Perspectives

Haïti-Duvalier : Nouveau report, au 2 mai, de l’audition des plaignants

« Manque de volonté politique » et « tergiversation »
vendredi 26 avril 2013

P-au-P, 26 avril 2013 [AlterPresse] --- A moins de trois mois de la fin de l’année judiciaire en juillet 2013, l’audition des plaignants a été reportée, le jeudi 25 avril, pour la troisième fois, à la cour d’appel de Port-au-Prince, dans l’action contre l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier, poursuivi pour crimes contre l’humanité et concussion, a observé l’agence en ligne AlterPresse.

« Ce report est dû à l’absence d’un juge de la 3e section de ladite cour, qui s’est rendu aux États-Unis (d’Amérique) en vue d’assister aux funérailles du Magistrat Jocelyn J. Rosemberg », d’après une note paraphée par le président de la cour d’appel de Port-au-Prince, Jean-Joseph Lebrun.

Jocelyn Rosemberg a rendu son dernier soupir, le vendredi 19 avril 2013, dans un centre hospitalier de Boston, État de Massachussetts, des suites d’une cirrhose du foie.

Ses funérailles sont chantées ce vendredi 26 avril 2013 à Boston.

En conséquence, l’audition des affaires, distribuées par-devant cette section pour le jeudi 25 avril, a été renvoyée à la huitaine (jeudi 2 mai 2013), lit-on dans la note de la cour d’appel.

« C’est un manque de volonté politique qui empêche le dossier d’avancer. Ce qui ne sous-entend pas que le pouvoir exécutif dicte ses règles de travail au système judiciaire... », considère le collectif contre l’impunité, à l’occasion du cinquantenaire du massacre perpétré contre plusieurs familles, par le régime de François Duvalier, en représailles à l’attaque contre le fis du dictateur, « Baby doc », le 26 avril 1963.

En introduisant, en premier, une plainte contre Jean-Claude Duvalier, l’État haïtien avait reconnu, officiellement, après le 7 février 1986, qu’il y avait eu une dictature pendant 29 ans (septembre 1957 - février 1986) dans le pays, rappelle la sociologue Danièle Magloire, coordonnatrice du collectif contre l’impunité.

Or, ce même État fait comme si rien ne s’était produit. Il ne dit rien, ne conteste pas, critique le collectif contre l’impunité, prenant en exemple l’appel exercé par Duvalier contre la décision de la justice de le poursuivre pour crimes économiques.

Le collectif contre l’impunité s’interroge aussi sur l’attitude de la juge Florence Mathieu, représentant le ministère public, qui, à ses yeux, « a une attitude vraiment drôle, alors qu’elle devrait assurer la défense de la société ».

« Elle semble se pencher toujours du côté des avocats de la défense, en essayant de montrer que ce sont les victimes qui ont tort ».

« Tout ceci n’est que de la tergiversation pour oublier l’histoire et pour décourager les victimes, qui ont pris leur courage à deux mains dans un système qui marche péniblement pour porter plainte. Mais, ce qui est important, pour l’histoire, c’est le fait qu’on était obligé de faire que Jean-Claude Duvalier se présente devant les tribunaux pour répondre aux questions des juges ».

Ce n’est, en effet, qu’après la demande de la cour d’appel - adressée au ministère public - d’amener Duvalier, que celui-ci a finalement pu être auditionné le jeudi 28 février 2013.

Depuis le début de l’audition, à la cour d’appel de Port-au-Prince, seulement cinq (5) plaignants ont pu témoigner des atrocités subies sous le régime duvaliériste.

Il s’agit de Robert Duval, Jean Alix Fils-Aimé, Nicole Magloire, Henry Faustin et Raymond Davius.

Leurs témoignages concordent, évoquant surtout des incarcérations arbitraires et des actes de torture sous la dictature des Duvalier. [jep kft rc apr 26/04/2013 14:15]