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Haïti-Poésie : Célébrer Georges Castera, « un immense poète, le plus prolifique de toute l’histoire de la poésie haïtienne »


jeudi 2 mai 2013

Allocution du Vice-recteur à la recherche de l’UEH, Fritz Deshommes, à la cérémonie de lancement du Colloque International sur la poésie de Georges Castera, le 1 er mai à Port-au-Prince

Document soumis à AlterPresse le 2 mai 2013

L’Université d’Etat d’Haïti tient à dire sa fierté et son bonheur de participer - en collaboration avec la Fondation Culture et Création et tous les autres partenaires - à l’organisation de ce événement capital que constitue ce Colloque International sur “la poésie haïtienne dans le contexte latino-américain et caribéen/La place de Georges Castera Fils”.

A l’ère de la marchandisation de la pensée, du savoir, de la vie, l’UEH et ses partenaires veulent valoriser la poésie haïtienne, mettre l’accent sur sa place prépondérante dans notre patrimoine littéraire. Il faut rappeler qu’elle constitue le genre littéraire majeur en Haïti. Par la quantité d’œuvres produites. Par sa fonction de porte d’entrée dans la littérature tant il est vrai qu’elle a accompagne les débuts de la plupart de nos écrivains, romanciers, nouvellistes, essayistes et parmi les plus grands dont Franketienne, Lyonel Trouillot, …. Par les multiples domaines qu’il aborde, par ses innombrables contours et surtout par son omniprésence dans toute notre histoire, jouant le rôle de vigie et suppléant souvent a l’absence de pensée, de repères et de perspectives.

Par la même occasion, il s’agit aussi de célébrer un immense poète, le plus prolifique de toute l’histoire de la poésie haïtienne, ce témoin capital de nos vers et versets contemporains de ces 60 dernières années, qui a connu et pratique René Belance Jacques Stephen Alexis, Félix Morisseau Leroy, Paul Laraque, les frères Marcelin, Anthony Lespès.

Georges Castera fils – puisque c’est de lui qu’il s’agit – c’est ce poète essentiel, l’un des rares à n’avoir jamais été tenté par le roman ou le récit, ce poète rigoureux dont la maitrise de nos deux langues officielles constitue un de ses traits caractéristiques.

Mais c’est aussi cet humaniste, qui dit son malaise et son rejet de la condition humaine et qui néanmoins garde sa foi en l’amour et aux lendemains qui chantent.

Georges Castera fils, c’est aussi ce sens de la générosité qui le porte à partager sa bibliothèque, son savoir avec les jeunes. C’est cette légende vivante qui a inspiré, influencé plusieurs générations de poètes. Et c’est celui qui aujourd’hui fait cadeau à la nation de l’ensemble de son œuvre, forte de plus d’une trentaine de titres.

Mais c’est aussi cet homme de conviction, demeuré égal à lui-même, fidèle à ses choix, à sa vision, à ses espérances, l’un des rares d’entre nous qui ne craint jamais de dire, de rappeler et de se rappeler qu’il est un homme de gauche. Un homme de gauche ? C’est-a-dire, un homme de principes, un homme de cœur, un homme de courage, un homme intègre, passionné de justice sociale, de fraternité et de solidarité humaines.

Georges Castera Fils c’est aussi ce monument, ce patrimoine objet de multiples distinctions, de multiples reconnaissances nationales et internationales mais qui garde cette grande modestie, cette grande humilité.

A ce sujet, l’UEH s’enorgueillit d’avoir inaugure la série récente d’hommages à Georges Castera en lui offrant en octobre 2011, au nom du Comité d’Initiative pour la mise en place de l’Académie du Créole Haïtien, une plaque d’honneur récompensant l’ensemble de son œuvre en créole à l’occasion de l’édition 2011 de la Journée Internationale de la Langue et de la Culture créoles et à la clôture du Colloque International « Akademi Kreyòl Ayisyen : Ki Avantaj ? Problèm ? Ki Defi ? Ki Avni ? ». La plaque disait : « Pou kontribisyon li nan envante tout fòm pwezi, powèm, lirik, travay kritik sou estetik ak ideoloji an kreyòl » (UEH-KIMAA, 29-10-11)

C’etait quelques mois avant l’hommage que lui rendront le Festival Etonnant Voyageurs en février 2012, Livres en Folie en juin 2012.

Au moment où l’UEH s’engage de manière résolue dans la valorisation de notre patrimoine ; à quelques jours du lancement de notre programme de recherche sur les savoirs locaux ; à quelques jours du vote par le parlement de la loi sur l’Académie du créole haïtien, nous sommes heureux de saluer particulièrement ce poète majeur de notre langue nationale dont l’œuvre nous rappelle que le créole est également capable de rigueur et la modernité poétique. Nous saluons aussi cet observateur de nos pratiques quotidiennes les plus banales qui met en lumière nos jeux de billes (« teke-mab »), nos cerfs-volants et d’autres aspects de nos savoirs et savoir-faire locaux.

Nous espérons fermement que ce colloque ouvre le processus de récupération et d’appropriation de notre patrimoine poétique lui aussi trop longtemps méconnu, trop souvent dévalorisé. Qu’il ouvre de nouveaux axes de recherche non seulement sur la poésie de Georges mais aussi sur la poésie haïtienne en général, sur son importance, son impact sur notre vie de peuple et sur son inscription dans un contexte régional et international. Qu’il suscite l’intérêt scientifique de nos chercheurs, de nos spécialistes en littérature, sociologie, linguistique, anthropologie, psychologie, histoire, entre autres.

Nous saisissons l’occasion pour présenter nos plus chaudes félicitations d’abord à la Fondation Culture et Création (FCC) qui a eu l’initiative de cet important événement et qui y a mis tout son dynamisme, toute sa compétence, toute sa détermination. A tous nos collègues et institutions sœurs du Comité d’Organisation, du Comité Scientifique, à tous nos partenaires nous les étendons volontiers ainsi qu’aux panelistes d’ici et d’ailleurs, aux modérateurs, aux décanats de nos facultés.

Un mot spécial à l’endroit de Madame Colette Pérodin de la FCC qui s’est révélée la cheville ouvrière de notre colloque. Merci Colette et félicitations.

A vous tous, à nous tous, un excellent et fructueux colloque !