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Regards sur les conditions de travail des ouvriers à Laguna Azul Haiti S.A.

Extrait de « Se Mèt Kò Ki Veye Kò », Bulletin de la Plateforme des Organisations Haïtiennes des Droits Humains (POHDH), série II, numéro 1, mai-juin 2004

Soumis à AlterPresse le 16 juin 2004

Le 6 mai 2004, suite à notre visite à « Laguna Azul », nous avons pu nous rendre compte des difficiles conditions de travail des ouvriers de cette entreprise. Ces ouvriers qui travaillent du lundi au samedi de 9h30 du matin à 3h30 de l’après-midi perçoivent un salaire de misère qui ne leur permet pas de vivre décemment. De plus, ils travaillent dans des conditions d’hygiène déplorables et ne bénéficient d’aucune assurance.

Qu’est-ce que Laguna ?

« Laguna Azul » est une multinationale spécialisée dans l’achat et la vente de ferraille : carcasse de voiture, etc.Â… Cette compagnie est installée depuis un peu plus de sept (7) mois en Haiti, au boulevard La Saline, plus précisément au « Terminal Saint Joseph ».

Profil des employés

Comme dans toute entreprise, les employés de « Laguna Azul » relèvent de différentes catégories : cadres, cuisinières, ménagères, « coupeurs de fer » et débardeurs.

Statuts et conditions de travail des ouvriers

Dans cette entreprise, seuls les employés de bureau (en grande majorité originaire de l’Inde) et quelques haïtiens interprètes, comptables ont un statut stable. Les ouvriers sont tous des contractuels journaliers. Les responsables de l’entreprise à qui nous nous sommes adressés, ont justifié cette politique par le souci de procurer du travail à un maximum de gens. M. Zaky Manoli Kutty nous demande même ce qu’il ferait des gens qui viennent le solliciter tous les jours s’il embauchait un groupe de manière permanente.

Les conditions de travail des « coupeurs » de fer sont très pénibles. De 9h a.m. à 3h30 p.m., ils travaillent en plein air, sous un soleil de plomb, sans matériel adéquat : casque, gant, lunettes protectrices. Dépourvus de couverture d’assurance, ces contractuels sont livrés à eux-mêmes en cas d’accident, sans autre dédommagement que cent gourdes pour acheter de la glace pour appliquer sur la blessure. Inutile de dire qu’il n’y a pas d’infirmerie dans l’entreprise.

Selon les ouvriers, les responsables de Laguna leur auraient fait des promesses non tenues. Toute revendication en ce sens entraîne un ou deux jours de suspension.

Quant aux débardeurs, leurs conditions de travail sont encore plus pénibles. Ils avaient un salaire journalier de 600 gourdes. Maintenant, l’entreprise leur donne une paye de 250 gourdes par conteneur, tandis qu’il leur faut entre 18 et 20 tonnes de fer et deux jours à une semaine de travail pour remplir un conteneur. L’équipe, qui était constituée au départ de huit personnes, est passée à cinq. Le salaire n’a pas tenu compte de la charge de travail supplémentaire. Tout comme les autres ouvriers, les débardeurs n’ont ni matériel de protection, ni assurance.

Conditions sanitaires

Sur les lieux de travail, les ouvriers n’ont aucun accès à l’eau potable. Pire encore, pas de toilettes. Pour se laver, ils sont obligés d’ériger une douche de fortune. Les responsables ne sont pas, bien entendu, dans la même situation, ils disposent de toilettes avec tout l’équipement nécessaire.

Que disent les autorités de l’Etat par rapport à cette situation ?

D’après Zaky Manoli Kutty, l’entreprise fonctionne légalement. Elle a une patente 554-188, le numéro G6111 (pour son secteur d’activité) et un numéro d’immatriculation 000-423-6376. Pourtant, à date, et selon certains ouvriers, aucune visite n’a été effectuée par le Bureau d’Inspection du travail. En cas d’accidents graves, les responsables de l’Etat ne sont pas avertis, pour Manoli Kutty ce n’est pas important puisqu’il prétend prendre en charge les victimes.

Laguna Azul est une entreprise utile au pays parce qu’elle contribue à l’élimination de la ferraille. En ce sens, c’est une initiative à encourager. Cependant, l’Etat ne doit pas pour autant se désintéresser des conditions inhumaines dans lesquelles travaillent les ouvriers.

Partant de ces constats, nous recommandons vivement au Bureau d’Inspection du travail de se rendre sur les lieux pour vérifier les conditions de fonctionnement de l’entreprise. L’Etat doit contraindre les dirigeants de Laguna Azul à appliquer les normes légales en matière de salaire et de conditions de travail. Sinon à quoi ça sert de travailler si l’on ne peut en vivre décemment ? Qu’en est-il du respect des droits des ouvriers ? Qui est chargé de les faire respecter ? Voilà des questions auxquelles l’Etat doit apporter des réponses.