Haïti-Justice : La première audition d’Aristide finit en une démonstration de popularité (multimédia)

Par Edner Fils Décime et Stephen Ralph Henri

P-au-P, 08 mai 2013 [AlterPresse] --- Des milliers de partisans lavalas [1] ont réalisé, ce mercredi 8 mai 2013, une démonstration populaire dans les rues de la capitale Port-au-Prince, symbolisant combien le curé défroqué est encore présent dans les esprits, a observé l’agence en ligne AlterPresse.

Du palais de justice, situé au boulevard Harry Truman (secteur ouest de Port-au-Prince) vers la résidence privée du principal dirigeant lavalas, les supporteurs ont scandé des slogans, comme pour manifester une soif de voir « Titid », un désir de se sentir « taureau », un test de sa popularité.

Aux environs de 4:00 pm locales (20 :00 gmt), la foule de manifestantes et manifestants se trouvait encore sur la route de l’aéroport international Toussaint Louverture.

En début de la matinée de ce 8 mai 2013, Aristide a répondu aux questions du juge Yvickel Dabresil dans le cadre de l’instruction, en appel, du double assassinat du célèbre journaliste, Jean Léopold Dominique et de l’agent de sécurité de sa radio privée, Jean-Claude Louissaint.

L’ancien président a comparu à titre de témoin, vu qu’Oriel Jean - un ancien responsable de sa sécurité rapprochée, durant son deuxième mandat (2001 – 2004) de président - aurait fait mention d’une réunion organisée au palais national, aux fins d’informer « d’une stratégie pour contrecarrer Jean Dominique qui peut donner du fil à retordre au parti Lavalas avec l’organisation (politico-paysanne) Koze Pèp ».

Les instructions devaient être données par l’ancienne sénatrice Mirlande Libérus, a informé à AlterPresse une source proche de l’ancien président Aristide.

Aux alentours du palais de justice

Un périmètre de sécurité a été aménagé pour tenir la foule hors du palais de justice.

Restés tranquillement à distance, les partisans lavalas ne se sont jamais fatigués de chanter et d’exhiber des photos d’Aristide, ni de lancer des slogans hostiles à l’actuelle administration politique de Joseph Michel Martelly (mai 2001 à date).

Ils étaient de tous âges. Toutes et tous, voguant dans l’hypnose d’un leader charismatique.

« Il est clair que le pays ne peut pas être bien gouverné sans Aristide. Dans les ghettos et dans les bidonvilles, on crève. L’argent ne circule pas. Martelly et ses sbires de toutes les couleurs gardent l’argent dans la bourgeoisie. Aujourd’hui, nous lui donnons une première leçon », se félicite un partisan d’Aristide.

Avec ses unités spécialisées, la police nationale d’Haïti est sur ses gardes, mais apparemment pas trop inquiète d’un éventuel débordement des manifestantes et manifestants.

« Où est passé le chef de la police ? Godson Orélus, venez donc mater notre rassemblement », ironise une jeune dame dans la trentaine.

A l’intérieur du parquet du tribunal civil de Port-au-Prince

Des parlementaires, d’anciens fonctionnaires du pouvoir Lavalas sont venus supporter leur mentor. Ils font des allers-retours, rentrent en conciliabules, constatent les journalistes sur place.

Les avocats de Jean-Bertrand Aristide sont bien évidemment présents. Les hauts-gradés du parti également. Le tout Lavalas est à pied d’œuvre.

« Nous sommes là pour accompagner et non pour manifester. Nous voulons nous assurer que la justice exerce ses attributions en toute indépendance » soutient le sénateur Francky Exius (Sud), président de la commission justice à la chambre haute du parlement haïtien.

Exius ne cache pas son appartenance au parti politique lavalas.

Le parlementaire assimile la note d’interdiction de manifester de la police nationale, pour ce mercredi 8 mai 2013, à « une tentative de bâillonner la liberté d’expression ».

Interprétant la convocation d’Aristide, devant le cabinet d’instruction, comme une « utilisation de la mort de Jean-Dominique à des fins de persécutions politiques », le sénateur Jean-Baptiste Bien-Aîmé (Nord) annonce que le parti lavalas « uni, se présentera aux prochaines élections pour combattre les candidats à l’oral ».

La présence de l’épouse d’Aristide, Mildred Trouillot, n’est pas remarquée.

Les journalistes sont à l’affut. Les photographes-reporters veulent détenir le cliché de la « vedette du jour ».

Au nom du parti lavalas, Assad Volcy fait part aux journalistes de la tenue d’un point de presse, par Jean-Bertrand Aristide, au sortir de l’audition devant le cabinet d’instruction. Local du point de presse attendu : la cour d’appel de Port-au-Prince.

Magnétophones déposés, caméras aux aguets, bousculades. L’impatience est palpable.

Volcy tente de rassurer. Mais, de temps à autre, lance une petite pointe : « le parcours sera long »..

Coup de théâtre !

Les journalistes ne verront pas Aristide s’exprimer en conférence de presse, ce 8 mai 2013.

Les travailleuses et travailleurs de la presse ont fait les frais d’une diversion pour une sortie en douce de l’ancien président.

Les journalistes crachent leur colère sur Assad Volcy qu’ils accusent de leurs avoir pris dans un piège.

Les photographes et vidéographes se contenteront, plus tard, de l’image des salutations / du baiser d’Aristide (de la main) au public, tandis que les journalistes-reporters de stations de radios tenteront d’enregistrer le son d’ambiance.

Le marathon

L’itinéraire est corsé. Un véritable marathon !

Le parti lavalas n’est pas pressé. Un cortège imposant fait la route aux côtés des supporteurs, manifestants- piétons, qui semblent ne pas trop se fatiguer.

Ambiance de carnaval !

Boulevard Harry Truman, Rue du Champ de Mars, Boulevard Jean-Jacques Dessalines, Rue Joseph Janvier, Rue Monseigneur Guilloux, Rue Oswald Durand, Rue Saint-Honoré, Rue Capois… la foule en liesse, au son de slogans anti-Martelly, met le cap sur Bel-Air, où Aristide fera une petite apparition près de l’église catholique romaine Notre Dame du Perpétuel Secours.

Circulation paralysée. Badauds, curieux, sont sur les toits ou sur des arbres, pour vivre un peu de cette scène.

A 5:00 pm locales, le marathon poursuit sa route en direction de la résidence d’Aristide. Il est près de la direction centrale de la police judiciaire (Dcpj).

Les élections (sénatoriales partielles, municipales et locales) sont annoncées pour la fin de l’année 2013.

Au-delà des proportions politiques de l’événement du jour, le parti politique Lavalas vient de démontrer qu’il est encore populaire sur l’échiquier.

Mais, tous les partisans lavalas disposent-ils de leurs cartes d’identification nationale ?

Au lieu de persécution politique, cette audition n’a-t-elle pas eu des retombées politiques positives pour Aristide et son parti Fanmi Lavalas ? [efd srh rc apr 08/05/2013 17:05]

Voir la capsule vidéo réalisée par AlterPresse