Perspectives

Haïti-Duvalier : Retour sur la dictature féroce et le symbolisme du 26 avril


mardi 30 avril 2013

P-au-P, 30 avril 2013 [AlterPresse] --- L’analyse historique des horreurs et barbaries notamment celles du 26 avril orchestrées par le régime des Duvalier en Haïti ont été au cœur d’une causerie animée par la sociologue, Danièle Magloire et le passionné d’histoire, Michel Soukar, à la Fondation connaissance et liberté (Fokal), le vendredi 26 avril 2013.

Le 26 avril 1963 rappelle le massacre du dictateur François Duvalier perpétré sur plusieurs familles notamment de militaires, soupçonnés d’implication dans une tentative d’enlèvement de son fils, Jean-Claude Duvalier au Collège Bird à Port-au-Prince.

Lors de cette opération sanglante, des maisons avaient été incendiées avec leurs occupants, des familles entières arrêtées, torturées, tuées et disparues ainsi que des enfants.

Le fils du lieutenant François Benoit et de Jacqueline Edeline en l’occurrence Gerald Benoit (18 mois) a été porté disparu ou mort dans le drame.

« Je dis toujours à ceux qui tentent une défense honteuse d’un pareil régime : tuer un adulte même innocent je peux en discuter.. . Mais tuer un enfant, un bébé, un nourrisson, expliquez-moi ! Ça tient de quoi », réagit Soukar par rapport aux défenseurs et supporteurs de la dictature sanguinaire de Duvalier.

« Vous prenez un enfant, vous l’éventrez avec un stylet, après vous vous en vantez et, Duvalier vous récompense pour ça », rapporte t-il, mettant en évidence les horreurs extrêmes de ce régime.

D’autres massacres contre des enfants ont aussi été commis à Jérémie en 1964 et dans d’autres milieux, rappelle le professeur qui qualifient ces actes de « rituel démoniaque ».

Pour expliquer le caractère cruel du dictateur, il avance que François souffrait de trois grandes maladies : la mégalomanie, la paranoïa et la folie homicide.

« Il veut tout résoudre dans le sang », analyse t-il. « Vous êtes sauvages, je vous aime sauvages », répétait Duvalier en guise de compliment à ses macoutes qui le reconnaissaient comme leur seul maitre, selon le professeur Soukar.

Reconnaissant que le pic de l’horreur a été réellement atteint avec la dictature de François Duvalier, Soukar profite pour mettre à nu le rôle joué par les volontaires de la sécurité nationale (Vsn) c’est-à-dire les tontons macoutes dans la mise à exécution des actes barbares et féroces de la machine duvaliériste.

« Ce moment fait monter à la surface beaucoup de souvenirs douloureux. C’est aussi un moment libérateur puisqu’il a permis de dire l’indicible. Ça a été un moment qui a permis un rappel à beaucoup de gens qui ont accepté la responsabilité de témoigner », se félicite Magloire à l’occasion de cette commémoration du 26 avril.

« L’ensemble des événements que nous commémorons aujourd’hui font partie de la catégorie des crimes contre l’humanité », soutient la militante.

Elle explique que, par crimes contre l’humanité, on entend un ensemble de violations de droits humains systématiquement organisées visant une population civile comme l’arrestation arbitraire et illégale, les séquestrations, les disparitions forcées, l’exil et les tortures morales et physiques.

Haïti fait partie des 19 pays qui, peu après la seconde guerre mondiale, ont élaboré la charte de Nuremberg visant le jugement des nazis pour les crimes contre l’humanité commis sous le régime de Hitler, avance Magloire lors de son intervention à la Fokal.

Pour la journée du vendredi 26 avril 2013, la Fokal a présenté une exposition relatant le récit des événements du 26 avril 1963 et du 26 avril 1986.

Une exposition de photos de disparus ou morts à eu lieu. [emb kft apr 30/04/2013 04:30]