin 2013 [AlterPresse] --- Le directeur exécutif de l’hôpital de l’université d’État d’Haïti (Hueh), Maurice Fils Mainville, inscrit la fermeture de la morgue de l’Hueh dans la ligne droite de la restructuration de cette structure de l’hôpital, qui, depuis plusieurs années, offre des services exécrables.

« La morgue avait subi une réparation depuis plus d’une dizaine d’années, alors que la maintenance n’a pas été faite », explique le directeur exécutif, Maurice Fils Mainville, à AlterPresse.

Ces derniers jours, la morgue de l’hôpital de l’université d’État d’Haïti ne cesse pas de défrayer la chronique, à cause de l’annonce, le 11 juin 2013, de sa fermeture momentanée pour cause de réparation et réaménagement.

Des pannes, au niveau des équipements, seraient à l’origine de cette décision prise en accord avec le ministère de la justice et de la sécurité publique (Mjsp).

La morgue est située dans l’arrière-cour de l’hôpital, non loin des résidences des médecins ainsi que des services extrêmement sensibles comme la maternité, et proche également avec des maisons préfabriquées logeant l’École nationale des infirmières de Port-au-Prince (Enip).

A l’entrée de la morgue, deux containers réfrigérés sont déjà installés, alors que, depuis la barrière principale donnant accès aux trois chambres de la morgue, l’odeur vous indique que des cadavres sont entrés en putréfaction.

Une morgue qui déborde…

A travers le grillage de l’entrée, des mouches et quelques insectes.

Des pieds de certains cadavres dépassent des draps blancs, couverts de sang, et leur état ne laisse aucun doute : ils ont été grignotés par des rongeurs.

Un tel spectacle rappelle les lendemains du séisme du 12 janvier 2010, quand l’absence d’électricité et la défaillance de certains équipements, conjuguées à l’énorme flot de cadavres, avaient réduit la morgue de l’Hueh à une macabre blague.

Avec une capacité d’accueil de 350 cadavres, elle est composée d’une grande chambre congelée et de deux chambres froides. Mais, depuis quelques années, elle joue à la fois le rôle de morgue universitaire et de morgue municipale.

D’après Mainville, l’Hueh envoie une moyenne de 25 cadavres par mois à la morgue.

Mais 70 à 80 corps y sont déposés chaque jour, en provenance de morgues privées, sans compter « les indigents » et autres personnes non identifiées découvertes dans les rues.

Conçue pour 350 corps, cette structure en recevait parfois le double.

Mainville explique que la morgue fonctionnait par intermittence, ce qui veut dire que les moteurs ne sont plus fonctionnels, les compresseurs n’envoient plus d’air réfrigéré. Le bâtiment contient certaines fissures empêchant de contenir l’air.

La mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) a offert à l’hôpital deux containers réfrigérés de 21 pieds chacun. Non destinées à recevoir des cadavres, ces grosses boîtes de métal n’ont pas la capacité pour résoudre les problèmes de l’Hueh.

Le directeur exécutif de l’Hueh annonce que tous les corps, non réclamés après 48 heures, seront mis en terre.

Le parquet de Port-au-Prince décidera du sort de ceux qui font l’objet d’enquête judiciaire.

Réparer, reconstruire

« Avec seulement près d’une dizaine d’employés, qui doivent aller à la retraite, il faut réfléchir sur une gestion moderne de la morgue, une morgue informatisée, avec un secrétaire. Il faut que l’on puisse pouvoir consommer au sein de l’administration de la morgue, il faut qu’il n’y ait pas d’odeur dans les chambres froides. Il faut une certaine amélioration des conditions de vie du personnel », énumère le docteur Mainville.

Aux yeux du médecin, la tâche est importante et nécessaire.

Une partie de la réparation concernera la partie électrique, la réparation des moteurs et des compresseurs.

D’autres actions concernent les parois, les panneaux qui méritent d’être changés, ainsi que le parquet déchiqueté.

La réparation de la morgue, qui avoisinera autour des deux millions de gourdes (US $ 1.00 = 44.00 gourdes ; 1 euro = 60.00 gourdes aujourd’hui), doit être finalisée dans un délai de deux mois.

Chaque fin de semaine, l’institution fondation de Saint-Louis viendra pour enterrer quelques cadavres qui sont tombés en putréfaction.

Mais, cela se révèlera insuffisant, puisqu’il y a beaucoup plus à entrer dans la morgue qu’à en ressortir. [jep kft gp apr 15/06/2013 00:30]